Spécial fin 2018 : mes droits d’auteur reversés à SOS Méditerranée

Cet été, l’association SOS Méditerranée et son bateau, l’Aquarius, ont fait beaucoup parlé d’eux, suite à la perte de leur pavillon panaméen. Depuis que l’équipage est bloqué sur Marseille, plus aucun bateau humanitaire ne sillonne la Méditerranée centrale, la route migratoire la plus mortelle du monde. Les candidats à l’émigration sont soumis aux aléas de la mer et à ceux des garde-côtes libyens qui, au mieux, ramènent les canots de fortune à terre et renvoient les femmes, les enfants et les hommes à l’enfer libyen.

Les témoignages des rescapés des camps de détention de Libye sont tous unanimes : « Il vaut mieux mourir en mer que rester en Libye ».

Le 16 novembre au soir, SOS Méditerranée a inauguré son antenne lyonnaise. A cette occasion, Sophie Beau, cofondatrice de l’association, a annoncé que l’équipe ne baissait pas les bras. Les négociations politiques vont bon train et l’association espère retrouver rapidement un pavillon pour pouvoir reprendre la mer.

J’ai décidé d’aider SOS Méditerranée à mon niveau. Je vais leur reverser tous les droits d’auteur que je vais toucher pour mes ventes d’ici la fin de l’année.

Si vous souhaitez découvrir mes livres et contribuer à mon engagement, vous pouvez consulter mon agenda des dédicaces pour acheter un exemplaire dédicacé. Vous pouvez aussi commander les livres chez les éditeurs ELP Editeur (éditeur numérique) et L’Astre Bleu Editions (éditeur papier) ou en librairie. Si vous ne pouvez pas vous déplacer et souhaitez tout de même un exemplaire dédicacé, envoyez-moi un message sur ma page Contact.

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Une longue impatience

Gaëlle Josse

Une longue impatience

Les éditions Noir sur Blanc, 2017

 

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, quelque part sur les côtes bretonnes. A l’âge de seize ans, Louis fugue de chez lui pour ne plus revenir. Pour sa mère, Anne, débute une longue suite de nuits et de jours d’attente, sur la falaise, dans la maison qu’ils ont partagée avant son remariage avec le pharmacien du village, au port, partout où elle pourrait avoir de ses nouvelles.

Quelle beauté que la poésie des mots de Gaëlle Josse !

Chaque jour je me demande pourquoi. Pourquoi Louis n’a pas laissé un mot, pourquoi il a décidé de partir en me laissant l’absence et le silence pour seul souvenir. Je voudrais comprendre pourquoi il me laisse dans la peine, dans l’ignorance, dans l’attente. Pourquoi il m’empêche de vivre, en réduisant mon existence au guet des bateaux qui arrivent, à cet espoir que je dois chaque jour inventer, à la force que je dois trouver en moi pour sortir par tous les temps, par tous les vents, pour faire semblant de vivre.

Véritable cri d’amour maternel, ce roman hurle l’absence du fils disparu. La mère hante les lieux des souvenirs et des retrouvailles possibles, sans espoir, avec comme seul moyen de tenir debout les lettres qu’elle lui envoie par la compagnie maritime qui l’a embauché, comme autant de bouteilles à la mer. Ces lettres sont, pour moi, les plus poignantes évocations de la douleur du roman, même si leur contenu semble en décalage avec l’humilité et la contrition qu’on attendrait d’une mère qui n’a su protéger son fils. Elle comble sa souffrance par la promesse d’un repas festif, comme s’il n’y avait qu’une ripaille pour le faire revenir. Comme s’il ne fallait pas évoquer le passé mais l’écraser au contraire sous une orgie des mets les plus fins. C’est d’autant plus surprenant qu’au fur et à mesure de ses souvenirs, on découvre la vie de désolation que mère et fils ont menée avant son remariage, union qui les a sortis de la pauvreté, certes, mais source de l’inévitable départ. Les seules variantes d’un courrier à l’autre, mis à part le dernier, peut-être (quel soulagement pour moi que ce dernier courrier…), ce sont les mets dont elle compose le repas gargantuesque. Mélange de son ancienne et de sa nouvelle vie, toutes les saveurs rustiques et raffinées de Bretagne sont promise par cette noyée qui n’a trouvé que la satisfaction du ventre pour ramener le fils à terre. Est-ce le signe d’une souffrance qui ne peut pas être exprimée autrement ?

