La leçon d’allemand

La leçon d'allemandSiegfried Lenz

La leçon d’allemand

(Deutschstunde)

Editions Robert Laffont – 1971, 2001, 2009

 

L’histoire se déroule dans l’extrême nord de l’Allemagne, à la frontière danoise, sur les bords venteux de la mer du Nord. Siggi Jepsen est adolescent lorsqu’il est enfermé dans un camp de jeunes délinquants pour avoir volé des tableaux de maître, ceux de Max Ludwig Nansen, figure emblématique de l’expressionnisme allemand. Durant son internement, suite à une leçon d’allemand sur « le sens du devoir » où il rend copie blanche, Siggi se voit condamné à rester en cellule jusqu’à ce qu’il produise un texte en adéquation avec la leçon. Siggi prendra sa punition très à cœur ; il passera de longs mois dans sa prison pour livrer à sa conscience, aux psychologues du centre de rééducation et aux lecteurs de La leçon d’allemand une bien fascinante version du « sens du devoir ».

Siggi a onze ans en 1943 lorsque son père, le policier de Rugbüll, se voit chargé d’interdire au peintre Max Ludwig Nansen de poursuivre son œuvre créatrice. L’ordre provient de Berlin. Le policier Jens Ole Jepsen et le peintre Max Ludwig Nansen sont amis d’enfance. À travers le regard du fils Jepsen, Siegfried Lenz raconte jusqu’où le policier est malgré tout capable d’aller pour faire respecter la loi. Même après que la dictature qui a délivré cet ordre soit tombée. Car peu à peu, les valeurs qui opposent les deux hommes sont telles que le conflit politique va évoluer en règlement de compte personnel. Siggi, fasciné par la peinture de l’artiste, assiste jour après jour au zèle coupable de son père. Il finira par cacher des œuvres pour les sauver, d’abord à la demande de Nansen, puis de manière obsessionnelle, jusqu’à sa condamnation.

Derrière l’histoire et la peinture de Max Ludwig Nansen, flotte l’ombre d’Emil Nolde (1867-1956), jugé contraire à l’idéologie nazie. On devine les couleurs et les tableaux de Nolde derrière l’écriture de Siegfried Lenz : « Le soleil se couchait derrière la digue, exactement comme le peintre lui avait appris à le faire sur papier fort, non perméable : il sombrait, il s’égouttait pour ainsi dire dans la mer du Nord, en filaments de lumière rouges, jaunes, sulfureux ; de sombres lueurs fleurissaient les crêtes des vagues. »

Aucune scène de l’histoire ne se joue sur le front, pourtant la guerre est omniprésente dans La leçon d’allemand : Klaas, le frère de Siggi, est déserteur ; Jens, comme la plupart des habitants de Rugbüll, sympathisant nazi. Tous souffrent des privations liées au rationnement. Tous observent impuissants les bombardements des avions alliés. Siegfried Lenz, choisissant l’innocence de l’enfance pour évoquer ces thèmes, les traite avec une sublime légèreté : « J’entendis le chantonnement de plus en plus rapproché d’un moteur sur la mer du Nord. […] Le bruit se rapprochait si vite que je braquais mes yeux vers la digue. Je fermais un œil et, grâce aux quatre fils de téléphone superposés, je découpais, disons voir en tranches, l’horizon au-dessus de la digue. […] Ma mitrailleuse, je pointais sur la digue ma mitrailleuse invisible : ils pouvaient venir maintenant. »

Engagé dans les jeunesses hitlériennes dès l’âge de treize ans, Siegfried Lenz a été incorporé dans la marine en 1943. Il finira par déserter. Avec La leçon d’allemand écrit en 1968, il connaîtra un succès mondial. Ce roman est aujourd’hui étudié dans toutes les universités germaniques de par le monde.

Siegfried Lenz s’est éteint en octobre 2014 à l’âge de quatre-vingt-huit ans. Est-ce sa disparition qui a donné envie à Lionel Duroy de lui rendre hommage, dans son roman Échapper, publié chez Julliard en 2015 ?

=> Quelques mots sur l’auteur Siegfried LENZ

Passé parfait

Passé parfaitLeonardo Padura

Passé parfait

Métailié – 2001

 

Nous découvrons pour la première fois dans Passé parfait les héros fétiches de Leonardo Padura. Parmi eux, Mario Conde bien sûr, ses cigarettes et ses bouteilles de rhum, lieutenant de police à La Havane ; son inséparable ami d’enfance Le Flaco, sportif longiligne devenu handicapé, gros et gras ; le sergent Manuel Palacios enfin, Manolo pour les intimes. Passé parfait est la première enquête de Mario Conde. Bien d’autres vont suivre au fil de la plume du grand écrivain cubain, jusqu’au dernier en date, Hérétiques, publié en France chez Métailié en 2014.

Dans Passé parfait, Mario Conde replonge malgré lui dans ses années lycée. C’est le major Antonio Rangel, alias Le Vieux, qui l’envoie fouiller dans le parfait passé de Rafael Morin Rodriguez, son ancien camarade de classe, disparu le jour de la Saint Sylvestre. Conde y va à contrecœur : il n’a jamais aimé Rafael Morin, il n’a jamais accepté non plus que Tamara l’épouse, que ce soit lui qui profite de « l’inaccessible Tamara » et de son « cul d’anthologie ». Il faut bien qu’il enquête, pourtant. Et les échos qu’il recueille le laissent perplexe : à la tête d’une grande entreprise d’état, cul et chemise avec le Ministre de l’Industrie, Rafael Morin n’a aucun motif apparent de disparaître. Que s’est-il passé ? Conde embarque Manolo dans une enquête dont ce dernier comprend vite que l’enjeu de son lieutenant ne réside pas dans la seule élucidation de la disparition de Rafael.

