Spécial fin 2018 : mes droits d’auteur reversés à SOS Méditerranée

Cet été, l’association SOS Méditerranée et son bateau, l’Aquarius, ont fait beaucoup parlé d’eux, suite à la perte de leur pavillon panaméen. Depuis que l’équipage est bloqué sur Marseille, plus aucun bateau humanitaire ne sillonne la Méditerranée centrale, la route migratoire la plus mortelle du monde. Les candidats à l’émigration sont soumis aux aléas de la mer et à ceux des garde-côtes libyens qui, au mieux, ramènent les canots de fortune à terre et renvoient les femmes, les enfants et les hommes à l’enfer libyen.

Les témoignages des rescapés des camps de détention de Libye sont tous unanimes : « Il vaut mieux mourir en mer que rester en Libye ».

Le 16 novembre au soir, SOS Méditerranée a inauguré son antenne lyonnaise. A cette occasion, Sophie Beau, cofondatrice de l’association, a annoncé que l’équipe ne baissait pas les bras. Les négociations politiques vont bon train et l’association espère retrouver rapidement un pavillon pour pouvoir reprendre la mer.

J’ai décidé d’aider SOS Méditerranée à mon niveau. Je vais leur reverser tous les droits d’auteur que je vais toucher pour mes ventes d’ici la fin de l’année.

Si vous souhaitez découvrir mes livres et contribuer à mon engagement, vous pouvez consulter mon agenda des dédicaces pour acheter un exemplaire dédicacé. Vous pouvez aussi commander les livres chez les éditeurs ELP Editeur (éditeur numérique) et L’Astre Bleu Editions (éditeur papier) ou en librairie. Si vous ne pouvez pas vous déplacer et souhaitez tout de même un exemplaire dédicacé, envoyez-moi un message sur ma page Contact.

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L’âme sœur

Parution de mon deuxième roman

Lorsque Philippe frappe à la porte d’Anne, elle ne le reconnaît pas. Elle ne se souvient plus de sa demande en mariage l’année de leurs huit ans. Tout s’est évanoui dans l’amnésie qui a suivi le grave accident dont sa famille a été victime.

Philippe, lui, ne l’a jamais oubliée et dorénavant, il n’aura plus qu’une obsession : entrer définitivement dans sa vie.

Mais Philippe et Anne peuvent-ils avoir un avenir commun ? Quel est le prix à payer pour faire renaître le passé ?

Avec L’âme sœur, Agnès Karinthi nous entraîne dans une quête angoissante où chacun traîne sa part d’ombres et de secrets.

 

Sortie officielle le 26 mai 2018

Précommandes dédicacées : Page contact ou L’Astre Bleu Editions

Sans lendemain

Jake HINKSON

Traduction Sophie ASLANIDES

Sans lendemain

Editions Gallmeister – 2018

 

Quand on est femme en 1947, salariée d’une société de production de films de série B à Hollywood et qu’on a pour mission de vendre les films dans les états du Sud des Etats-Unis, la vie n’est pas facile. Pourtant, Billie s’en sort plutôt bien. Elle aime son métier, elle a assez de bagou pour convaincre les cinémas les plus reculés du pays. Tout va donc bien, jusqu’au jour où elle doit se rendre à Stock’s Settlement dans l’Arkansas. Dans cette ville, le bien et le mal sont régis par un prédicateur tyrannique et aveugle. Elle ne le sait pas, bien sûr, à son arrivée en ville. Elle ne sait pas non plus, au moment où elle le rencontre pour la première fois, qu’elle n’aurait jamais dû croiser son chemin.

Deuxième roman de Jake Hinkson que je lis, Sans lendemain ne possède pas le cynisme mordant de L’enfer de Church Street (Gallmeister, 2015). Le roman est plus noir, plus dur. Pourtant le premier roman de l’auteur américain n’était déjà pas des plus légers.