Une longue impatience est l’histoire d’un véritable écartèlement. Déchirement entre son ancienne vie dont elle n’a pas fait le deuil et la nouvelle à laquelle elle ne s’est jamais adaptée. Entre son rôle de mère de ce grand fils absent et celui qu’elle joue auprès des deux petits qu’elle aime tout aussi tendrement. Sans parler de son souvenir du père de Louis, marin pêcheur, que la tendresse qu’elle porte au pharmacien ne lui permet pas d’oublier. Aucun vivant ne saura combler l’absence et l’attente, envers et contre tout. Surtout chez une personne qui se drape de silence pour survivre.

Le silence et l’attente. Seule une écriture poétique permettait d’évoquer ce thème sans lasser le lecteur. Gaëlle Josse a réussi cette prouesse avec une merveilleuse sensibilité.

=> Quelques mots sur l’auteur Gaëlle Josse

Automne à Budapest

Ferenc Karinthy

Automne à Budapest

Traductrice : Judith Karinthy

In Fine – 1992

 

Voici le premier livre de mes aïeux que je chronique. Ecrit par mon grand-père et traduit par ma mère. Une affaire familiale donc, mais vous verrez, elle vaut vraiment le coup.

Une seule période de l’histoire hongroise peut être évoquée avec un titre comme Automne à Budapest : la révolution de 1956 (23 octobre – 10 novembre), achevée par la capitulation de la résistance hongroise devant les forces soviétiques et ses milliers de victimes. Ferenc Karinthy décrit l’insurrection de l’intérieur. C’est Gyula qui raconte, un trentenaire que seule l’attirance pour une actrice en vogue mêle aux événements. Ses descriptions de la situation sont dénuées de parti pris et éclairées par des extraits de discours radiographiques : le roman pullule de citations politiques de l’époque. La justesse des mots est telle que le lecteur vit la tragédie en direct, suit les mouvements de la foule et les élans d’espoir et de désespoir, aussi perdu que les protagonistes lorsque les chars soviétiques finissent par tirer sur le peuple. Ecrit en 1982 soit une décennie avant la perestroïka, il est bon de rappeler aujourd’hui que ce roman ne manque pas d’audace ni son auteur de courage à l’époque.

La bataille faisait rage. A l’angle de la rue Kenyermezö, débouchant sur la place, se trouvait un internat pour étudiants slovaques, déjà occupé par les assiégeants ; de là un cocktail Molotov partit vers la maison du parti en face. Le jeune rouquin, le visage couvert de taches de rousseur, en pull mauve, qui l’avait lancé, fut touché aussitôt par une balle tirée de l’autre côté, il s’écroula dans un cri. Mais son geste se révéla efficace ; bientôt des flammes sortirent des fenêtres de l’étage. D’après les bruits d’impacts, des projectiles venaient aussi du côté opposé, depuis l’avenue Rakoczi, des toits des immeubles ; ainsi l’édifice semblait complètement encerclé. Alors le char se mit à avancer, à envoyer quelques tirs en biais vers le haut, puis se retira ; ses projectiles firent tomber la façade, déjà enlaidie par les impacts de balles, sur un tronçon considérable.

L’intérêt du roman ne s’arrête pas là. Ferenc Karinthy profite de l’hésitation du personnage principal entre sa femme et sa maîtresse pour dresser un passionnant portrait de la société hongroise de l’époque. La femme de Gyula, issue du monde paysan, a brillamment réussi ses études de médecine ; devenue chirurgien, elle consacre les jours noirs de l’automne 1956 à sauver les blessés. La maîtresse du même Gyula est également originaire du milieu rural. Devenue actrice, à travers son portrait, l’écrivain hongrois décrit le milieu du showbiz dont il connait bien les ficelles. Les femmes et les classes pauvres sont les vraies gagnantes du régime communiste. Abolition des privilèges, réelle égalité des chances quel que soit le sexe, c’est à travers les héroïnes de l’histoire que l’auteur démontre quelques bienfaits du communisme. Soixante ans plus tard, que reste-il de cet équilibre qui semblait si naturel ? Dans notre monde moderne, les gouvernements sont obligés de légiférer pour tenter des semblants d’égalité dont les résultats positifs ne sont visibles que dans les pourcentages d’hommes et de femmes sur les listes électorales. Et encore.

Vous l’aurez compris, ce roman est vibrant de réalisme. Pour tout français qui souhaiterait un peu mieux connaître les événements de Budapest en 1956, il est une pièce de choix.