Dans Passé parfait comme dans L’homme qui aimait les chiens ou dans Hérétiques, Leonardo Padura mêle avec brio l’histoire de ses héros à celle de Cuba. En fond d’histoire, le système communiste et la corruption de certaines de ses élites ; l’art et la manière de fumer le cigare (en laissant deux centimètres de cendre au bout du cigare, sans la faire tomber !) ; ou encore la musique si chère à l’auteur, l’odeur des beuveries et celle de l’amour. Mario Conde a moins de trente-cinq ans dans ce premier roman qui le met en scène. Son regard acéré sur la civilisation cubaine à l’époque de l’enquête ou dans les flashbacks qui renvoient à ses années lycée donnent au lecteur une idée de l’existence que mène la jeunesse née après la prise de pouvoir de Fidel Castro sur l’île. Ce roman n’est pas contestataire. Il dresse en revanche un portrait peu complaisant du système politique ; il évoque les difficultés des pauvres sous le régime totalitaire ; il aborde les désillusions de la jeunesse sommée de plier aux exigences du parti. Le tout à travers des personnages hauts en couleurs et, pour une majorité d’entre eux, dégageant une profonde humanité.

=> Quelques mots sur l’auteur Leonardo PADURA

Quatorze appartements – Echantillon 1

« Tu vois un peu où ça nous mène, quand tu confonds Victor Hugo avec Margaret Mitchell ?

— Margaret Mitchell ? Mais bien sûr ! C’était elle, évidemment ! Quelle idiote je suis, quand même. »

Il a levé les bras au ciel.

Nous approchions de la maison. À la vue des rues familières, nos pas se sont allongés. Nous avons pris l’allure automatique des matins pressés. Nos mains ont retrouvé les gestes mécaniques du devoir. Finie l’escapade, nous étions de retour dans notre quotidien minuté.

« Damien, tu rentres payer la baby-sitter ? Je prends le courrier et je te suis.

— Non, je t’attends. Je n’ai pas de sous.

— Tiens, mon porte-monnaie.

— Non, non, je préfère rester avec toi. »

À ces mots, je ne sais pas ce qui m’a pris. C’était comme une cloche qui aurait sonné l’alarme. Un voile noir devant mes yeux. Dans mes oreilles, ça s’est mis à bourdonner. Ma respiration s’est hachée. J’ai commencé à trembler, tellement fort que j’en ai fait tomber mon trousseau de clés. Pourtant, une petite voix me suggérait encore de me calmer. Je me suis forcée à inspirer profondément. Je me suis accroupie en me concentrant sur chaque mouvement, sur chaque muscle de mes jambes et de mon dos. Mes clés bien en mains, je me suis relevée lentement. J’aurais peut-être réussi à me maîtriser s’il n’avait pas choisi ce moment-là pour s’inquiéter.

« Chérie, ça ne va pas ? »

Sa question était sincère, bien entendu. Mais moi, sur le moment, je n’y ai vu que de la provocation. La petite voix de la conciliation n’a rien pu faire devant le sourd grondement qui montait en moi.

« Alors comme ça, tu veux rester avec moi ? Tu veux pas payer la baby-sitter ?

— Je préfère t’attendre, je t’ai dit.

— Ah oui. Tu veux m’attendre. Ça t’arrive de faire des choses, des fois, plutôt que d’attendre ? »

Je pense qu’il n’a pas réalisé la force de l’orage qui le menaçait.

« Oui, je crois. Tu penses à quoi ?

— Bonne question. J’ai tellement le sentiment de tout faire à la maison que si je commence, je ne m’arrête pas avant demain soir. On y va ? Je commence ?

— Véronique…

— Elle est ici, Véronique, pas de panique. Fidèle au poste. Toujours prête. Faut payer la baby-sitter ? Non seulement je vais la payer, mais en plus j’ai prévu l’argent liquide en quantité suffisante pour le faire. Par ailleurs, le repas est déjà prêt. Et les enfants ont terminé leurs devoirs, ça aussi j’y ai veillé avant qu’on aille au ciné. Parce que tu vois, si je ne m’en étais pas souciée, on aurait cette corvée à faire encore ce soir. Ou plutôt j’aurais cette corvée à faire, parce que je peux pas compter sur toi.

— Arrête. Ça suffit.

— Ça suffit, tu dis ? Ça fait des années que je me tais. Que j’accepte tout. Que je fais la bonniche. Est-ce que tu t’en rends compte, au moins ? Non, bien sûr. Tu te laisses porter par la vie. T’as un boulot chiant, OK. Je l’ai compris, ça. T’as un boulot de merde et quand tu rentres, t’as besoin de repos. Et moi, alors ? Tu t’es déjà posé la question, si j’aimerais pas me laisser porter par la vie, moi aussi ? Mettre les pieds sous la table en rentrant du boulot ? Car moi aussi je travaille, je te rappelle. Pas autant que toi, certes. Pas de responsabilités ni rien, mais c’est normal, je suis une femme. J’ai pas besoin de m’éclater dans mon job puisque tu le fais pour deux. Puisque je dois démissionner à chaque fois que tu es muté. Un idéal de vie pour toi, hein ? Une famille au garde-à-vous, prête à faire les paquets en fonction de tes promotions professionnelles. C’est la belle vie, ça, hein ? »

Damien ne me regardait plus. Il avait les yeux braqués sur la rue.

« C’est quoi, payer la baby-sitter ? La fin du monde ? Tu sais pas faire ? Tu sais plus compter ? T’en payes pas, des fournisseurs, au boulot ? Quand tu m’emmènes au ciné, comme cet après-midi, c’est un faire-valoir ? Une façon de m’acheter ? »

Sa gifle est partie tellement vite qu’elle m’a fait vaciller sur mes jambes. J’ai marqué un temps d’arrêt.