En plus de celui de Billie, Sans lendemain dresse le portrait de deux autres femmes. La première, Amberly, est la femme du pasteur. Elle vit sous la domination de son époux et rêve de changer de vie. La deuxième, Lucy, est celle dont le destin prête le plus au cynisme. Sœur du chérif de Stock’s Settlement, dans la réalité c’est elle qui porte l’étoile et le pantalon. Etrange destin que le sien, dans une petite ville aux mœurs reculées, à une époque où même dans une ville plus ouverte, le rôle de la femme est attendu au foyer ! Chacune des trois femmes, à sa manière, est émancipée. A l’aide des portraits de Billie, Amberly et Lucy, Jake Hinkson signe un roman féministe.

L’univers de l’auteur américain est particulièrement noir. En son centre, encore et toujours, on retrouve un ecclésiastique. Hinkson n’envisage pas de prêche religieux sans fanatisme. Ayant grandi dans cet environnement-là, comme il l’explique volontiers à ses lecteurs, il ne conçoit pas la pratique religieuse autrement qu’avec des répercussions négatives. Il n’y a pas d’humanisme dans la religion façon Hinkson, que rigidité et cruauté. L’Arkansas est un état suffisamment arriéré pour autoriser la mise en scène d’un homme d’église de cet acabit dans un roman.

Même si j’ai été intéressée par l’intrigue, j’ai regretté un développement psychologique des personnages sans réelle profondeur. Lucy, dont l’humanité se dévoile peu à peu au fil de l’histoire, est fade en comparaison avec les choix qu’elle fait. Amberly, tel un papillon, se révèle à un moment crucial de l’intrigue, mais quelque chose sonne faux dans son émancipation. Billie, enfin, pourtant la plus expérimentée des trois femmes, m’a surprise par son inertie lorsque des choix cruciaux s’offrent à elle. Le roman est pourtant analytique, on suit l’intrigue à travers les yeux de Billie. Pourtant il manque un quelque chose dans l’histoire, qui ne peut pas être mis sur le compte de l’époque.

Il n’empêche que Jake Hinkson signe avec ce polar une belle œuvre. Il prouve ses vastes connaissances de l’histoire du cinéma américain. On comprend sans peine l’admiration des femmes de l’époque pour Gary Grant ou Ingrid Bergman, les grands acteurs que Billie ne rencontrera jamais, elle qui n’exerce ses talents que pour vendre des films minables, les seuls que peuvent s’offrir les villes reculées des petits états américains. L’Amérique hollywoodienne, impitoyable, sépare le cinéma et son public en deux mondes distincts. Seul l’avènement de la télévision donnera accès aux grands films, des années plus tard, à toutes les familles.

=> Quelques mots sur l’auteur Jake Hinkson

Abigaël

Magda Szabo

Traductrice : Chantal Philippe

Abigaël

Editions Viviane Hamy – 2017

 

Lorsque j’ai appris la parution française d’Abigaël, j’ai été plus émue qu’à la lecture de n’importe quel autre roman, aussi bon soit-il. Cet ouvrage de Magda Szabo a en effet été une de mes références marquantes de l’adolescence, lue et relue en langue originale. Je me le suis procuré le mois dernier dans ma librairie préférée et j’ai pratiqué un exercice étrange, pour la première fois de ma vie : je l’ai repris en hongrois, puis dans la foulée je l’ai lu en français. Je voulais savoir si l’émotion que je ressentais était aussi forte dans les mots de l’auteure que dans leur traduction.

Magda Szabo écrit dans un style d’une grande richesse. Son roman La porte (Viviane Hamy, 2003), couronné du Prix Femina étranger 2003, est une véritable prouesse stylistique. Ma connaissance de ma langue maternelle n’a pas suffi pour que je puisse le lire en hongrois du vivant de l’auteure, hélas. Heureusement, Abigaël, tout aussi dense, se lit plus facilement. Roman initiatique par excellence, ses personnages sont si attachants que la lecture du roman en est grandement facilitée, malgré les qualités narratrices hors pair de Magda Szabo. Un lycéen féru de lecture peut s’y attaquer sans problème, tant le sujet est passionnant et l’intrigue captivante.