=> Quelques mots sur l’auteur Ferenc Karinthy

Simple

Julie Estève

Simple

Editions Stock – 2018

 

Antoine Orsini meurt à un âge d’homme mur. On peut supposer que la plupart des habitants du village se déplacent à son enterrement, mais il est peu probable que qui que ce soit y verse la moindre larme. Surtout pas la mère Biancarelli, la maman de Florence. Car Antoine, dit le Baoul, est simplet. L’histoire a beau se jouer à la fin du vingtième siècle, c’est la vie reculée d’un village corse haut perché que raconte Julie Estève. Tellement encastré dans la montagne, qu’au cimetière, les cercueils sont ensevelis à la verticale.

Antoine, dit le Baoul, raconte sa vie à sa chaise, devenue sa confidente. Il la raconte à la façon de l’arriéré qu’il est, avec un vocabulaire tout à lui, haché, sautant en permanence du coq à l’âne dans un discours incohérent.

L’incohérence est bien entendu construite, dans ce roman. Ne craignez pas d’entendre pérorer un fou dans un discours sans queue ni tête. Julie Estève a su, tout en conservant une structure totalement désorganisée du langage et des idées, monter au contraire une histoire qui a un début, un milieu et une fin. Si Antoine, dit le Baoul ne saura jamais qui a assassiné Florence dans les bois dans sa seizième année, n’ayez aucune crainte : le lecteur, lui, finira par le savoir.

En 1985 moi j’ai trente-deux ans, et j’suis pareil qu’un gardien de phare, mais dans la montagne. Je m’assoie avec Magic en face la cabine et je note dans mon cahier qui appelle qui à quelle heure. C’est du boulot sept jours sur sept ! A trois heures du matin jeudi onze juillet mille neuf cent quatre-vingt-cinq, Dominique Casanova a passé un coup de fil à une fille alors qu’il est marié. Je l’ai consigné dans mon carnet. Il était saoul parce qu’il pensait parler tout bas alors que pas du tout.  C’est facile pour lui de boire l’œil vu qu’il est le patron du bar ici. Il a aucun mérite. Sa femme, c’est Noëlle la murène. Elle se doute pas qu’elle est cocue en plus de son utérus bon à rien.

J’ai eu beaucoup de mal, dans les premières pages, à rentrer dans le style si surprenant de Simple. Le langage primaire a de quoi dérouter. Puis j’ai réussi à me prendre d’intérêt pour l’histoire et son héros principal, au point d’en oublier les mots. Lorsque je m’en suis rendue compte, j’ai réalisé aussi avec surprise que j’appréciais la fusion entre l’histoire et la narration, qu’elle était même nécessaire. Simple ne pouvait pas être écrit autrement parce qu’Antoine, dit le Baoul est animal plus qu’humain.

Ce n’est pas la première fois qu’un simplet a un rôle principal, dans la littérature. Marcus Malte par exemple, s’est emparé du même type de personnage dans Le garçon (Zulma, 2016). Mais l’objectif des deux auteurs est très différent : Marcus Malte utilise son propre sauvage, muet, pour décrire des sensations et des odeurs et en cela, il utilise un vocabulaire à la fois naïf et chargé d’émotion d’une puissance extraordinaire. Julie Estève, quant à elle, se sert d’Antoine pour évoquer les rapports humains. Primaire et animal, mais social, comme il est le narrateur de son histoire, son langage ne peut qu’être pauvre et direct ainsi que Julie Estève l’a choisi et réussi à maintenir tout au long de l’histoire. Hélas pour Julie Estève, la force des deux romans en est très différente.

Je pense que je ne retiendrai vraisemblablement pas grand-chose de ce texte et je le regrette. Il n’est, hélas, à mes yeux, qu’un exercice de style, aussi intéressant soit-il. Comme l’auteur ne prend aucun recul avec son personnage principal (et comment en prendre, lorsque la narration est à la première personne ?), je ne sais pas où elle veut en venir, en matière de message, avec son intrigue. Et sans finalité autre que celle d’un polar écrit de manière originale, pour moi l’histoire n’a pas un énorme intérêt.