« J’ai besoin d’une présence plus solide à côté de moi à la maison. J’ai besoin que tu prennes les rênes de la famille en main, que tu affirmes ta présence. J’en peux plus de tout gérer. Ras-le-bol de faire le gendarme tout le temps. De faire le taxi pour toutes les activités. Et le foot, l’année prochaine t’y as pensé ? Il y tient maintenant, Sam, tu lui as promis. Tu t’es renseigné sur les dates d’inscription ? Non, bien sûr. Encore une chose que je vais devoir gérer en catastrophe parce que t’y as pas pensé. Tu t’es interrogé, ne serait-ce qu’une seule fois, sur mon bien-être à moi ? Sur mon équilibre, mes envies ? Sur le temps que je consacre à mon propre repos ? »

S’il en avait écouté davantage, il m’aurait battue, je crois. Il m’a tourné le dos et il est rentré chez nous.

Je suis restée un instant hébétée dans le hall. Ma joue me brûlait. La baby-sitter allait sortir d’un instant à l’autre pour regagner ses pénates trois étages plus haut. Je me suis précipitée dans la rue.

Épuisée, je me suis appuyée contre le mur de l’immeuble. J’ai appelé Marjorie.

« Je peux passer te voir ?

— Ouh, toi ma belle, t’as une mauvaise voix… »

Quatorze appartements – Echantillon 2

Aller au travail le matin m’a paru d’une absurdité absolue.

Je n’étais pas réveillée. Mon niveau de végétation léthargique était tel que le pater familias a décidé d’emmener Sam et Théo à l’école. Je me serais probablement trompée de chemin.

Ma motivation était plus que limitée, vu le dimanche que nous venions de passer. Qui aurait été capable de vaquer avec plaisir à des occupations mercantiles après avoir côtoyé les bas-fonds de l’humanité ?

Les lundis, il y avait réunion de staff. Je les exécrais. Un coq dans sa basse-cour. Le coq, c’était Monsieur Goutard, le chef de service. Les poules, c’était nous. Huit poules qui caquetaient sans fin, surtout en présence du coq. J’avais les piaillements futiles en horreur. En particulier quand je n’étais pas réveillée.

Damien a dû me pousser d’autorité dans le bus, encouragé par les enfants.

J’ai réussi à traîner ma peine jusqu’à la pause déjeuner, lorsqu’une collègue m’a tapé sur l’épaule :

« À la graille. Tu viens, Véronique ?

— J’arrive. Je termine un courrier et vous rejoins. »

Monsieur,

Nous faisons suite à votre courrier du 16 janvier courant dont nous vous remercions. Notre société regrette vivement que les mini-tartelettes au fromage du lot 201.03.026G que vous avez achetées ne vous aient pas apporté pleine satisfaction, et met en place dès à présent des actions correctives pour qu’un tel incident ne puisse plus arriver.

Nous prenons particulièrement soin de la fabrication de nos biscuits apéritifs pour qu’ils conservent leur saveur et leur croustillant tout au long de leur durée de vie, grâce au savoir-faire de nos pâtissiers et au professionnalisme de nos équipes. Nos laboratoires organisent quotidiennement des tests de dégustation dans le souci d’améliorer au jour le jour la qualité de nos produits, pour mieux vous contenter.

Votre exigence est la nôtre. Aussi, afin de vous dédommager du désagrément que vous avez subi, nous vous envoyons ci-joint, de la part de Monsieur Goutard, notre Directeur de la relation clientèle, un bon d’achat d’une valeur de quatre euros et soixante centimes.

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur, l’expression de nos sentiments distingués.

J’en avais encore trois autres à écrire sur le même modèle. Pas le droit à la moindre touche personnelle. J’aurais pourtant brodé avec un tel plaisir !

Sachez que nos maîtres-pâtissiers goûtent eux-mêmes la pâte des feuilletés avant d’enfourner, pour vous garantir une qualité irréprochable.

Sachez qu’une équipe de gourmands déguste les biscuits directement en sortie du four pour s’assurer de leur cuisson parfaite.

Sachez que nous organisons des visites d’écoliers et que nous recueillons scrupuleusement tous les mots d’enfants pour vous faire profiter de leur inventivité.

Sachez que les biscuits que vous avez mangés ont été fabriqués par Fabrice, meilleur ouvrier de France.

Sachez que…

Et même si ce n’était pas vrai ? J’aurais au moins mis un peu de poésie dans ce charabia. J’aurais eu un job d’écrivain plutôt que celui d’une dactylo. Un écrivain public au service d’une multinationale, moi je trouvais ça excitant.

Et puis zut. Au diable le courrier, j’avais faim. Je me suis levée.

Ils en parlent…

Quelques interviews par ici =>

Articles de journaux par ici =>

Chroniques littéraires

Lectures familiales, 1 avril 2019 « La plume est comment dire….juste ! Voilà, c’est ça chaque mot est intelligemment choisi et chaque émotion est décrite au plus près, à tel point que tout un chacun peut s’identifier facilement. »

T Livres ? T Arts ?, 21 septembre 2017 « Le roman de Agnès KARINTHI se focalise sur les relations humaines et leurs subtilités, sur l’interculturalité aussi.  Il montre avec quelles facilités elles peuvent parfois s’établir et avec quelles souffrances elles peuvent aussi se rompre. Il y a les relations de voisinage bien sûr, mais aussi les relations familiales, amicales, amoureuses… bref, tout ce qui lit les êtres humains entre eux, avec des bases plus ou moins bienveillantes, l’individu peut-être pervers aussi ! »

Songes d’une Walkyrie, 29 avril 2017 « Un roman intelligent et sensible qui vient dresser le portrait d’une vie de femme et d’une société condensé dans un immeuble de six étages. Derrière chacune des portes des quatorze appartements, c’est certainement un peu de vous et de vos voisins qui s’y trouvent. C’est humain, c’est réaliste, c’est un joli romain contemporain. »

Les perles de Kerry, 21 mars 2017 « La plume de l’auteure nous fait découvrir avec joie ce petit immeuble de quatorze appartements où vivent différents voisins, tous différents les uns des autres. Le style est très bon, fluide et entraînant sachant que l’auteure nous a offert un univers approfondi. »

Les lectures du hibou, 12 mars 2017 « Un roman passionnant, une tranche de vie qui en dit long sur notre société. Le personnage de Véronique est très attachant dans sa volonté, dans les moyens qu’elle met un œuvre pour faire des rencontres et lutter à son petit niveau contre cet individualisme qui isole. Un premier roman et un auteur à découvrir. »

