Glaise

Franck BOUYSSE

Glaise

La Manufacture des Livres – 2017

 

Voici le deuxième roman de Franck Bouysse que je lis, après Plateau (La Manufacture des Livres, 2016). Même éditeur, même atmosphère de la campagne reculée. Epoque différente, en revanche.

Dans Glaise, Franck Bouysse quitte le polar pour écrire un roman noir. Sur fond de Première Guerre mondiale, il met en scène un village dans le Cantal. Que dis-je, un village… Un hameau, deux ou trois fermes tout au plus, pas suffisamment éloignées du centre du village pour que la factrice ne puisse monter à pied et remettre aux habitants les missives annonciatrices de mauvaise nouvelle. Les femmes, les vieillards et les enfants / adolescents restent seuls dans les fermes pour s’occuper de survivre. C’est difficile. Ça l’est encore plus lorsque des parentes débarquent de la ville avec l’intention de s’installer, faute de pouvoir survivre seules. Elles ne sont pas paysannes, elles ne savent donc rien faire. Elles ne sont pas bienvenues, mais comment refuser ? Surtout si la fille est jeune et jolie.

L’ombre de la guerre flotte sur le roman, menaçante. Elle frappe les vivants au hasard, engendre souffrance et deuil chez des hommes et des femmes déjà meurtris par la vie. La dureté du quotidien n’a pas de limite. Toute trace de beauté dans ce monde sinistre fait tâche. L’amour ? L’émerveillement, l’ouverture au monde des adolescents ? Aucune marque d’émerveillement n’a droit de séjour. Franck Bouysse se plait à créer de l’insécurité dans les rares moments qui permettraient aux uns ou aux autres de souffler un peu. C’est un monde impitoyable qu’il décrit.

Je ne peux pourtant pas dire que j’ai été envoutée par ce roman. Le style de Franck Bouysse est aussi sobre et emprunté que dans Plateau. S’il est adapté au désespoir et à la lenteur du temps, il me semble manquer de flamboyance pour décrire la découverte de l’amour que se porte les jeunes héros. J’ai essayé, pendant ma lecture, de me mettre à la place des deux adolescents, de leur soif de beauté et de chair dans le monde brutal auquel ils sont confrontés. Tant que la haine ne s’immisce pas entre eux, n’est-ce pas de rêves et d’émerveillements que leurs yeux doivent être imprégnés ? Ce n’est pas ce que j’ai ressenti à travers ces pages. Il me manquait la chaleur dans leurs étreintes.

Il n’empêche que Franck Bouysse sait décrire des atmosphères rurales. Il est rare de lire sur le monde des taiseux et des solitaires. C’est tout à l’honneur de Monsieur Bouysse de les mettre en valeur.

=> Quelques mots sur l’auteur, Franck Bouysse

Publicités

Chaleur

Joseph Incardona

Chaleur

Editions Finitude – 2016

 

La Finlande est un pays assez peu connu, quand on y pense. Que savez-vous, par exemple, de ses festivals ? De son championnat du monde de porter d’épouses ? Du football en marécage ? Du lancer de botte ? Du championnat d’écrasement de moustiques ?

Chaleur, vous vous en doutez peut-être, n’évoque pas la météo d’Europe du nord ; pour se réchauffer, il faut chercher ailleurs. Le roman est consacré au championnat du monde de sauna. Cent-deux concurrents s’affrontent dans un sauna à 110°C. Celui qui tiendra le plus longtemps gagnera le titre. Les champions viennent de partout. Turquie, Russie, Finlande bien sûr… Joseph Incardona ne nous embarque pas dans une visite guidée de la Finlande. Il consacre tout le roman au chapiteau dans lequel se dresse le sauna et à l’hôtel où dorment les concurrents. Parmi eux, deux favoris dont il va décortiquer le mental et l’emploi du temps durant les quatre jours du tournoi : Igor le Russe, éternel second et Niko Tanner l’acteur de porno, vainqueur des trois derniers championnats. Qui va gagner la coupe, cette année ?

J’attendais beaucoup de ce roman, après avoir rencontré l’auteur invité de la librairie de mon quartier. Joseph Incardona a la parole facile, beaucoup d’humour. Il parle de son roman et de ses romans précédents (Derrière les panneaux il y a des hommes, par exemple, Grand Prix de littérature policière 2015) avec un enthousiasme communicatif. Ses héros sont hauts en couleur. Prenons Niko Tanner, dans Chaleur : son métier n’est pas banal, c’est le moins qu’on puisse dire ; Joseph Incardona a imaginé un personnage tout à fait unique, un acteur porno sur le retour qu’il suit dans son intimité. Un peu de voyeurisme ne faisant jamais de mal, j’avais envie de me délecter des affaires salaces promises par l’auteur et mes fantasmes. J’ai donc acheté le livre à l’occasion de cette rencontre.