=> Quelques mots sur l’auteur Julie Estève

Tenir jusqu’à l’aube

Carole FIVES

Tenir jusqu’à l’aube

L’Arbalète Gallimard – 2018

 

Tenir jusqu’à l’aube, ou comment évoquer le rapport femme-enfant sans fatiguer le lecteur avec les évidences. C’est à cette phrase que je résumerais le roman de Carole Fives et j’ai à peu près tout raconté de l’histoire et de la qualité du récit, ou presque.

L’héroïne est une mère seule, une « solo » d’après le jargon des forums internet dans lesquels elle puise de l’inspiration pour trouver des astuces et ne pas sombrer. Ne pas sombrer. Elle est au bord du gouffre, en mode survie. Sa seule soupape pour respirer, ce sont quelques promenades qu’elle s’autorise quand l’enfant dort. Dix minutes. Vingt minutes. Des sorties de plus en plus longues. Tiendra-t-elle jusqu’à l’aube ?

A droite, à gauche, elle emprunte des axes qu’elle ne connait pas.

Se faufile entre les voitures, évite les passages piétons, les zones trop éclairées.

Bouscule un couple. La femme rit bruyamment.

Elle baisse la tête et repart en courant. Se perdre, se cogner aux murs de la ville, à ses aspérités.

Les phrases sont courtes, parfois construites à l’infinitif, et maintiennent en apnée. La même apnée que celle qui permet à la jeune femme de traverser les épreuves tête baissée, bras tendus en avant, histoire de ne pas tomber tout de suite. Et des épreuves, il y en a beaucoup, lorsqu’on est seul avec un enfant non scolarisé, lorsqu’on travaille à son compte pour des clients exigeants, lorsque les revenus baissent, que le loyer coûte trop cher, que l’absence du père est insoutenable et qu’on attend que l’enfant-tyran s’endorme enfin pour pouvoir s’échapper, écouter le clapotement de l’eau à quelques centaines de mètres de l’appartement.

Dès les premières pages, Tenir jusqu’à l’aube m’a fait penser à La petite Chartreuse de Pierre Péju (Gallimard 2002). Dans les deux cas, l’histoire évoque une femme qui fuit. Le roman de Carole Fives est entièrement tourné vers les insurmontables difficultés d’une mère célibataire, contrairement à celui de Pierre Péju, plus étoffé, qui a tissé un roman triangulaire, où la littérature prend autant de place que le drame lui-même. Si j’ai aimé le style de Carole Fives, aussi précis et factuel que dans son précédent roman Une femme au téléphone (L’Arbalète Gallimard, 2017), j’ai préféré la construction littéraire de Pierre Péju plus dense, moins linéaire, un délicieux conte pour adultes.

Il n’en reste pas moins que Tenir jusqu’à l’aube questionne terriblement notre société qui n’est pas construite pour aider les mères seules à s’en sortir. La dénonciation est terrible, presque insoutenable.

=> Quelques mots sur l’auteur Carole Fives

Cinquante-huit

Cinquante-huit

Ils sont cinquante-huit, ils sont des milliers                                                                                    A fuir leur passé, désespérés, en quête d’horizons plus glorieuses                          Eldorado ? Ils le croient, toujours.                                                                                      Comment ne pas y croire, lorsqu’aux alentours                                                                            Il n’y a que sécheresse et terres rocailleuses ?

Ils sont cinquante-huit, ils sont des milliers                                                                                  Ils prennent la route, comme hébétés, bravent désert, faim, épuisement                              La mer ? Peur, promesse d’avenir.                                                                     ,              Comment ne pas tenter, ne pas investir                                                                                        Le pécule amassé si difficilement ?

Ils sont cinquante-huit, ils sont des milliers                                                            L’embarcation tangue, de droite, de gauche, elle va chavirer, c’est certain.                        Les enfants ? Questionnent leurs parents.                                                                        Comment dissimuler les regards déments                                                                                Sous les doigts qui caressent la chevelure châtain ?

Ils sont cinquante-huit, nous sommes des millions                                                                    De joyeux nantis. Dolce vita, opulence et consommation.                                                        Les migrants, un épiphénomène ?                                                                                                  Un simple fait divers non anxiogène ?                                                                                          Ou une cause à plaider, au niveau des nations ?

Ils sont cinquante-huit, nous sommes des millions                                                                    De Français choqués, interloqués, par cette absence d’humanité.                            L’Aquarius, oiseau des mers, bridé ?                                                                                              Le sort des migrants, par l’Europe décidé                                                                                Sera-t-il le tombeau de notre dignité ?

