4321

Paul Auster

Traducteur (américain) : Gérard Meudal

4321

Acte Sud – 2018

 

Je termine le pavé de mille seize pages subjuguée, émerveillée, époustouflée, je n’ai pas de mots assez forts pour exprimer comme ce livre m’a happée.

C’est le premier roman de Paul Auster que je lis. Je regrette de ne pas m’être lancée plus tôt dans la découverte de ses écrits, en même temps il y a toujours une première fois, ce n’est pas une lecture posthume et il ne fait aucun doute que ce roman et les autres passeront à la postérité. Autant d’excuses pour avouer mon incapacité à situer 4321 au sein de l’œuvre de l’auteur américain, il y a pourtant là certainement beaucoup de choses à dire.

De la même manière, je ne suis pas spécialiste de la littérature américaine mais je perçois dans l’écriture de 4321 des similitudes avec des romans d’autres auteurs comme John Irving, pour ne citer que lui (lisez L’oeuvre de Dieu, la part du diable, Le Seuil, 1986, c’est indispensable). Spécificité de l’écriture de 4321 (une érudite m’a soufflé que les autres romans d’Auster différaient) : longues phrases, telles des vagues qui commencent au ralenti, prennent progressivement de l‘ampleur, s’accélèrent dans un roulis et, selon leur message, explosent dans un chaos assourdissant ou meurent sur la grève de l’apaisement des tumultes qu’elles ont généré. Tout 4321 est écrit de cette manière-là, style difficile à lire parfois, mais dont je me suis régalée.

Quelques mots sur le livre, quand-même… Archie est petit-fils d’un émigré Juif polonais au nom imprononçable. Ce grand-père met tant d’espoir dans son immigration aux Etats-Unis qu’il décide de se présenter aux autorités d’Ellis Island sous le nom de Rockfeller. Arrivé devant le préposé aux visas, il a un tel trou de mémoire que dans la spontanéité de son yiddish natal, il s’exclame Ikh hab fargessen ! (j’ai oublié !), ce que l’agent administratif comprend comme son nom, Ichabod Fergusson. Voilà donc un nouveau citoyen américain affublé d’un nom désormais tout à fait prononçable, auquel Paul Auster imagine un fils, une belle-fille et un petit fils, Archie. Un fils unique, une belle-fille unique et un petit fils unique, mais une intrigue quadruple, à savoir quatre évolutions différentes possibles pour chacun des personnages. 4-3-2-1.

Il faut bien comprendre (et applaudir) la force de ce roman. Si Paul Auster a soumis ses personnages au hasard du destin, il a su leur conserver une individualité stable qui ne peut être, qui n’est d’ailleurs, que celle d’Auster lui-même. Qu’Archie tombe amoureux de sa professeure d’anglais Evie ou de son amie d’enfance Amy, qu’il aille à l’université de Columbia ou de Princeton, qu’il devienne poète ou journaliste, Archie reste Archie. De même pour tous les personnages qui gravitent autour de lui. De même pour les mouvements pacifistes qui lèvent les universités contre l’autorité et dénoncent la guerre du Vietnam.

Il est impossible de ne pas sentir la profonde sympathie qu’a Paul Auster pour l’ensemble de ses Archie. A travers eux et leurs amis les plus proches, tous intellectuels, enfants d’abord puis étudiants sympathisants ou activistes des mouvements gauchistes, il dresse un portrait social époustouflant de l’Amérique middle class des années 1950 à 1970. Les différents Archie lui permettent d’observer le monde à travers quatre prismes différents. Les émeutes citées, que ce soit la rébellion noire de Newark (1967), les premières révoltes étudiantes (1968) ou celles qui ont suivi tout au long de l’absurde guerre du Vietnam, sont vues plus ou moins de l’intérieur selon le statut d’Archie – enfant fils de photographe, journaliste en herbe, amoureux d’une activiste, écrivain ou poète, mais toujours avec le même point de vue d’américain moyen, sympathisant des évènements. Ce qui change est uniquement le degré d’implication du héros, pas l’angle d’approche pour décrire les faits.