La bibliothèque de Céline, 19 février 2017 « Je ressors toute étourdie de ma lecture. 14 appartements est plus qu’ un livre. 14 appartements est une tranche de vie. De la vie de Véronique mais pas que… De sa plume fluide et élégante l auteure nous brosse un portrait très intimiste de l héroïne à laquelle on s attache immédiatement. »

Lili la petite plume, 7 octobre 2016 « J’aime beaucoup la plume de l’auteure, tout est simple, on ressent vraiment les sentiments que l’auteure a voulu faire passer à travers son écriture »

Melly’s Book, 5 mars 2016 « Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre et puis j’ai été happée dans la vie quotidienne d’une femme tout à fait normale. J’ai beaucoup aimé ma lecture qui par moment, m’a fait penser un peu à moi quand je suis arrivée dans mon village. »

Les lectures de Maryline, 29 février 2016 « J’aime beaucoup la façon d’écrire de l’auteur, tout est simple, on suit la vie de cette jeune femme en tournant les pages, tout avance dans une fluidité très agréable. J’espère très vite lire un nouveau roman!! »

Le monde enchanté de mes lectures, 16 février 2016 « Un morceau de vie qui pourrait être le vôtre ou le mien, et que je dois avouer avoir aimé lire jusqu’à la dernière page. »

La lecture des livres, 15 janvier 2016 « Le récit, bien que ce ne soit ni un thriller ni un policier, nous garde en haleine jusqu’à la fin, le lecteur se demandant comment Véronique va se dépatouiller. »

Coin lecture de Nath, 29 décembre 2015 « C’est parfois un peu loufoque, avec beaucoup d’humour, j’ai souvent souri à la lecture. Je pense que cela reflète très bien la solitude, l’indifférence des gens dans la ville, le manque de contacts humains.  Le livre parle aussi de solidarité, d’amour, du couple, de la vie quoi. »

Les petites lectures de Maud, 2 décembre 2015 « Agnès KARINTHI nous parle de nous, avec simplicité et humour. Une telle lecture nous offre quelques heures de légèreté et d’évasion : un luxe par les temps qui courent. »

Anamor, 27 novembre 2015 « Cette femme m’a non seulement intéressée, mais également intriguée. Elle porte un regard curieux et profondément humain sur le monde, sur les gens qui l’entourent et elle est naïve face à certaines personnes. »

Mes belles lectures, 10 novembre 2015 « J’ai souri, j’ai aussi été attendri et interpellé….j’ai été souvent le Damien du livre….mon identité masculine »

Les lectures de Val, 7 novembre 2015 « J’ai adoré ce roman contemporain qui nous parle de la vie, la vraie, comme celle qu’on peut un jour avoir à vivre ou que certains vivent déjà, du reste j’avais l’impression par moment que c’était réellement du vécu tellement c’était réaliste (…) Je le conseille vraiment à tout le monde, un premier roman fort bien réussi et une auteure que je suivrais sans aucun doute. »

Les Voyages Livresques de Caro, 24 octobre 2015 « Une belle lecture, j’ai passé un bon moment en compagnie de Véronique, notre protagoniste principale qui cherche sa place dans le monde au final, un peu comme chacun d’entres nous. Une histoire qui peut interpeller de nombreuses personnes, car beaucoup ont vécu ce genre de situation. Bref, un roman accessible à tous! »

Au fil des pages, 20 octobre 2015 « Ce livre est une très belle découverte. Une belle analyse de ce qu’on vit lorsqu’on habite dans un appartement dans une grande ville. Cela mérite réflexion. Il suffit de pas grand chose pour se rapprocher de ses voisins mais il faut le faire d’une matière naturelle, il faut juste s’ouvrir aux autres sans en avoir peur. »

Les lectures d’Eole, 15 octobre 2015 « Agnès Karinthi a su être juste dans tous ses mots, je me suis totalement sentie en phase avec son personnage principal, ses envies et ses aspirations. Elle a su mettre des mots sur ce que moi-même je ne savais pas forcément nommer.
Ce n’est pas un roman ça, c’est une pépite, un coup de coeur que je conseille à tout le monde et un joli 20/20 ! »

Bloglire, 11 octobre 2015 « Quatorze appartements est le premier roman d’Agnès Karinthi, une réussite totale à lire dès le 15 octobre chez elpediteur.com »

Quelques Webzines ont relayé des critiques :

Des interviews ont été organisés et publiés :

Quatorze appartements a été choisi comme Livre voyageur :

Les retrouvailles

Les retrouvaillesApolline Thiéry

Les retrouvailles

ELP Editeur – 2014

 

Incroyable mais vrai, l’auteur de ce roman plein d’émotion est une lycéenne. Combien de lycéens connaissez-vous, capables d’écrire un livre de 120 pages ?

Sarah est une jeune femme de 30 ans. Son père Jacques de Risbourg se meurt. Il choisit ce moment pour avouer à sa fille le secret de famille qu’elle porte sur ses épaules sans le savoir, depuis sa naissance. Un secret lié à l’histoire de sa mère Clara, mère absente qui se suicide quand l’enfant est adolescente. Sarah s’est construite convaincue de ne jamais avoir été aimée. Dans le témoignage de Jacques, elle va brutalement apprendre qu’il n’est pas son père biologique. Heureusement, dans le même document il lui fournira la preuve de l’immense amour de sa mère pour elle, que son triste passé empêche d’exprimer.

Apolline Thiéry, avec une grande maturité, raconte la terrible histoire de Clara Schiller. Son présent, ses amours perdues, son enfance. Allemande, elle déménage en France à sa majorité. Tout comme Pauline Dubuisson, la meurtrière de 1961 qui a fait couler tant d’encre (tout récemment encore, Jean-Luc Seigle et Philippe Jaenada ont publié chacun un livre sur cette femme), Clara Schiller passe d’un homme à l’autre, incapable de s’attacher. Pourquoi ? Apolline Thiéry nous l’apprendra dans ce roman. Au fil des pages, le lecteur finira par aimer Clara, cette femme qui ne s’aime pas elle-même. Le premier secret de famille, c’est elle qui en subit les conséquences. Elle n’y survivra pas.

