Une proie trop facile

Mise en page 1Yishaï SARID

Une proie trop facile

Actes Sud / actes noirs, 2015

 

Un jeune avocat de Tel Aviv a quitté le grand cabinet véreux dans lequel il a débuté pour tenter sa chance tout seul. On ne peut pas dire que les clients se précipitent pour prendre rendez-vous avec lui. Il est même fauché, embourbé dans ses propres contradictions. Heureusement pour son moral, en tant que réserviste de la police militaire, il est parfois sollicité par celle-ci pour résoudre des cas en lien avec l’armée. C’est ainsi qu’il se voit confier la mission d’auditionner un jeune capitaine de parachutistes au courage exemplaire, accusé de viol par une soldate, afin de savoir si l’armée peut classer l’affaire ou si elle doit la transmettre au contraire au procureur.

Une proie trop facile est un témoignage d’une époque et d’une civilisation. C’est le premier livre que je lis d’un auteur israélien et ce ne sera pas le dernier. Yishaï Sarid présente dans ce roman la complexité de l’état juif. S’il peut être qualifié de moderne en référence à Tel Aviv et son développement cosmopolite à l’occidentale, il n’en est rien dès lors que l’on s’enfonce dans les colonies et le désert. Un fossé semble d’ailleurs exister entre ces deux mondes. Ainsi, d’après Yishaï Sarid, les jeunes en provenance des kibboutz supportent beaucoup mieux la dureté des conditions de vie de l’armée, Tsahal, que les citadins.

L’armée et le patriotisme sont un des pilliers de la civilisation israélienne qu’a développé l’auteur dans ce roman. Le pays est en guerre. Ses soldats risquent leur vie tous les jours lors des patrouilles, au Liban en particulier. Leurs conditions de vie sont extrêmes. Les parents des militaires ont peur. Sarid rend hommage au courage des soldats, à la force du collectif, au patriotisme au-delà des différences ethniques et des pratiques religieuses.

Pour ce qui est du polar lui-même, je crois que j’abandonne définitivement l’idée de lire un livre selon ce code, je n’y arrive tout simplement pas. Une proie trop facile m’a intéressée pour l’épanchement socio-culturel auquel s’est livré l’auteur. De ce point de vue, il est passionnant. Viol ? Pas viol ? Honnêtement, je n’ai trouvé aucun intérêt au livre par rapport à cette question. L’avocat enquête, piétine, l’auteur intègre dans son récit quelques revirements de situation comme dans tout polar qui se respecte. Je suis restée hermétique à cette construction ficelée. D’autant plus que le rythme du récit est lent, reflet de l’indécision qui caractérise l’avocat dans cette période de sa vie.

Lire Une proie trop facile m’a permis de rééquilibrer un peu ma connaissance sur Israël et de sa politique extérieure largement dénoncée par la communauté internationale. Il s’agit d’un pays en guerre, profondément marqué par les actes de terrorismes du passé et du présent.

=> Quelques mots sur l’auteur Yishaï Sarid

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Mala Vida

Mala VidaMarc FERNANDEZ

Mala Vida

Préludes, 2015

 

Sous Franco et même au-delà, près de 300000 bébés nés dans des familles républicaines ont peut-être été volés pour être donnés à des familles à l’idéologie plus proche du franquisme. Ce scandale national que des associations tentent d’éclaircir pour faire justice est encore un tabou en Espagne aujourd’hui.

Marc Fernandez se base sur cette affaire d’Etat pour raconter l’histoire d’Isabel Ferrar, avocate française d’origine espagnole. Pour médiatiser l’affaire, elle prend la tête d’une association composée de mères et de pères d’enfants disparus. Dans le même temps, le lecteur comprend rapidement qu’elle joue dans cette histoire un rôle qu’on n’attendrait pas de la part d’une juriste.

Mala Vida a dès les premières pages un parfum de Millenium de Stieg Larsson. Une dénonciation d’un scandale d’Etat, une victime sexy, un journaliste d’investigation fumeur et buveur, une détective dévouée et un juge qui a les cojones d’ouvrir une enquête, le tout dans un contexte politique aux relents de dictature, les ingrédients sont réunis pour un bon thriller politique que l’on reposerait en rêvant d’une démocratie qui n’en porterait pas que le nom. Sauf que la mayonnaise ne prend pas.