Abigaël est le nom d’une statue du jardin d’un lycée protestant rigoriste, au fin fond de la Hongrie. Une légende entoure la sculpture : elle allègerait les maux des lycéennes lorsqu’elles sont incapables de supporter les conditions de travail et d’éducation qui leur sont imposées dans cet établissement élitiste. En 1943, Gina, adolescente de quatorze ans, se voit obligée d’y poursuivre sa scolarité loin de son père militaire, loin de Budapest, sans comprendre la raison de son expédition dans ce monde auquel il lui est impossible de s’adapter. Il le lui faudra, pourtant, car c’est ainsi que son père en a décidé.

Ce roman a plusieurs niveaux de lecture. Tout un modèle éducatif y est évoqué, avec moult détails, comme dans un documentaire. Les méthodes d’enseignement ont un tel décalage avec celles d’aujourd’hui, la religion en particulier y tient une place tellement centrale qu’on pourrait se croire dans l’évocation d’un monde imaginaire. L’héroïne principale de l’histoire, l’adolescente rebelle à laquelle le lecteur s’attache avec une force terrible, est d’une perspicacité hors norme, limitée par son âge et sa crédulité. Magda Szabo a su trouver les mots pour la différencier des autres jeunes lycéennes mais aussi des enseignants et des diaconesses. C’est clairement une des forces du roman : avoir su faire progresser l’histoire pas à pas en maintenant chacun des personnages à son niveau de compréhension des évènements qui les implique, renversant parfois la hiérarchie des rôles que leur impose leur statut dans l’établissement. Les ambiguïtés qui découlent de secrets et des fausses certitudes de chaque personnage sont absolument délicieuses et donnent envie de ne pas terminer l’histoire, de ne pas se séparer de ses acteurs. Heureusement, Magda Szabo ponctue le roman de flashs de la vie d’une Gina adulte, assagie et heureuse, qui rassurent : le lecteur termine le roman avec l’assurance de ne pas l’avoir perdue tout à fait ; elle continue à vivre dans son imaginaire.

Alors, version originale ou traduction ? Il est évident que cette question a peu de sens, pour l’essentiel des lecteurs qui n’ont pas la chance de maîtriser parfaitement plusieurs langues. Pourtant, je dois dire que la lecture en français ne m’a pas procuré la même émotion qu’en hongrois. Ces propos ne sont pas à la gloire des traducteurs, pourtant la traduction de Chantal Philippe n’est pas en cause, ici. Elle a également traduit La porte et j’ai pris un plaisir infini dans sa lecture en français. L’explication vient sans doute de ma subjectivité. C’est le vif souvenir de mon plaisir juvénile à la saveur de certaines tournures de phrase, des sons qui vibrent toujours à mon oreille, qui en sont la cause.

Abigaël est un véritable bijou. Je remercie de tout mon cœur les éditions Viviane Hamy pour avoir décidé de faire profiter de ce roman les lecteurs français, en l’honneur du centième anniversaire de la naissance de l’immense écrivain hongrois.

=> Quelques mots sur l’auteur Magda Szabo

19 mars 2017 – Salon du Livre de Nantua 2017

Une semaine après mon premier bain de foule, me voici à nouveau derrière une table, dans une salle double de celle de Garnerans puisque soixante-dix auteurs sont attendus aujourd’hui. Éliane et Henri, mes éditeurs de l’Astre Bleu sont présents, tout comme Martial Victorain, auteur ; je ne suis pas lâchée seule dans la nature, pas encore. Ouf ! La famille n’est pas au complet, mais les inscrits sont regroupés. Petite unité qui fait chaud au cœur.

En amont du salon…

Un grand merci aux organisateurs et à la Médiathèque de Nantua pour toute l’organisation !

L’esprit du salon est en harmonie avec ma philosophie de vie. Éric Mériau, un poète lyonnais, a besoin d’un chauffeur pour l’emmener à Nantua. Les organisateurs lui donnent mes coordonnées, pour le cas où je pourrais le covoiturer. Si je peux ? Un grand oui tout de suite ! J’aime le partage, j’aime les échanges. Ce matin, je suis donc allé chercher mon nouvel ami à son domicile et nous avons eu le plaisir de faire la route ensemble. Nous évoquons nos passions, nos écrits, notre métier (celui qui nous fait vivre, disons). Comme Éric est intarissable et que je suis bavarde, nous atteignons le lac de Nantua à la vitesse de la lumière. L’Espace André Malraux n’est plus qu’à quelques centaines de mètres.