Comment un auteur aussi jeune a-t-il su évoquer des thèmes aussi forts avec des mots aussi simples ? Bien sûr, l’écriture est encore maladroite. Trop de clichés ont gêné ma lecture. Certains chapitres mériteraient d’être retravaillés dans un style plus mature. Il n’en reste pas moins que j’ai ressenti de l’empathie pour le personnage de Clara. Que l’émotion passe. Apolline Thiéry a tout d’un auteur en devenir.

=> Quelques mots sur l’auteur Apolline THIERY

Am Stram Gram…

am stram gramM.J. ARLIDGE

Am Stram Gram…

Les Escales Noires, 2015

 

Helen Grave est commandant de police au commissariat de Southampton en Angleterre. Célibataire, carriériste, elle gravit les échelons un à un grâce à un parcours professionnel jalonné de réussites. Pourtant, Helen fréquente régulièrement un prostitué pour des rapports sadomaso dans lesquels elle tient la position de dominée.

Southampton est décrite comme une ancienne ville industrielle où les vestiges d’une activité passée sont légion. Un meurtrier en série exploite les piscines, silos et autres fosses désaffectées pour organiser des crimes des plus macabres : après avoir kidnappé deux personnes, il les séquestre ensemble et les abandonne à leur sort avec un révolver chargé d’une seule balle et un message téléphonique : « vous devez tuer pour vivre ». Rien à manger ni à boire. Retrouver le meurtrier ne sera pas une chose aisée. La mission est confiée à Helen Grace et à son équipe.

Dans Am Stram Gram…, la tension est palpable dès les premières pages. Le lecteur assiste au désarroi des prisonniers, au déroulement de l’enquête, aux doutes et aux échecs personnels de plusieurs membres de l’équipe de policiers. Helen est omniprésente. L’enquête stagne. Enfin quelques indices infimes permettent enfin aux limiers de remonter une piste. Mais les meurtres se succèdent.

Je suis restée un peu dubitative face à ce thriller. L’environnement architectural est bien décrit ; je visualise bien, grâce à M.J.Arlidge, les vestiges du passé industriel de cette ville. En revanche, les personnages sont peu crédibles. Certains d’entre eux n’apportent aucun éclairage à l’histoire, comme Jake par exemple. Si quelques trépignements de l’enquête sont utiles, je ne vois que peu d’intérêt à d’autres. Ainsi du rôle de Hannah Mickery dans l’histoire.

Le rythme impulsé par M.J.Arlidge change brusquement vers la moitié du roman. L’intrigue, bien ficelée et macabre à souhait dans la première moitié de Am Stram Gram… est vécue simultanément par les héros et les lecteurs. Dans la deuxième partie, j’ai été gênée par l’accélération brusque des évènements, le développement confus des personnages et le choix de l’auteur de manipuler le lecteur en différant sa connaissance des avancées de l’enquête par rapport à la police. L’explication finale entre Helen et le meurtrier ne m’a pas convaincue non plus, sa dimension psychologique est boiteuse.

Pour conclure, un lecteur qui aime suivre une intrigue riche en rebondissements, où histoire principale et histoires secondaires se mêlent à profusion, prendra certainement beaucoup de plaisir à ce polar. Pour moi qui me concentre beaucoup sur la crédibilité des personnages, ça n’a malheureusement pas été le cas.

=> Quelques mots sur l’auteur MJ ARLIDGE

La défense

la défenseSteve Cavanagh

La défense

Bragelonne – 2015

 

Même l’éditeur affirme sur la quatrième de couverture l’étonnante ressemblance entre ce premier roman de Steve Cavanagh et un bon thriller de John Grisham. S’il s’autorise à reproduire l’argumentation du journaliste du Irish Independant, c’est que ça doit être vrai. Et en effet, pour moi qui ai lu une grande majorité des livres de Grisham, La défense m’a projetée dans un univers semblable.

Pauvre Cavanagh, démarrer sa carrière d’écrivain par une telle comparaison. Heureux Cavanagh, car si cette comparaison est osée, dangereuse même, il tient le challenge haut la main !

La défense, c’est l’histoire d’un avocat en perdition, alcoolique et chassé de chez lui par son épouse. Un beau jour ou plutôt un jour funeste, il se retrouve coincé dans son café préféré par la mafia russe. Volchek, un parrain de l’organisation, voit son procès démarrer le jour-même. Un mafieux repenti doit témoigner, ce qui entraînera inexorablement sa perte. Le marché est simple. Eddie Flynn doit réussir la défense de Volchek ou mourir, ainsi que sa fille de dix ans qui vient d’être enlevée elle aussi. L’avocat a quarante-huit heures pour sauver leurs vies.

Ainsi débute ce thriller au rythme et aux coups de théâtre incroyables. Volchek est entouré par une équipe insensible à toute compassion. Le FBI, omniprésent, protège le procès du siècle. La procureure générale, brillante, s’est préparée pour gagner. Ce procès est perdu d’avance et tout le monde le sait. Mais ce que les différents acteurs ne savent pas, c’est qu’Eddie est un ancien escroc : il a plus d’un tour dans son sac.

L’histoire est racontée à la première personne par Eddie lui-même. Et le lecteur se sent bien dans la peau du narrateur. Le temps de lire les 377 pages du roman, il revêt l’habit d’un avocat brillant, rendu exceptionnel par les circonstances qui l’obligent à donner le meilleur de lui-même. Cavanagh l’embarque dans l’histoire à la vitesse de la lumière, comme s’il lui achetait une place pour un tour de montagne russe.

Bien sûr, sans les contacts que possède Eddie dans le tribunal ou à l’extérieur, l’histoire perdrait de sa saveur. Mais on pardonne à Cavanagh ces facilités de scénario, tant l’intrigue est bien ficelée, le rythme soutenu et les rebondissements nombreux et crédibles.