Mais j’ai été globalement déçue… Je m’attendais à plus de croustillant, à un texte au vocabulaire truculent, un livre qui fait du bien à l’âme en quelque sorte. Le sujet s’y prête, si on y pense. Il faut être fêlé pour s’installer dans un sauna à 110°C et décider d’y rester plus longtemps que les autres. Les intrigues cocasses comme celle-ci sont propices à une histoire au goût doux et amer. L’auteur m’avait séduite dans la librairie, je m’attendais à retrouver son charisme entre les lignes du texte. Il y a de l’humour dans le roman, on ne peut pas dire qu’il n’y en a pas. Du sarcasme, du cynisme aussi. Du vocabulaire truculent également, oui, sinon le choix des personnages serait incompréhensible. Mais le tout est enveloppé dans une sécheresse de style voulue par l’auteur ; il souhaitait reproduire dans l’écriture la température et la sécheresse du sauna. Le style est donc sec, claquant. Hélas, trop technique à mon goût. Je me serais attendue, au contraire, à un style décalé, tout comme les personnages le sont.

Du coup, je me suis assez peu laissé emporter par l’histoire. Je suis restée au niveau des règles du championnat que Joseph Incardona rappelle à la dernière page du roman. Et je le regrette. Je ne sais pas ce qui restera dans ma tête de cette histoire dans quelques semaines. L’envie de retourner en Finlande, peut-être. Déjà pas si mal !

=> Quelques mots sur l’auteur Joseph Incardona

Plateau

plateauFranck BOUYSSE

Plateau

La Manufacture des Livres – 2016

 

Bienvenu dans la Creuse. Je n’y suis jamais allée et je ne sais pas si l’image qu’en donne Plateau est fidèle. Une chose est certaine, Franck Bouysse sait dépeindre des ambiances. Fermes isolées, forêt et lande, population vieillissante, légendes familiales, les ingrédients sont réunis pour poser une histoire de taiseux.

Car Plateau, ce n’est rien d’autre que ça. Virgile, Karl, Georges et Judith sont unis dans leur incapacité à évoquer le passé ou à se confier. Le temps est figé et le restera tant qu’aucun élément extérieur ne les obligera à sortir de leur carapace. Mais alors, les bouleversements émotionnels seront tels qu’ils perdront le contrôle, jusqu’à déposer les armes.

Le style adopté par Franck Bouysse pour développer son histoire, à la fois sobre et emprunté, transcrit habilement la raideur du quotidien et les chamboulements intérieurs des personnages. Le vocabulaire m’a rendu parfois la lecture un peu difficile, mais j’ai fini par m’y faire. Il serait intéressant de comparer l’écriture de ce roman à ses autres écrits (Grossir le ciel, 2016 (poche), Oxymort, 2014 (poche), Noire Porcelaine, 2013 (poche)…) : le style est-il voulu spécifiquement pour Plateau, ou est-ce une marque de fabrique de l’auteur ?

Après maintes hésitations, elle se décide à pénétrer dans une boutique. Peu à l’aise au début, elle finit par se détendre. Détaille un portant sur lequel sont suspendus des jeans. Trouve sa taille et entre dans une cabine d’essayage. Passe le vêtement, sort et se regarde dans une glace en fronçant les sourcils. Georges ne sait que faire de lui, à regarder où elle n’est pas, se raccrochant aux autres clientes qui défroissent leur image sous de petites trahisons colorées.

=> Quelques mots sur l’auteur, Franck Bouysse

Se retenir aux brindilles

se retenir aux brindillesSébastien FRITSCH

Se retenir aux brindilles

Editions fin mars début avril – 2012

 

Ariane a 38 ans. Fuyant son mari, ses deux petits enfants sous le bras, elle retourne sur les lieux de son enfance dans l’espoir d’y retrouver au moins un habitant témoin de son passé. Seule Marthe, une vieille dame qui a perdu la mémoire, vit encore dans le lotissement. Ariane s’installe chez elle pour quelques jours. Ce répit lui permet de souffler, de faire le point, mais la renvoie aussi à ses peurs d’enfant lorsqu’elle jouait dans le château abandonné avec Tristan et Matthias, ses deux grands compagnons de l’époque.

Bien ancré dans le présent, Se retenir aux brindilles est pourtant chargé de flashbacks dont l’importance est dévoilée au fur et à mesure du roman. Le suspens dure tout le long du roman, au point d’essouffler le lecteur. Car si l’auteur le prépare dès les premières lignes aux évènements marquants de la vie d’Ariane, au milieu du roman, le lecteur n’en est toujours qu’à l’effet d’annonce. Heureusement, l’écriture, dans un beau style chargé de mélancolie, rattrape un peu l’ennui généré par cette progression trop lente.

Peurs d’enfant, peurs d’adultes ? Le roman interroge sur les jeux de l’enfance et leur impact sur la personnalité du futur adulte. Les histoires qui font peur ne font pas non plus de bien. Parents, soyez vigilants.

=> Quelques mots sur l’auteur, Sébastien FRITSCH