Mon souci principal en déchargeant la voiture est de savoir si je sors mes appartements en trois dimensions ou pas. Son attrait auprès des enfants n’est plus à prouver après le Salon du livre Garnerans 2017, mais Quatorze appartements s’adresse aux adultes ! J’hésite. C’est l’observation des autres stands qui me décide : la plupart de mes coauteurs sont plus expérimentés que moi. Avec mon unique roman, je fais piètre figure. Je dois meubler mon espace ; je sors donc la maison. Un peu de Patafix s’impose pour redresser une chaise, fixer le tapis, positionner un personnage à l’emplacement d’origine. Ma trousse de réparation est dans le sac à dos. Je gère.

Je termine mon installation vers 9 h 35, dans une salle encore relativement vide. Éliane et Henri arrivent vers 9 h 45. Bisous de bienvenue, inspection des lieux. Je me suis placée où ? Je montre fièrement mon aménagement. Henri fait la moue. En pro des salons, il sait, lui, que j’ai été installée dans un virage et que ce n’est pas bon. « Les gens regardent toujours leur droite. Il y a un grand alignement de tables en face de toi et au milieu d’elles, le stand d’une libraire dynamique. Les gens ne vont pas s’arrêter chez toi. Tu dois te déplacer. » Et il me désigne une table vacante à sa gauche. Ah, l’expérience ! L’emplacement ne semble attendre que mes appartements. Je prends mes affaires et je déménage.

C’est parti !

10 h 15. Première visite. Une femme attirée par l’immeuble en carton s’arrête pour l’observer. « Pas mal ! » Sourire sympathique et elle poursuit son chemin. Je dois vraiment trouver une astuce pour assurer une transition entre la maison et le roman. Ou alors, écrire douze romans dans les mois qui viennent et remiser la maison au placard tout en remplissant mon espace.

10 h 30. Première dédicace, premier fou rire avec les éditeurs. Je crois un instant que la lectrice part avec mon ouvrage sans avoir payé. Ce n’est pas vrai, bien sûr, mais dans l’émotion du moment, je n’ai rien vu des transactions financières. Pour un peu, je la rattrapais par la manche de son pull et lui faisais les gros yeux. Je me suis arrêtée à temps !

Brèves de comptoir

Mon objectif ici n’est pas de faire un compte-rendu détaillé. Je vais plutôt relater les quelques événements qui m’ont marquée au cours de cette journée riche en échanges.

Une femme me raconte une expérience de voisinage toute récente et douloureuse. Sa tante vient de décéder d’un AVC. Son attaque a eu lieu au cours d’une nuit, la semaine dernière. Aucun voisin ne s’est inquiété le lendemain de ne pas voir ses volets s’ouvrir comme d’habitude. La nièce, seule, s’est alarmée le surlendemain comme la vieille dame ne décrochait pas son téléphone. Trop tard. Vous imaginez bien que cette lectrice est particulièrement sensible aujourd’hui à la thématique de solidarité traitée dans Quatorze appartements et qu’elle est repartie avec les aventures de Véronique dans son sac.

Une autre personne passe d’abord au stand où Henri présente l’ensemble des ouvrages de L’Astre Bleu. Elle s’arrête ensuite face à Martial puis devant moi. Nous discutons, elle achète. Avant de partir, elle fait un clin d’œil à Henri « Elle a plus d’arguments que vous ! ». Fou rire, salutations, vœux de belle lecture. Le visiteur d’après est convaincu, au contraire, par les arguments de l’éditeur. On n’est jamais trop de deux pour présenter les mérites d’une création !