Le style, déjà, manque de poésie. Des répétitions de débutant, des lourdeurs fatigantes. A se demander si l’éditeur a joué son rôle de correcteur.

L’histoire, ensuite, n’est pas crédible. Je ne souhaite pas dévoiler ce que de futurs lecteurs aimeraient peut-être découvrir par eux-mêmes, mais enfin. Une avocate brillante et engagée ferait-elle justice elle-même tout en étant porte-parole de tout un mouvement ? Difficile d’y croire.

Le fil de l’intrigue, enfin, est d’une pauvreté presque pitoyable. Les liens entre les personnages beaucoup trop faciles, imposés pour la commodité de l’histoire. Le lecteur ne saura pas ce que contiennent les dossiers sur les bébés volés ; il n’en connaitra que l’épaisseur en centimètres de papiers.

Si le thème est passionnant, le lecteur n’en verra que la carcasse. Histoire non creusée vécue par des personnages fades racontés dans un style d’une grande pauvreté. Quel dommage !

=> Quelques mots sur l’auteur Marc FERNANDEZ

Millenium 4 – Ce qui ne me tue pas

Millenium 4David LAGERCRANTZ

Millenium 4 – Ce qui ne me tue pas

Actes Sud / actes noirs, 2015

 

Ancien journaliste, biographe, romancier à succès, David Lagercrantz a écrit en 2015 un roman historique sur Alan Turing (Fall of Man in Wilmslow), le génie mathématique précurseur de l’informatique. Qui d’autre que lui aurait pu s’attaquer au monument Millenium et poursuivre l’œuvre de Stieg Larsson ?

Dans Millenium 4, on retrouve les héros Mickael Blomkvist et Lisbeth Salander dans une nouvelle enquête. La revue Millenium est au plus mal. Lâchée par un de ses financeurs, elle est reprise par le groupe Serner Media qui compte évincer Blonkvist jugé « has been ». Plus de scoop. Inconnu des jeunes. Il ne fait plus l’affaire. Dépassé, il ne l’est pourtant pas tant que ça : le journaliste est contacté par un informaticien qui souhaite lui soumettre une affaire. Frans Balder, ancien professeur d’université, est une référence en matière d’intelligence artificielle. Il s’est fait recruter par Solifon aux Etats-Unis pour poursuivre son travail de recherche. Après quelque temps, brusquement devenu paranoïaque, il s’est mis à protéger ses données à l’excès, n’a plus adressé la parole à personne, a démissionné de son poste et est rentré en Suède.

Mickael Blonkvist n’écoute que distraitement les propos du jeune informaticien jusqu’à ce qu’il évoque une hacqueuse embauchée par Balder pour savoir si son ordinateur a été piraté. Le journaliste reconnait Lisbeth Salander dans la description qu’en fait l’informaticien et se prend soudain d’intérêt pour l’histoire. Si Lisbeth est dans le coup, c’est qu’un scandale couve quelque part, avec un scoop à la clé.

David Lagercrantz a étonnamment bien réussi à respecter l’esprit des Millenium et la structuration du récit. Comme dans les précédents tomes, les scènes essentielles sont décrites par différents angles de vue, permettant au lecteur de les savourer plusieurs fois. Les héros principaux manquent en revanche un peu de saveur. Ils sont plus figés, moins développés que par Larsson. Presque secondaires à l’histoire. Par contre, les thèmes fondamentaux de l’intrigue comme le piratage informatique et la protection des données sont abordés avec beaucoup d’adresse. Lagercrantz ne s’est pas contenté d’un thriller politique. Son sujet, hautement d’actualité, est creusé, écrit pour faire réfléchir. Stieg Larsson aurait probablement aimé évoquer ces sujets.

Quelques lourdeurs existent néanmoins dans l’intrigue, sans doute liées au besoin que l’auteur a ressenti de résumer certains points des romans de Larsson qu’il a jugés indispensables à la compréhension de son roman. Mais est-il possible de lire Millenium 4 sans avoir lu les romans précédents ? Ce n’est pas sûr.