Par le même temps, le roman aborde comme un tout le développement intellectuel et la maturation sexuelle du quadruple héros, de ses premières expériences adolescentes à sa découverte de l’amour véritable. Là encore, toutes les nuances de la palette amoureuse s’offrent au lecteur en fonction de l’Archie évoqué, subtilités qui permettent à l’écrivain d’aborder l’homosexualité et le puritanisme américain, la libération sexuelle des années 1960, le racisme et la transformation, ô combien touchante, de tous les adolescents du roman en adultes responsables.

Quel est l’Archie préféré de Paul Auster ? Il y en a un, inévitablement. Le lecteur ne peut pas ne pas le comprendre. La lecture en est exacerbée, d’ailleurs, car l’attachement à certains Archie est vain. Chaque Archie progresse à son rythme et selon ses propres objectifs littéraires, clin d’œil passionnant à tout écrivain ou aspirant-écrivain. Il dévoile sa part spécifique de fragilité et de force dans le relationnel, possède une individualité forte, mais ils se ressemblent tous. L’environnement a son rôle à jouer dans ce qui rend l’individu unique. La destinée selon Auster n’est pas aussi définitive que ce que Voltaire prétend ; ce qui l’est, c’est le potentiel de l’Homme à choisir sa route en tenant compte au mieux des options dont il dispose.

=> Quelques mots sur l’auteur Paul Auster

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Sans lendemain

Jake HINKSON

Traduction Sophie ASLANIDES

Sans lendemain

Editions Gallmeister – 2018

 

Quand on est femme en 1947, salariée d’une société de production de films de série B à Hollywood et qu’on a pour mission de vendre les films dans les états du Sud des Etats-Unis, la vie n’est pas facile. Pourtant, Billie s’en sort plutôt bien. Elle aime son métier, elle a assez de bagou pour convaincre les cinémas les plus reculés du pays. Tout va donc bien, jusqu’au jour où elle doit se rendre à Stock’s Settlement dans l’Arkansas. Dans cette ville, le bien et le mal sont régis par un prédicateur tyrannique et aveugle. Elle ne le sait pas, bien sûr, à son arrivée en ville. Elle ne sait pas non plus, au moment où elle le rencontre pour la première fois, qu’elle n’aurait jamais dû croiser son chemin.

Deuxième roman de Jake Hinkson que je lis, Sans lendemain ne possède pas le cynisme mordant de L’enfer de Church Street (Gallmeister, 2015). Le roman est plus noir, plus dur. Pourtant le premier roman de l’auteur américain n’était déjà pas des plus légers.

En plus de celui de Billie, Sans lendemain dresse le portrait de deux autres femmes. La première, Amberly, est la femme du pasteur. Elle vit sous la domination de son époux et rêve de changer de vie. La deuxième, Lucy, est celle dont le destin prête le plus au cynisme. Sœur du chérif de Stock’s Settlement, dans la réalité c’est elle qui porte l’étoile et le pantalon. Etrange destin que le sien, dans une petite ville aux mœurs reculées, à une époque où même dans une ville plus ouverte, le rôle de la femme est attendu au foyer ! Chacune des trois femmes, à sa manière, est émancipée. A l’aide des portraits de Billie, Amberly et Lucy, Jake Hinkson signe un roman féministe.

L’univers de l’auteur américain est particulièrement noir. En son centre, encore et toujours, on retrouve un ecclésiastique. Hinkson n’envisage pas de prêche religieux sans fanatisme. Ayant grandi dans cet environnement-là, comme il l’explique volontiers à ses lecteurs, il ne conçoit pas la pratique religieuse autrement qu’avec des répercussions négatives. Il n’y a pas d’humanisme dans la religion façon Hinkson, que rigidité et cruauté. L’Arkansas est un état suffisamment arriéré pour autoriser la mise en scène d’un homme d’église de cet acabit dans un roman.