Un homme s’arrête. Je lui vends les qualités du roman. Il place aussitôt les mains devant lui, sur la défensive ; me stoppe dans mon élan publicitaire. « Je ne lis jamais ! » Ah bon ? Je regarde autour de lui. Pas d’enfants (sinon ma maison serait prise d’assaut). Pas d’autre adulte à proximité immédiate. Je n’ai pas besoin de le questionner, il s’explique de lui-même. « Je suis poète. J’aime venir dans les salons pour offrir mes textes. » Et le voilà qui pose une chemise rouge sur ma table, l’ouvre et en sort toute une série de productions qu’il me présente. Il m’en offre quelques-unes. Comme il m’y autorise, j’en reproduis ici deux différentes et j’en profite pour remercier leur créateur, Laurent Benzacken.

Une institutrice est en extase devant la maison de Playmobils. « Il faut que j’en construise une avec mes élèves ! Je peux la prendre en photo ? » J’accepte volontiers, mais en contrepartie je lui tends le livre et lui demande de lire la quatrième de couverture. Nous ne sommes pas dans un musée du jouet, tout de même ! Elle s’exécute avec grâce. Elle n’achète pas, mais je tiens là mon argumentaire pour accrocher les parents qui ne font que suivre leurs enfants. Le prix à payer, désormais, pour admirer mon immeuble ? Prendre deux minutes pour découvrir la présentation du roman. N’est-ce pas raisonnable ?

Une magnifique surprise m’attend en milieu de journée. Des amis chers, Raphaëlle et Pierre, surgissent soudain devant moi tout sourire. Ils sont venus de Lyon exprès. Je suis tout émue. Nous allons au bar boire un café. Ils ne font vraiment que l’aller-retour (en décapotable, s’il vous plait). Visite du stand. Éliane prend volontiers quelques photos pour immortaliser l’instant. Ils repartent en laissant un rayon de soleil dans mon cœur.

Vers 15 h, le salon se remplit. Des gens passent, semblent intéressés, s’éloignent, car ils arrivent juste et souhaitent se faire une première idée de tous les livres avant de choisir. Certains reviennent. Chouette !

Un homme s’arrête, visiblement ennuyé, à notre stand. Quelqu’un aurait-il du scotch ? Ses lunettes sont cassées, il ne veut pas perdre la petite vis. Henri cherche. Pas de scotch. L’homme ne sait pas quoi faire. Brusquement, une lumière s’allume dans ma tête. Et la Patafix ? Je propose ma solution, il l’accepte tout de suite. Il prend un bout de pâte et me réclame en sus une feuille blanche. Je n’en ai pas, je n’ai que mon cahier. « Je ferai avec. Passez-le-moi. » J’obtempère, sans bien en saisir la raison. Lorsqu’il s’est éloigné, Éliane me glisse à l’oreille. « C’est Roger Brunel ! » Mon regard doit être particulièrement éloquent, parce qu’elle poursuit son explication. « Tu sais, le célèbre dessinateur de BD humoristiques ! C’est un des invités phares du salon. » Vous l’aurez sans doute compris, ce monsieur m’est totalement inconnu… Depuis je me suis renseignée sur internet. Né en 1944, Roger Brunel est auteur de bandes dessinées et s’est spécialisé dans les pastiches humoristico-érotiques et les albums de dessins d’humour sur des thèmes de société. Il a obtenu le Grand Prix Saint-Michel en 1981 à Bruxelles pour ses Pastiches. Merci Wikipédia. Sur la feuille de mon bloc, il m’a dédicacé un beau visage féminin. Il m’autorise à le reproduire dans mon compte-rendu de salon, le voici donc.

Fin de journée

La journée tire à sa fin. Denier lecteur, dernière dédicace, juste avant la fermeture. Je suis fatiguée. Je rejoins Éric Mériau et nous rentrons sur Lyon.

Merci pour votre patience !

Ladyboy

ladyboyPerrine ANDRIEUX

Ladyboy

ELP Editeur – 2016

 

Jade et Stéphane se disputent. C’est la dispute de trop, Stéphane quitte Jade.

Ce point de départ assez classique va entraîner le lecteur dans un véritable ouragan narratif. Jade et Stéphane ne sont pas des personnages communs et Perrine Andrieux a su exploiter leurs particularités respectives avec brio.

Jade est Thaïlandaise. Apprêtez-vous à découvrir un roman dont l’emprise asiatique est forte, tant dans l’atmosphère, la langue que le caractère des personnages.