Par ailleurs, le hasard qui relie le journaliste et la hacqueuse dans la même intrigue est tiré par les cheveux. Mais on pardonne. Il fallait trouver une suite qui respecte les principes de Larsson, c’est ce à quoi Lagercrantz s’est attaché.

 

En résumé, j’ai passé un très bon moment de lecture avec Millenium 4, malgré mes fortes appréhensions de départ. L’univers de Larsson ne s’est pas écroulé. Si Mickael et Lisbeth manquent de finesse, ils restent attachants. Et l’intrigue mêlant mathématiques, services secrets et secrets industriels est passionnante.

=> Quelques mots sur l’auteur David Lagercrantz

Ils savent tout de vous

Ils savent tout de vousIain Levison

Ils savent tout de vous

Liana Levi, 2015

 

Snowe est un petit flic du Michigan. Un jour, il découvre qu’il peut lire dans la tête des gens. Si ça le surprend, ça l’amuse aussi. En tout cas, il est bien décidé à en profiter pour obtenir de l’avancement et pour draguer.

Denny est condamné à mort et attend son heure dans une prison de l’Oklahoma. Il est télépathe, lui aussi. Il se sert de son don pour gagner au poker. Autant vivre mieux, tant qu’il est encore temps !

Terry, une spécialiste de la télépathie, travaille dans une agence de sécurité proche du FBI. Elle a besoin de Denny, le temps d’une négociation à l’ONU qui ne doit pas rater.

Ils savent tout de vous est un thriller humoristique, dans lequel le lecteur se laisse embarquer avec plaisir. Je me suis faite plusieurs fois piégée, pour ne pas dire brutalement secouée, par des page turner auxquelles je ne m’attendais pas, mais pas du tout, malgré l’histoire assez limpide. Trop peu de polars à mon actif, trop naïve aussi, pour anticiper les effets de surprise bien construits que nous a réservés Iain Levison.

Sur fond de chasse à l’homme, l’auteur pose dans son roman la question du bienfondé de la cyber sécurité. S’il en décrit les avantages évidents, il n’hésite pas à dénoncer les perversions du principe et des manipulateurs. Qui manipule qui, d’ailleurs, entre le personnage qui détient les rênes du pouvoir et celui qui est traqué ?

Si ce polar est agréable à lire, il m’a tout de même laissée sur ma faim quant à certaines thématiques qui manquent de profondeur. Impossible de les détailler ici sans dévoiler l’intrigue, ce qui serait dommage. Disons simplement que Terry, personnage énigmatique, aurait mérité d’être plus étoffée, tout comme d’autres, secondaires dans le roman, mais dont le rôle est important et sur lesquels je me serais bien volontiers attardée. Le réseau de surveillance des citoyens, à l’origine de tout ce qui arrive aux héros de ce roman, est à peine effleuré. C’est probablement ce qui m’a le plus manqué.

=> Quelques mots sur l’auteur Iain Levison

Oliver ou la fabrique d’un manipulateur

OliverLiz Nugent

Oliver ou la fabrique d’un manipulateur

Editions Denoël, 2015

 

C’est sur un homme froid, cynique et violent que s’ouvre ce polar irlandais. Oliver frappe sa femme Alice et l’abandonne à moitié morte dans la maison. Quelques mots sur leur vie conjugale et pour présenter le décor. Il s’agit d’un couple d’artistes étroitement liés dans leur création. Elle est douce et patiente, il est calculateur et insensible. Elle a un frère attardé mental qu’Oliver fait placer en institution malgré son épouse. Il la trompe régulièrement et ce sans aucun état d’âme. Ca commence bien.

Il s’agit d’un roman chorale. Ce sont les autres qui racontent Oliver, en alternance avec sa propre narration. Barney, l’homme à qui il a volé Alice. Mickaël, le frère de Laura, une liaison de jeunesse. Madame Véronique, une viticultrice du bordelais qui accueille chaque été des saisonniers étrangers pour les vendanges. D’autres personnages se succèdent, tous pour accabler Oliver.

L’intrigue tourne autour de deux périodes cruciales : l’abandon d’Olivier durant son enfance et le basculement de nombreuses vies durant l’été 1973. Que s’est-il donc passé ?