Même si j’ai été intéressée par l’intrigue, j’ai regretté un développement psychologique des personnages sans réelle profondeur. Lucy, dont l’humanité se dévoile peu à peu au fil de l’histoire, est fade en comparaison avec les choix qu’elle fait. Amberly, tel un papillon, se révèle à un moment crucial de l’intrigue, mais quelque chose sonne faux dans son émancipation. Billie, enfin, pourtant la plus expérimentée des trois femmes, m’a surprise par son inertie lorsque des choix cruciaux s’offrent à elle. Le roman est pourtant analytique, on suit l’intrigue à travers les yeux de Billie. Pourtant il manque un quelque chose dans l’histoire, qui ne peut pas être mis sur le compte de l’époque.

Il n’empêche que Jake Hinkson signe avec ce polar une belle œuvre. Il prouve ses vastes connaissances de l’histoire du cinéma américain. On comprend sans peine l’admiration des femmes de l’époque pour Gary Grant ou Ingrid Bergman, les grands acteurs que Billie ne rencontrera jamais, elle qui n’exerce ses talents que pour vendre des films minables, les seuls que peuvent s’offrir les villes reculées des petits états américains. L’Amérique hollywoodienne, impitoyable, sépare le cinéma et son public en deux mondes distincts. Seul l’avènement de la télévision donnera accès aux grands films, des années plus tard, à toutes les familles.

=> Quelques mots sur l’auteur Jake Hinkson

L’Italienne

Adrianne Trigiani

Traducteur de l’américain : Pierre Girard

L’Italienne

Editions Charleston – 2014

 

L’histoire des trois enfants, Enza, Ciro et Edouardo, débute en 1905 dans les Alpes italiennes. Orphelins de père, Ciro et Edouardo sont déposés par leur mère au couvent de San Nicola. Enza, fille aînée d’une famille nombreuse du village d’à côté, seconde sa mère plus que de raison dans les tâches éducatives, ménagères et culinaires. Ciro et Enza se rencontrent au cours de leur quinzième année, dans des circonstances difficiles à oublier. Ils tombent amoureux l’un de l’autre, mais le destin les sépare.

Le roman débute sur de belles pages qui décrivent avec une précision marquante les difficultés économiques des Alpes italiennes du début du XX° siècle. Une atmosphère intéressante s’en dégage, comme un souffle de mélancolie. La vie au couvent au milieu de sœurs dévouées et aimantes ; la pauvreté évaluée la tête froide par un père de famille aux abois ; l’émigration, la dernière solution pour tenter de sauver les siens de la misère. Un beau début de fresque sociale. On se prend d’affection pour les frères et les nonnes qui les élèvent comme des fils. On admire le courage d’Enza et de ses parents, dans la fatalité comme dans l’adversité.

Hélas, assez rapidement, la structure du roman se précise et dévoile une intrigue pauvrement menée. Tout se devine sans peine. La beauté des premières pages se ternit rapidement, l’histoire perd en force et en crédibilité. L’aventure des personnages tourne au mélodrame. Pire, à la mièvrerie. C’est vraiment dommage, car le sujet ne manque pas d’intérêt. Nous suivons les jeunes gens dans leur périple migratoire vers les Etats-Unis, nous montons avec eux les marches qu’ils doivent franchir pas à pas pour devenir citoyens américains et vivre une vie décente. Comprendre les mécanismes de l’insertion et les clés de la réussite au pays de l’oncle Sam avait vraiment aiguillé ma curiosité. Mais noyé dans un déluge de mots inutiles, le romanesque poussé à outrance, l’histoire s’essouffle. La fresque sociale sur fond de terre promise se mue en histoire d’amour fade. Les aventures d’Enza et Ciro font penser à celles d’Aurore et Lagardère dans le Bossu, en plus modernes et sans le rocambolesque qui donne un charme si pittoresque au roman de Paul Féval. C’est dire si le scénario est pauvre.