La défense est son premier roman. J’espère qu’il ne restera pas en si bon chemin.

=> Quelques mots sur l’auteur Steve CAVANAGH

Au bord du ruisseau

Depuis plusieurs minutes déjà, le murmure du courant couvrait le martèlement de ses pas sur le sentier. Le cours d’eau allait apparaître sur sa gauche.
C’était la troisième promenade forestière de Marion. La première fois, elle s’était rendue au belvédère qui surplombe la cascade. Une heure et demie de marche sur un chemin balisé. La vue y était belle, certes, mais l’affluence, en cet après-midi printanier, avait quelque peu gâté son plaisir. Lors de sa deuxième excursion, la chaleur de l’été l’avait entraînée vers l’ombrage des grands épicéas. Une longue déambulation au hasard des parcelles, où seul le crissement des aiguilles de pin sous ses pas avait répondu au gazouillis des oiseaux. Elle s’était perdue cette fois-là, avant de poser le pied sur la départementale à la nuit tombée. Sa sortie automnale, Marion avait décidé de la tenter sous les hêtres et les chênes de l’autre côté de la route, en aval de la chute d’eau. Un site vallonné, égayé par les dominantes rouge et or.
Le ruisseau déboucha enfin du sous-bois. Une roche plus dure que les précédentes, sans doute, avait imposé à l’eau un trajet moins rectiligne à cet endroit précis. Marion s’avança jusqu’à la berge et s’accroupit. L’eau était fraîche, glacée même. Elle chercha des alevins entre les cailloux, mais les remous rendaient toute observation aquatique impossible.