Les clichés sociaux se mêlent aux explications faciles, dans un semblant de thriller psychologique où l’intrigue elle-même n’est pas crédible. Oliver est présenté comme un homme meurtri dès l’enfance. Son père n’en a jamais voulu et subvient à peine à ses besoins vitaux. Une enfance malheureuse pour expliquer le monstre ? Voilà une thèse bien osée, novatrice et constructive ! Je ne suis pas experte, mais il me semble qu’au XXI° siècle, ce type d’explication est dépassé. Tout individu majeur est responsable de ses actes. D’ailleurs, Oliver abandonné par son père est entouré d’autres adultes bienveillants, comme le père Daniel, à l’internat, régulièrement évoqué dans le roman. Il n’a aucune excuse.

L’écriture de Liz Nugent est remplie de clichés. Sur la largesse d’esprit du résistant des premières heures pendant la Seconde guerre mondiale, la souffrance des homosexuels Irlandais des années 1970 (ne parlons pas des prêtres), la culpabilité du demi-frère qui ne sait pas comment entreprendre Oliver, quand il découvre leur lien de famille… Quant au dernier chapitre, il est cousu de fils blancs. L’intrigue est pitoyable jusqu’à la dernière ligne. Même la qualité de l’écriture pêche, mais peut-être s’agit-il uniquement d’une traduction qui laisserait à désirer.

Vous l’avez sans doute compris, je n’ai pas été convaincue par ce roman et ne le conseillerai pas.

=> Quelques mots sur l’auteur Liz NUGENT

Battues

BattuesAntonin VARENNE

Battues

Editions Ecorce – 2007

 

La dernière fois que je suis allée voir mon libraire, je lui ai demandé de me conseiller un « bon » polar. Il m’a tendu sans hésiter Battues, en me disant que je ne serais pas déçue.

L’intrigue se joue quelque part dans les profondeurs d’une France reculée. Là où les gens votent FN sans jamais avoir vu d’immigré, où la terre vaut de l’or et où les secrets les plus glauques sont enfouis sous les dents des charrues et les grumes qui s’empilent au bord des routes forestières, depuis des générations. Deux familles du village de R. se disputent les richesses du pays, les Courbier et les Messenet. Une haine ancestrale lie les hommes de père en fils. Les petits paysans du coin ont courbé la tête depuis longtemps. Tous, sauf Rémi Parrot, le garde forestier. L’accident qui a failli lui coûter la vie à l’adolescence l’a également détourné de sa destinée : invalide, défiguré, Rémi Parrot a découvert la lecture durant les deux années qu’il a passées à l’hôpital, au lieu de sombrer dans l’alcool comme tous ses congénères.

Une paix relative règne au village, jusqu’à ce que Michèle Messenet y revienne après de longues années d’éloignement. Rémi, l’homme que personne n’est capable de regarder en face sans frémir d’horreur, aime Michèle qui le lui rend bien. C’en est trop pour Didier Messenet, le frère, ainsi que pour Thierry Courbier qui souhaite l’épouser. S’ajoute à ce mélodrame un projet immobilier pourri découvert par un militant écologiste, ami de Rémi. Il n’en faut pas plus pour embraser le pays.

Antonin Varenne plonge le lecteur dans un univers de taiseux. Question de principe, d’amitié ou d’honneur. Qui n’est pas de R. n’apprendra rien. Le commandant de gendarmerie Vanberten essaie bien de démêler les imbroglios, mais il restera toujours un étranger dans ce village. Les affaires se règlent entre adversaires, directement.

Si vous ne connaissez pas ces arrières pays de notre chère patrie, lisez Battues et vous serez servi. Tout y est. La haine, l’alcool, les magouilles. La chasse, les chiens, les sangliers, les fusils. La rivière, les forêts, les cabanons. Les descriptions sont réalistes, les faits précis. On sentirait presque la sueur, l’alcool ou la haine qui relie les personnages les uns aux autres. L’odeur des sous-bois et l’humidité des couloirs des mines souterraines. Même l’amour écorché vif imprègne l’atmosphère.

Antonin Varenne a écrit un magnifique polar. L’écriture se joue de la chronologie sans jamais perdre le lecteur ; le style colle à la peau des personnages, sec et passionné comme eux. J’ai lu une étude de mœurs incroyable sur motif de polar. Un moment de lecture inoubliable.