Même le titre m’a étonnée. Il laisse suggérer un regard plus pointu sur le destin d’Enza que sur celui de Ciro. Tout le long des 625 pages (que c’est long !), je me suis demandé en quoi la vie de l’héroïne justifie ce discernement. Le roman traite du destin d’immigrants italiens, serbes, irlandais, des hommes comme des femmes. De communautarisme, de libéralisme, de débrouillardise. De pauvreté, d’ascension. Les sujets sont vastes !

L’Italienne a fait partie de la sélection du Meilleur Roman des Lecteurs de Points 2015. Soit je suis passée à côté de quelque chose, soit je ne suis pas la lectrice cible des romans d’Adrianna Trigiani. En tout cas, je ne retenterai pas l’expérience.

=> Quelques mots sur l’auteur Adriana Trigiani

Des clairons dans l’après-midi

des-clairons-dans-lapres-midiErnest HAYCOX

Traducteur : Jean ESCH

Des clairons dans l’après-midi

Actes Sud – 2013

Première parution aux USA : 1944

 

L’histoire est basée sur la bataille légendaire de Little Big Horn en 1876, terrible défaite de l’armée américaine contre les Sioux. Josephine Russel fait la connaissance du mystérieux Kerl Schafter. Elle rentre chez elle à Bismarck dans le Dakota ; il s’engage dans la 7° cavalerie commandée par le général Custer. A peine l’uniforme endossé, Schafter apprend que Garnett, son grand rival, est lieutenant dans la même cavalerie. Le passé ne peut décidément pas l’oublier.

Le seul western que j’avais lu jusqu’ici est Faillir être flingué, l’admirable roman de Céline Minard (Payot et Rivages, 2013) ; un western moderne, un pays en perpétuelle mouvance. Des clairons dans l’après-midi renvoie à notre enfance, aux combats des Cowboys contre les Indiens, aux films avec John Wayne, Henry Fonda ou Gary Cooper. Ernest Haycox maîtrise son sujet. Terres arides, saloons, chemin de fer, peuple sioux et ambiances de caserne, tous les ingrédients d’un bon western sont rassemblés. L’amour y a autant de place que la conquête de l’ouest.

Lire ou regarder un film, ce n’est ni la même démarche, ni le même plaisir. Je n’ai pas vu le film tiré du roman (mauvais, d’après Bertrand Tavernier qui a écrit la postface du livre), mais comme tout le monde, j’ai visionné de nombreux westerns dans ma vie. En tournant les pages de Des clairons dans l’après-midi, je me suis sentie dans les coulisses d’un tournage. Si l’esprit western au cinéma (même filmé en studio) met souvent l’accent sur des paysages féériques, des immensités désertiques par exemple, il est limité dans la restitution des scènes de vie et se contente de l’essentiel. Chez Haycox, la richesse des dialogues m’a frappée dès les premières lignes. Pour lui, l’essentiel ne se limite pas à la lutte du héros contre le blizzard ou à la bataille sauvage que se livrent Américains et Sioux, scènes d’une puissance inouïe dans le roman. Il évoque avec la même précision millimétrée la vie de la garnison (soldats et officiers) ou les conditions de vie des femmes de militaires. Il approfondit la psychologie des personnages, principaux et secondaires.

Les images sont d’une telle finesse qu’on pourrait croire à de réelles photographies. Haycox a les dons d’un scénariste. Ça ne surprendra personne si l’on se rappelle que dix de ses œuvres ont été adaptées au cinéma pour produire douze films, réalisés et joués par d’aussi talentueux professionnels que Cecil B. DeMille, John Ford, John Wayne, James Stewart ou encore Claire Trevor.

=> Quelques mots sur l’auteur Ernest Haycox

Le couloir de la mort

le-couloir-de-la-mortJohn Grisham

Traducteur : Michel Courtois-Fourcy

Le couloir de la mort

Robert Laffont – 1995

En août 2016, le journal Le Parisien mentionnait que trente états américains pratiquent encore la peine de mort. L’élection de Donald Trump ne sera pas signe de prise de conscience face à la barbarie qu’est la peine capitale. Tout, pour le moment, laisse penser le contraire. Dans ce contexte, relire Le couloir de la mort m’a semblé tout à fait approprié.