Stéphane est Français et traducteur. Vous plongerez au cœur de la quête du mot juste.

Jade est transsexuelle. Elle n’aimerait pas cette appellation trop connotée. Disons qu’elle est femme hétérosexuelle dans un corps d’homme, avec toute la complexité qu’implique cet état, autorisé par la loi, souffrance au quotidien.

Ladyboy est un roman complexe et dense. N’y cherchez rien de trivial, vous n’en trouverez pas. Perrine Andrieux a su placer sa narration au niveau de la qualité des traductions de son personnage, en y mêlant la pointe crue, presque scatologique, qu’apprécient les lecteurs de romans asiatiques. Le résultat est prodigieux. Sans tomber dans le piège du cliché (et le risque était grand), l’auteure décrit les transformations physiques de son héroïne, les doutes de son héros et la spiritualité d’une Thaïlande hors des guides touristiques avec l’aisance d’une grande écrivaine.

Je suis sortie grandie par la lecture de Ladyboy. Une expérience rare.

Stéphane s’est accoudé au fauteuil en cuir piqué, noir, assise en bambou doré, et je me suis laissée happer par cette vision, obsédée soudain par le noir et or, noir et or, tourbillon de violence, un ciel de campagne au beau milieu de la nuit, la douceur du charbon dont je souligne mes cils, cette forme d’amande, noir et or. J’étais incapable de me contrôler. J’y ai pris plaisir, pourtant, comme à chaque nouvelle crise. J’ai goûté l’excitation. Dans le ventre. Entre mes jambes. Une multitude de papillons noir et or. J’ai perçu l’effervescence de ces situations, la transe, voilà, j’étais hors de moi-même et hors du réel.

=> Quelques mots sur l’auteur Perrine Andrieux

=> Autre avis sur Ladyboy : Ecrire, Lire, Penser

Retour à Killybegs

Retour à KillybegsSorj Chalandon

Retour à Killybegs

Grasset, 2011

 

Trois ans après Mon traître, Sorj Chalandon revient sur la trahison de Tyrone Meehon, alias Denis Donaldson, activiste de l’IRA entre 1942 et 2005. L’angle d’approche, cette fois-ci, est l’histoire même de la trahison. Le grain de sable qui fait que tout bascule.

Retour à Killybegs m’a tellement subjuguée que sitôt le roman terminé, j’ai ouvert mon ordinateur pour me documenter sur le conflit irlandais. Question clarté, les synthèses que j’ai trouvées sur la toile sont aussi complexes que le conflit lui-même. C’est encore dans l’œuvre romanesque que j’en ai le plus appris !

Dans son style épuré où chaque mot compte, le journaliste romancier dépeint une souffrance aiguë, un amour infini pour une cause, un pays englué dans la violence et les relents de bière. Les terroristes sont mis à nu, confrontés à leurs doutes, leur pauvreté et leurs désastres personnels. La trahison n’en est qu’une pâle conséquence.

Chalandon l’idéaliste tente de comprendre un homme seul. Et nous livre un récit admirable.

Pour protéger notre manifestation, Tom et ses soldats avaient ouvert le feu sur une patrouille de police, dans Kashmir Road. Tom a été blessé. Il avait donné l’ordre de repli, mais les policiers les avaient poursuivis comme des chiens de meute. Dans Cawnpore Street, nos hommes ont profité des portes ouvertes. Un policier est entré de force dans une maison. Il s’appelait Patrick Murphy, c’était un catholique. Il habitait Falls Road et avait neuf enfants. Tout le monde le connaissait. Il a été abattu au milieu du salon.

– C’était un salaud de policier ! a hurlé Danny Finley.

Mais quand même, c’était un catholique.

– Un putain de traître ! a encore grogné Finley.

Nous avons hoché la tête, mais nos cœurs de Fianna étaient déroutés. L’IRA venait d’assassiner l’un des nôtres. Ou presque. Un chômeur catholique qui nourrissait sa famille comme il le pouvait.

=> Quelques mots sur l’auteur Sorj Chalandon