Une ombre projetée sur la rivière lui fit lever la tête. De la rive d’en face, un jeune homme la regardait. Elle tenta de battre en retraite, mais il l’arrêta de la voix.
« Bonjour ! Quel plaisir de vous revoir ! Je ne me trompe pas, vous êtes l’institutrice de la Séauve, n’est-ce pas ?
– Oui, en effet. Vous êtes un parent d’élève ? »
Le jeune homme ramassa un panier à ses pieds et franchit d’un bond le ruisseau.
« Parent d’élève, dites-vous ? Pas encore. Un jour, peut-être, mais d’ici là j’ai quelques étapes à franchir. Trouver la femme de ma vie, par exemple. »
Marion rougit et se détourna.
Il insista.
« Vous ne vous souvenez pas de moi ? »
Elle secoua la tête.
« La pharmacie ! Vous m’avez acheté des pastilles pour la gorge, il y a quinze jours. Vous êtes arrivée en fin de journée, juste à l’heure d’affluence, emmitouflée dans votre imper, un cache-nez rouge couvrant votre visage. Vous parliez d’une voix rauque à rendre jaloux les mordus de Gitanes sans filtre et vous aviez peur de ne pas pouvoir tenir votre classe le lendemain, vu votre état. Je vous ai conseillé des bonbons à l’eucalyptus auxquels vous avez ajouté un flacon d’huiles essentielles. Vous croyez aux vertus des inhalations, m’avez-vous expliqué. Je voulais aussi vous donner une recette de grog au thym, garantie d’une bonne nuit de sommeil, mais vous l’avez refusée. Vous êtes d’accord pour que je vous la donne, maintenant ? »
À l’évocation de sa pharyngite passée, l’institutrice porta ses mains à sa gorge. Le pharmacien supporta sans broncher ses froncements de sourcils et lorsqu’elle se mit enfin à rire, il rit avec elle.
« Vous savez, avec la blouse blanche, le décor aseptisé et tout le reste… Comme je vis au village depuis moins d’un an, je ne connais pas encore grand monde en dehors de l’école. Je m’appelle Marion Droussard. »
Le pharmacien lui tendit la main.
« Pierre Bretonneau. Je ne suis pas ce qu’on peut qualifier d’ancien dans la bourgade, moi non plus. J’ai acheté la pharmacie de l’église en juillet. Bientôt trois mois. »
L’institutrice acquiesça. Pendant quelques secondes, l’eau à leurs pieds les enveloppa de ses murmures apaisants.
Marion pointa alors le panier du menton.
« Vous vous apprêtiez à pique-niquer ?
– Je ramasse des champignons. »
Il présenta sa récolte à la jeune femme.
« Ce sont des cèpes ?
– Des cèpes et des bolets, entre autres.
– Vous les avez trouvés ici, dans cette forêt ?
– Bien sûr, pourquoi pas ?
– C’est que je n’ai aucune connaissance en la matière. Je n’en ai jamais vu ailleurs qu’au marché. Et encore, rarement.
– Et comment croyez-vous qu’ils arrivent sur les étals des marchands ?
– Je ne sais pas. Les paysans ?
– Les paysans ou les passionnés. Je fais partie de la deuxième catégorie. L’automne, dès que j’ai du temps libre, je sillonne les forêts à la recherche des champignons des bois et je les vends. Un peu de beurre dans les épinards.
– Vous en trouvez beaucoup ?
– Dans le Périgord d’où je viens, j’avais mes coins secrets. Depuis que j’ai emménagé ici cet été, j’arpente le sous-bois pour repérer les habitats potentiels. Ce bord de ruisseau, par exemple, je l’étudie depuis un mois déjà. Il avait toutes les qualités requises. Si vous saviez comme j’attendais les premières pluies de l’automne, pour pouvoir vérifier mon hypothèse ! Voyez le résultat. Ma cueillette va être intéressante. »
Il fouilla dans son panier.
« Regardez ce cèpe, comme il est magnifique. Et ce bolet, vous en avez déjà vu de cette taille ? Le bolet bai est courant dans nos régions, mais un chapeau de ce diamètre ! »
Pierre s’accroupit face à sa récolte. Il déposa un à un les champignons dans les feuilles mortes, puis en tendit un à Marion dans sa main ouverte.
« Vous le connaissez, celui-ci ? C’est un pied bleu. Lepista nuda. Excellent dans une omelette. Il possède une saveur inégalable. Vous en avez déjà mangé ?
– Je n’y connais rien, aux champignons. Ils me font même peur. La hantise ancestrale de l’empoisonnement.
– N’ayez aucune crainte, je suis un spécialiste.
– Spécialiste ou pas, il suffit d’une erreur.
– Allons ! Je ramasse des champignons depuis toujours. J’ai même suivi un diplôme universitaire de mycologie, en plus de ma formation de base à la fac.
– Qu’est-ce que ça vous a apporté ?
– Vous n’avez jamais vu de promeneurs faire valider leur récolte par un pharmacien ?
– Je ne crois pas.
– Je sais distinguer la plupart des champignons comestibles et vénéneux. Les espèces les plus classiques des forêts européennes, bien sûr. Les bolets, les lépiotes, les chanterelles, pour ne nommer qu’eux.
– Je me rappelle l’intoxication d’une famille entière, il y a quelques années. Le père prétendait s’y connaître. J’en avais eu froid dans le dos.
– Ils ont dû manger des bolets Satan, faciles à confondre avec d’autres champignons comme le bolet à pied rouge, plus clair et plus élancé. Un pharmacien aurait fait le tri sans hésiter.
– Quelle horreur ! Voilà pourquoi jamais je n’irai cueillir des champignons par moi-même.
– C’est avant tout une question de pratique et d’observation, je vous assure. Et quant à la famille dont vous parlez, elle en aura été quitte pour une bonne gastro, tout au plus. »
La jeune femme saisit un gros champignon au chapeau gris-brun, le fit pivoter entre ses doigts et le reposa dans le panier.
« Dans mon enfance, j’allais souvent chez mes grands-parents qui habitaient en bordure de forêt. Lorsque je revenais d’une escapade dans les bois, ma grand-mère m’obligeait toujours à me laver les mains à grande eau savonneuse. Puis elle les auscultait sous toutes les coutures. S’il restait la moindre tache un peu noirâtre, la moindre égratignure un peu vive, elle me les frottait elle-même à la brosse à ongles jusqu’à ce qu’elles ressortent toutes rouges de l’opération. »
Elle se mit à rire.
« C’est curieux que je pense à cette histoire maintenant. L’odeur du sous-bois ou la fraîcheur du ruisseau, peut-être. »
Marion salua la rivière de la tête. L’eau coulait, tranquille et régulière.
Elle se frotta les paumes de ses mains l’une contre l’autre pour chasser les spores qui s’y seraient collées, comme au temps jadis.
« Vous voyez, mon enfance a été bercée par les angoisses viscérales de ma grand-mère. »
Pierre s’approcha d’elle.
« Alors moi, aujourd’hui, je vous propose de dépasser cette méfiance. Je vous invite à prendre un cours de mycologie avec moi, puis à partager mon omelette de ce soir. Si ça peut vous rassurer, je vous montrerai mon diplôme avant de préparer le repas. Et je goûterai l’omelette en premier. Vous tentez l’aventure ? »
Marion fit inconsciemment un pas en arrière.
« Ce n’est pas possible, j’emmène ma classe en sortie scolaire, demain matin. Je ne peux pas me coucher trop tard. Merci quand même.
– Dans ce cas, nous dînerons tôt pour que vous puissiez rentrer tranquillement. Couvre-feu à 21 h 30, ça vous va ?
– Je ne sais pas. C’est un peu soudain, en fait. Et pour tout vous dire, je ne suis tentée par une gastro devant mes élèves. Sans prétendre douter de vos connaissances, bien sûr. »
Elle tenta d’adoucir son refus par un sourire.
Pierre la retint d’un signe.
« Attendez. »
Il retira son sac à dos, l’ouvrit et s’assit sur une souche large et sèche.
« J’ai amené des biscuits. Ça creuse, l’air de la forêt. Pendant que nous nous reposerons, je vais vous montrer quelque chose. J’espère vous convaincre. »
Marion resta debout à quelques mètres de distance. Il lui tendit une gourde, mais elle la refusa.
« Vous voulez que je vous raconte l’histoire de champignons la plus comique qui me soit arrivée ? C’était il y a deux ans. Je travaillais dans une petite pharmacie de campagne. Un dimanche de garde, en octobre, je servais un malade lorsque quatre jeunes ont fait irruption dans l’officine. Ils ont posé sur le comptoir un panier rempli de petits champignons de prairies et m’ont demandé de l’analyser. Énervé par leur interruption, j’ai exigé qu’ils attendent leur tour. Mon client est alors intervenu pour me demander de ne rien en faire. Il s’est mis en retrait, arguant qu’il avait tout son temps. Le groupe était si insupportable que j’ai accepté, ayant hâte de les voir disparaître. Dès le premier coup d’œil, j’ai reconnu à quoi j’avais affaire.
– C’était quoi ? Des amanites ?
– Des champignons hallucinogènes. Un panier entier de psilocybes.
– Sans blague ! Et qu’avez-vous fait ?
– Je leur ai dit qu’ils étaient passibles d’une lourde peine, rien que pour les avoir ramassés. Ils ont éclaté de rire, ont repris leur bien et se sont dirigés vers la sortie sans même dire merci. J’ai voulu alors retourner à mon malade, mais il avait disparu, abandonnant sur le comptoir son ordonnance, sa carte Vitale et même son porte-monnaie. Vous savez où il se trouvait ?
– Où ça ?
– Il bloquait la sortie de la pharmacie. Dès que les jeunes s’en sont approchés, il a brandi un insigne et a arrêté toute la bande. C’était un agent de police en arrêt maladie. L’histoire a eu droit à un encart dans les journaux dès le lendemain. »
Ils éclatèrent de rire.
Pierre sortit un livre épais de son sac à dos et le tendit à Marion.
« Malgré ma formation solide, mes épopées de pharmacien et mes cueillettes régulières, j’ai toujours ma bible avec moi lorsque je quitte le bitume pour la fraîcheur des sous-bois. J’ai besoin de trouver une réponse immédiate à mes doutes lorsque j’en ai, si petits soient-ils. »
Marion lui prit l’encyclopédie des mains.
« Le grand guide des champignons de France. Plus de 400 espèces décrites. Ça correspond à quelle proportion de la totalité ? La moitié ? »
Elle tourna quelques pages.
« Vous avez annoté presque chaque schéma ? C’est un travail d’une minutie incroyable ! »
Pierre, à ses côtés, souriait. Tandis qu’elle s’arrêtait à certaines planches prises au hasard, il en pointa une du doigt.
« Un bolet Satan et son sosie, le bolet à pied rouge. Avec le descriptif de leurs différences. »
Marion ferma doucement l’ouvrage et le rendit au pharmacien.
« Et lorsque vous invitez une inconnue à partager votre omelette, vous la faites cuire baveuse ou à point ? »