Sam Cayhall, activiste du KKK, a participé en 1967 à un attentat qui a coûté la vie à deux jumeaux de cinq ans, fils d’un avocat défenseur des droits civiques. Il est arrêté sur les lieux de l’attentat, tandis que son complice a disparu dans la nature. Après dix années de tranquillité et trois procès, il finit par être condamné à mort. Encore dix ans plus tard, soit vingt ans après l’attentat, un jeune avocat, Adam Hall, se présente au parloir de la prison et se propose pour le défendre. Adam Hall est le petit-fils de Sam Cayhall. Il lui reste un mois exactement pour sauver son grand-père de la chambre à gaz.
Ce roman est un des plus profonds de John Grisham, avec Non coupable, peut-être
(Robert Laffont 1994, réédité en 2014 sous le titre Le droit de tuer). Il s’agit d’une fiction mais elle pourrait se lire comme un documentaire, tant les détails sur la vie dans le Quartier de Haute Sécurité de la prison de Parchman (Mississipi) sont précis. Grisham déroule les différents aspects juridiques et médiatiques associés à la peine de mort (équipe, procédures, recours, compte à rebours, harcèlement des journalistes…) avec son aisance habituelle de conteur. Le lecteur a aussi le droit à une visite guidée détaillée des cellules des prisonniers ; celle de Sam Cayhall, bien sûr mais aussi celle de ses codétenus, lâchés par leurs familles et leurs avocats dans la plupart des cas.

Le couloir de la mort n’a rien d’un camp de vacances. L’isolement, le dénuement, la haine et l’oubli, pour ces prisonniers dans la force de l’âge, sont à eux seuls des punitions sévères qui conviendraient à une condamnation à perpétuité. L’auteur ne fait pas de Sam Cayhall un personnage sympathique, loin s’en faut. Le salaud a peut-être soixante-dix ans ce qui facilite une prise de position contre la peine de mort ; mais l’auteur n’hésite pas à revenir régulièrement sur son passé macabre ; son objectif est de susciter la réflexion, non parce que le condamné fait pitié mais parce qu’un débat éthique sur le droit de tuer en toute légalité, quel que soit le crime commis, s’impose.

Le mélodrame familial contribue à transformer le documentaire en roman. Les personnages sont bien construits, à l’image de la plupart des héros de John Grisham. La tante d’Adam, sœur de Sam, est en particulier une femme très attachante. Seuls les hommes politiques sont trop caricaturés à mon goût (le gouverneur, David McAllister, a tout d’un caïman aux dents longues) ; leur caractère sert l’histoire, indispensables défendeurs de l’antithèse dans un débat idéologique.

Le couloir de la mort est un excellent thriller. Une bonne idée de lecture pour des jeunes (pas trop, tout de même) qui s’interrogent sur quelques fondamentaux de la démocratie ou sur ce sujet de société essentiel qu’est le meurtre légal.

=> Quelques mots sur l’auteur John Grisham

 

Ils savent tout de vous

Ils savent tout de vousIain Levison

Ils savent tout de vous

Liana Levi, 2015

 

Snowe est un petit flic du Michigan. Un jour, il découvre qu’il peut lire dans la tête des gens. Si ça le surprend, ça l’amuse aussi. En tout cas, il est bien décidé à en profiter pour obtenir de l’avancement et pour draguer.

Denny est condamné à mort et attend son heure dans une prison de l’Oklahoma. Il est télépathe, lui aussi. Il se sert de son don pour gagner au poker. Autant vivre mieux, tant qu’il est encore temps !

Terry, une spécialiste de la télépathie, travaille dans une agence de sécurité proche du FBI. Elle a besoin de Denny, le temps d’une négociation à l’ONU qui ne doit pas rater.

Ils savent tout de vous est un thriller humoristique, dans lequel le lecteur se laisse embarquer avec plaisir. Je me suis faite plusieurs fois piégée, pour ne pas dire brutalement secouée, par des page turner auxquelles je ne m’attendais pas, mais pas du tout, malgré l’histoire assez limpide. Trop peu de polars à mon actif, trop naïve aussi, pour anticiper les effets de surprise bien construits que nous a réservés Iain Levison.