Un bémol, tout de même : la qualité de la relecture et la correction des fautes laissent à désirer. Non seulement il reste une ou deux coquilles grossières, mais au détour de quelques suppressions, des bouts de phrases n’ont pas été effacés, n’apportant que confusion et incohérence. Il y en a peu, heureusement. Comme le roman est excellent par ailleurs, on pardonne.

=> Quelques mots sur l’auteur Antonin VARENNE

Les infâmes

Les infâmesJax MILLER

Les infâmes

Éditions Ombres Noires, 2015

 

Elle s’appelle Freedom. Freedom Oliver. Sous protection du FBI, elle se cache de sa belle-famille, de Matthew en particulier, qui purge à sa place une peine de dix-huit années de prison pour assassinat. Depuis qu’elle a changé de nom, Freedom mène une vie suicidaire. Névrosée, elle refuse de se soigner et cherche tous les soirs l’oubli dans les alcools forts au Whammy Bar, où elle est serveuse.

Freedom est hantée par son passé douloureux. En particulier, par la perte de ses deux enfants Mason et Rebekah, qu’elle a dû abandonner tandis qu’elle était en prison en attente du procès. Ils ont été adoptés par une famille évangéliste où ils ont coulé une enfance heureuse. Freedom tente tant bien que mal de s’accommoder avec la situation. N’ont-ils pas eu ainsi plus de chance que si elle avait pu les récupérer, une fois acquittée ? Qu’aurait-elle eu à leur offrir, à part la vie dépravée qu’elle mène et une famille de dégénérés ?

Mais sa vie bascule à nouveau. Elle apprend par les agents du FBI la libération de Matthew et par internet, quelques heures plus tard, la disparition de Rebekah. Ce qu’elle redoutait le plus au monde est donc arrivé. Ivre de vengeance, sa belle-famille s’est attaquée à sa fille pour arriver jusqu’à elle. Freedom décide de sortir de l’ombre pour sauver sa fille. Car elle aime ses enfants plus que tout.

Ce thriller palpitant embarque le lecteur dans les profondeurs d’une Amérique sordide. En changeant de nom et de lieu d’habitation, Freedom a troqué une vie de paumée pour une autre, tout aussi glauque : « A travers ma gueule de bois, j’étale ma nudité sur le lit défait. Ma bouche a un goût de charogne, le whisky suinte à grosses gouttes de mes pores, j’ai les pommettes saturées d’alcool. » Ses enfants, qu’elle croyait en sécurité dans sa famille d’adoption, ont été en réalité élevés par de dangereux fanatiques religieux. : « Les futures mères remontent leur robe pour dénuder leur ventre […]. Le révérend [y] place ses paumes à mesure qu’il passe devant elles, marmonnant des bénédictions pour les enfants à naître dans une langue que seuls les élus de Dieu peuvent comprendre. ». Jax Miller écrit à la première personne, c’est Freedom qui raconte. Les mots crus reflètent son humeur, ses hantises et son désarroi. Le roman irradie le malaise profond de l’autre Amérique, celle dont on ne parle jamais. Freedom s’y débat mais fait avec, à défaut de pouvoir faire autrement. Pas le lecteur. J’ai lu Les infâmes d’une seule traite, pressée d’avancer dans l’histoire pour pouvoir trouver entre les lignes un quelconque apaisement aux souffrances de l’héroïne.

Parmi les coups de théâtre qui jalonnent la deuxième partie du récit, quelques uns m’ont laissée dubitative. Le dernier, en particulier, dont la vraisemblance est tirée par les cheveux. Elle sert trop bien l’histoire. Comme si Jax Miller avait eu pitié du lecteur et avait voulu offrir un peu de repos à Freedom, juste pour me faire plaisir !

Mais peu importe. Loin de la construction artificielle de nombreux polars, Les infâmes nous emporte dans un univers malsain et nauséabond contraire à l’American Dream dont les médias nous abreuvent, mais pourtant bien ancré sur le nouveau continent. Ne l’oublions pas.

Grand prix du polar ELLE 2016

=> Quelques mots sur l’auteur Jax MILLER