Le 29 septembre 2018

Texte repris par

 

Le paon

Nikolaï Leskov

Traducteur : Jacques Imbert

Le paon

Editions de l’Aube – 2018

Première parution – 1874

 

Pavline Petrovitch, ancien serf, a acheté sa liberté et est entré au service d’une propriétaire d’un immeuble moscovite, Anna Lvovna, comme majordome. Il assume son rôle avec une rigueur psychorigide, jusqu’à faire retirer les fenêtres des locataires mauvais payeurs puis mettre ces derniers à la porte sans autre sommation s’ils ne s’acquittent pas rapidement de leur loyer. Sa vie va basculer le jour où une famille de la noblesse appauvrie emménage dans un des appartements. Trois femmes la composent : une grand-mère, une mère et une fillette. Les deux femmes finissent par mourir, laissant la petite, Liouba, orpheline. Pavline propose de la prendre à sa charge.

La structuration de ce court récit n’a pas été sans me rappeler Stephan Zweig et 24 heures de la vie d’une femme (1927). Tout comme Zweig, Leskov utilise ici un personnage secondaire pour raconter l’histoire de Pavline à un groupe d’inconnus. Le récit est centré sur sa vie et celle de Liouba, sans fioritures, sans aucune description de l’environnement. Les évènements, rien que les évènements, de manière factuelle et un brin psychologique.

J’ai été étonnée par la richesse de ce court récit. La séparation des classes en est un élément essentiel. Pavline Petrovitch est issu de la servitude, puis devient majordome, « suisse » comme se plait à le nommer Anna Lvovna. Toute sa vie, il conservera cette étiquette gravée sur son front. Elle lui dictera son humilité, justifiera le piédestal sur lequel il place Liouba, expliquera son refus de se déclarer lorsqu’il tombe amoureux de sa pupille. Anna Lvovna et Liouba le lui rendront bien, d’ailleurs, l’une en se servant de lui dans ses desseins personnels, l’autre en le méprisant pour ce qu’il accepte d’être.

Subtilement, un autre sujet d’importance vient se rajouter au récit : la religion. Toute la vie de Pavline est dictée par des préceptes religieux. Ce n’est pas perceptible au début, tant le zèle du serviteur prime sur sa nature propre. Mais plus il se libère de la servitude de vassal pour tomber dans la maritale, plus ses actes sont charitables. Une charité de la plus belle eau, faite de dévouements et de sacrifices. Pavline reste dans l’ombre, mais de cette ombre il agit et transfigure ceux qui lui sont liés par le destin.

Je découvre Nikolaï Leskov avec Le paon. D’après ma recherche bibliographique, le clergé semble être un élément important de son univers littéraire. Dans certaines de ses œuvres, il en dénonce le vide et l‘absence de charité. Ici, c’est la débauche qui est dénoncée au contraire et la religion est vue comme l’unique moyen de rédemption.

Intéressant petit ouvrage qui renoue mon intérêt pour la littérature russe.

=> Quelques mots sur l’auteur

Nikolaï Leskov

Traducteur : Jacques Imbert

Le paon

Editions de l’Aube – 2018

Première parution – 1874

 

 

 

 

Pavline Petrovitch, ancien serf, a acheté sa liberté et est entré au service d’une propriétaire d’un immeuble moscovite, Anna Lvovna, comme majordome. Il assume son rôle avec une rigueur psychorigide, jusqu’à faire retirer les fenêtres des locataires mauvais payeurs puis mettre ces derniers à la porte sans autre sommation s’ils ne s’acquittent pas rapidement de leur loyer. Sa vie va basculer le jour où une famille de la noblesse appauvrie emménage dans un des appartements. Trois femmes la composent : une grand-mère, une mère et une fillette. Les deux femmes finissent par mourir, laissant la petite, Liouba, orpheline. Pavline propose de la prendre à sa charge.

La structuration de ce court récit n’a pas été sans me rappeler Stephan Zweig et 24 heures de la vie d’une femme (1927). Tout comme Zweig, Leskov utilise ici un personnage secondaire pour raconter l’histoire de Pavline à un groupe d’inconnus. Le récit est centré sur sa vie et celle de Liouba, sans fioritures, sans aucune description de l’environnement. Les évènements, rien que les évènements, de manière factuelle et un brin psychologique.