Sur fond de chasse à l’homme, l’auteur pose dans son roman la question du bienfondé de la cyber sécurité. S’il en décrit les avantages évidents, il n’hésite pas à dénoncer les perversions du principe et des manipulateurs. Qui manipule qui, d’ailleurs, entre le personnage qui détient les rênes du pouvoir et celui qui est traqué ?

Si ce polar est agréable à lire, il m’a tout de même laissée sur ma faim quant à certaines thématiques qui manquent de profondeur. Impossible de les détailler ici sans dévoiler l’intrigue, ce qui serait dommage. Disons simplement que Terry, personnage énigmatique, aurait mérité d’être plus étoffée, tout comme d’autres, secondaires dans le roman, mais dont le rôle est important et sur lesquels je me serais bien volontiers attardée. Le réseau de surveillance des citoyens, à l’origine de tout ce qui arrive aux héros de ce roman, est à peine effleuré. C’est probablement ce qui m’a le plus manqué.

=> Quelques mots sur l’auteur Iain Levison

La vérité sur Lorin Jones

La vérité sur Lorin JonesAlison Lurie

La vérité sur Lorin Jones

Rivages, 1989

 

Polly Alter, 39 ans, reçoit une bourse du musée où elle travaille pour écrire une biographie sur une peintre décédée vingt ans plus tôt, Lorin Jones. Fragilisée par son divorce récent, elle ne peut s’empêcher une vive sympathie pour cette femme dont elle a l’impression d’avoir emboîté le pas : née dans la même ville, peintre elle-même, passionnée par le génie de son modèle, il y va jusqu’à leur surnom qui ne différait dans leur enfance que par une seule lettre : Polly / Lolly.

Afin de se libérer du temps pour enquêter et écrire, Polly envoie son fils adolescent quatre mois chez son père. Elle invite en parallèle sa meilleure amie Jeanne à venir s’installer chez elle. Jeanne, lesbienne et féministe, a une vision bien arrêtée sur la destinée tragique de Lorin Jones : si la peintre n’a pas eu de son vivant le succès qu’elle méritait, c’est que les hommes influant de son milieu étaient bien décidés à lui mettre des bâtons dans les roues. A commencer par Garett Jones, critique d’art et premier mari de Lorin. Ou Jacky Herbert, le galeriste. Mais est-ce si sûr ? Polly Alter est décidée à interviewer toutes les personnes encore vivantes qui ont connu Lorin, afin de découvrir et d’écrire la vérité sur Lorin Jones.

Sur fond de féminisme, Alison Lurie critique le milieu de l’art new-yorkais des deux époques où se joue l’intrigue : les années 1960 et les années 1980. Le lecteur est propulsé du monde féminin de Polly dans le monde masculin de Lorin avec le même bonheur. Plus l’enquête de Polly avance, plus ses idées s’embrouillent. Chaque protagoniste a sa propre vérité sur Lorin Jones. Famille, critiques, collectionneurs, l’intérêt de chacun diffère quant au contenu de la biographie à écrire. Entre manipulation et passion, quelle sera la version la plus crédible aux yeux de Polly ?

Ce thriller psychologique est un fascinant témoignage du monde artistique de New-York de la deuxième moitié du XX° siècle. L’auteur dénonce avec beaucoup de subtilité le machisme de ce milieu, dans lequel sans les hommes, les femmes ne peuvent pas percer. En parallèle, elle dresse un tableau particulièrement cynique des milieux féministes. Le lecteur ne peut pas s’empêcher de grincer des dents et de s’interroger : finalement, est-ce si certain que l’homme est le plus grand des manipulateurs ? Le sexe des individus y est-il pour quelque chose ?

La vérité sur Lorin Jones fait partie des romans dont la justesse psychologique traverseront toujours les époques, sans jamais vieillir. Il a reçu le Prix Femina 1989.

=> Quelques mots sur l’auteur Alison Lurie