***

« Deux urgences arrivent en même temps, Docteur.
– De quoi s’agit-il ?
– Ils se plaignent de diarrhée aiguë, de température et de douleurs abdominales.
– Ils viennent aux urgences pour une gastro ?
– Ils ont tous les deux une forte fièvre : 40,2 °C pour lui et 39,3 °C pour elle. Hier, ils ont ramassé des champignons et ont mangé une omelette dans la foulée. L’homme est très agité. Il se dit pharmacien et s’inquiète beaucoup pour sa compagne.
– Putain, les petits cons. Les symptômes sont apparus combien de temps après avoir mangé les champignons ?
– Neuf heures après, environ.
– Syndrome digestif retardé ! Une intoxication aux amanites phalloïdes n’est donc pas à exclure. Mettez en place le protocole requis. Hémogramme, ionogramme, bilan hépatique et rénal. Puis perfusion de paracétamol pour la fièvre et solution de réhydratation pour la diarrhée. En parallèle, faites réaliser un ECG. Prélevez des selles et envoyez-les en urgence au labo. Prévenez le service de réanimation pour qu’ils préparent deux lits, au cas où. J’arrive dans cinq minutes. »

« Docteur, voici les analyses. »
L’urgentiste posa sa tasse de café pour lire les résultats. Puis il se leva, s’adossa contre le mur à côté de l’infirmière et parcouru une deuxième fois le dossier. Il pointa alors une ligne du doigt et leva les yeux vers sa collègue.
« Vous avez vu ce résultat, Amélie ?
– Oui, je l’ai relevé, moi aussi.
– Allons causer du pays à l’as des champignons, voulez-vous ? Il est dans quelle chambre ?
– Chambre 412.
– Il dort ?
– Je ne crois pas. Il somnole seulement. »

L’urgentiste marqua un temps d’arrêt devant la chambre 412, puis il ouvrit la porte.
« Comment vous sentez-vous, Monsieur Bretonneau ?
– Ça va un peu mieux. Et mon amie, avez-vous de ses nouvelles ? Est-ce qu’elle va s’en sortir ?
– Mais bien sûr. Je vous le promets. Vous n’avez qu’une sérieuse gastro. Je vous garde tout de même sous surveillance, au moins jusqu’à demain matin.
– Quelle a été mon erreur, Docteur, est-ce que vous le savez ? C’est quoi, le champignon qui nous a mis dans cet état ? Que disent les analyses ?
– Ce ne sont pas les champignons, jeune homme. Vous souffrez tous les deux d’une salmonellose. La prochaine fois que vous mangerez une omelette, vérifiez la qualité de vos œufs. Ça m’épargnera une décharge d’adrénaline à 6 h 30 du matin. »
L’urgentiste et l’infirmière sourirent devant le regard stupéfait de Pierre.
« Reposez-vous, maintenant. Je passerai vous voir en fin de journée. »
Ils quittèrent la chambre et fermèrent la porte.

Concours Feignies 2

 

Les intéressants

Les intéressantsMeg WOLITZER

Les intéressants

Éditions rue fromentin, 2015

 

Voilà un roman qui me laisse bien perplexe. Je suis partagée entre deux sentiments : celui de ne pas y avoir trouvé d’intérêt et celui d’être convaincue que je ne l’oublierai pas facilement. Quel paradoxe !

Les intéressants raconte l’adolescence et la maturité de six américains de New-York entre 1977 et aujourd’hui. Ash, Cathy, Jules, Ethan, Goodman et Jonah se rencontrent dans un camp de vacances découvreur de talents, Spirits-in-the-woods. Ils y forment un club, le club des intéressants justement. Seuls les aléas de la vie arriveront à les séparer au cours des décennies qui suivront.

Meg Wolitzer décrit les succès, les échecs et les combats intérieurs de ses héros, à travers le regard de trois d’entre eux, Ash, Ethan et Jules. Ash et Ethan symbolisent la réussite professionnelle, sociale et financière. Jules, observatrice des succès de ses amis, un brin jalouse, a une vie beaucoup plus standard. Seule la générosité de ses amis lui permettra de rester habiter dans New York, contrairement à de milliers de banlieusards.

Tout au long des 564 pages que dure ce récit, le lecteur va être témoin des joies, drames et échecs des différents personnages. De nombreux sujets de société sont abordés : l’adolescence, la sexualité, les liens de famille, la maladie, l’abus d’autrui. Des sentiments comme le doute, la douleur, la générosité, la jalousie. Ce livre est un hymne à l’introspection, à l’amitié et à l’amour.

L’histoire ne manque pas d’intérêt. Je me suis surprise à comparer le livre à un film de Woody Allen des années 1975-1980. Et c’est peut-être par là qu’il pêche : il est tellement psychanalytique, tellement new-yorkais qu’il pourrait passer pour synopsis d’un film du grand cinéaste américain. Seulement un film se visionne en deux heures, tandis qu’un roman d’une telle longueur se lit en plusieurs jours.

Pour résumer, Les intéressants est un bon livre psychanalytique, mais sa longueur lui fait perdre de sa force.

=> Quelques mots sur l’auteur Meg WOLITZER