J’ai été étonnée par la richesse de ce court récit. La séparation des classes en est un élément essentiel. Pavline Petrovitch est issu de la servitude, puis devient majordome, « suisse » comme se plait à le nommer Anna Lvovna. Toute sa vie, il conservera cette étiquette gravée sur son front. Elle lui dictera son humilité, justifiera le piédestal sur lequel il place Liouba, expliquera son refus de se déclarer lorsqu’il tombe amoureux de sa pupille. Anna Lvovna et Liouba le lui rendront bien, d’ailleurs, l’une en se servant de lui dans ses desseins personnels, l’autre en le méprisant pour ce qu’il accepte d’être.

Subtilement, un autre sujet d’importance vient se rajouter au récit : la religion. Toute la vie de Pavline est dictée par des préceptes religieux. Ce n’est pas perceptible au début, tant le zèle du serviteur prime sur sa nature propre. Mais plus il se libère de la servitude de vassal pour tomber dans la maritale, plus ses actes sont charitables. Une charité de la plus belle eau, faite de dévouements et de sacrifices. Pavline reste dans l’ombre, mais de cette ombre il agit et transfigure ceux qui lui sont liés par le destin.

Je découvre Nikolaï Leskov avec Le paon. D’après ma recherche bibliographique, le clergé semble être un élément important de son univers littéraire. Dans certaines de ses œuvres, il en dénonce le vide et l‘absence de charité. Ici, c’est la débauche qui est dénoncée au contraire et la religion est vue comme l’unique moyen de rédemption.

Intéressant petit ouvrage qui renoue mon intérêt pour la littérature russe.

=> Quelques mots sur l’auteur

Nikolaï Leskov

Traducteur : Jacques Imbert

Le paon

Editions de l’Aube – 2018

Première parution – 1874

 

 

 

 

Pavline Petrovitch, ancien serf, a acheté sa liberté et est entré au service d’une propriétaire d’un immeuble moscovite, Anna Lvovna, comme majordome. Il assume son rôle avec une rigueur psychorigide, jusqu’à faire retirer les fenêtres des locataires mauvais payeurs puis mettre ces derniers à la porte sans autre sommation s’ils ne s’acquittent pas rapidement de leur loyer. Sa vie va basculer le jour où une famille de la noblesse appauvrie emménage dans un des appartements. Trois femmes la composent : une grand-mère, une mère et une fillette. Les deux femmes finissent par mourir, laissant la petite, Liouba, orpheline. Pavline propose de la prendre à sa charge.

La structuration de ce court récit n’a pas été sans me rappeler Stephan Zweig et 24 heures de la vie d’une femme (1927). Tout comme Zweig, Leskov utilise ici un personnage secondaire pour raconter l’histoire de Pavline à un groupe d’inconnus. Le récit est centré sur sa vie et celle de Liouba, sans fioritures, sans aucune description de l’environnement. Les évènements, rien que les évènements, de manière factuelle et un brin psychologique.

J’ai été étonnée par la richesse de ce court récit. La séparation des classes en est un élément essentiel. Pavline Petrovitch est issu de la servitude, puis devient majordome, « suisse » comme se plait à le nommer Anna Lvovna. Toute sa vie, il conservera cette étiquette gravée sur son front. Elle lui dictera son humilité, justifiera le piédestal sur lequel il place Liouba, expliquera son refus de se déclarer lorsqu’il tombe amoureux de sa pupille. Anna Lvovna et Liouba le lui rendront bien, d’ailleurs, l’une en se servant de lui dans ses desseins personnels, l’autre en le méprisant pour ce qu’il accepte d’être.

Subtilement, un autre sujet d’importance vient se rajouter au récit : la religion. Toute la vie de Pavline est dictée par des préceptes religieux. Ce n’est pas perceptible au début, tant le zèle du serviteur prime sur sa nature propre. Mais plus il se libère de la servitude de vassal pour tomber dans la maritale, plus ses actes sont charitables. Une charité de la plus belle eau, faite de dévouements et de sacrifices. Pavline reste dans l’ombre, mais de cette ombre il agit et transfigure ceux qui lui sont liés par le destin.

Je découvre Nikolaï Leskov avec Le paon. D’après ma recherche bibliographique, le clergé semble être un élément important de son univers littéraire. Dans certaines de ses œuvres, il en dénonce le vide et l‘absence de charité. Ici, c’est la débauche qui est dénoncée au contraire et la religion est vue comme l’unique moyen de rédemption.

Intéressant petit ouvrage qui renoue mon intérêt pour la littérature russe.

=> Quelques mots sur l’auteur Nikolaï Leskov