Lucie Dreyfus ou la femme du capitaine

Lucie DreyfusElisabeth WEISSMAN

Lucie Dreyfus – La femme du capitaine

Editions Textuel, 2015

 

Qui connaît le rôle joué par Lucie dans l’Affaire Dreyfus ? Nombreux sont les dreyfusards dont le nom est passé à la postérité. Parmi eux, le frère d’Alfred, Mathieu Dreyfus, le poète Bernard Lazare, le colonel Georges Picquart et bien sûr Émile Zola et Jean Jaurès. Ceux-là ont œuvré pour la revisitation du procès du capitaine, puis pour sa réhabilitation. Lucie, elle, a œuvré à son maintient en vie, jour après jour, durant toutes ces années de longue et atroce détention sur l’Île du diable, en Guyane.

Élisabeth Weissman signe avec ce roman un documentaire parmi tant d’autres parus depuis un siècle. L’Affaire y est décrite avec ses nombreuses péripéties, toujours sous l’angle de vue des partisans de Dreyfus. Nombreuses sont les sources documentaires qu’elle cite. Parmi elles et non des moindres, Hannah Arendt, Joseph Reinach, Philippe Oriol et bien sûr le capitaine lui-même. L’originalité de cet essai réside dans l’intégration, aux côtés de ces différentes sources historiques, d’extraits de lettres échangées entre Lucie et Alfred durant les dix années qu’a duré l’Affaire, ainsi que des confidences de Lucie à sa grande amie Hélène Naville, durant la même période.

Le roman débute d’ailleurs avec la correspondance entre Lucie et Hélène, mettant l’accent dès les premières pages sur la force de caractère de Lucie qui se trouve parachutée malgré elle dans un combat d’hommes. Elle n’a que 25 ans en 1894.

Lucie Dreyfus naît dans un siècle où les femmes de sa classe sociale, la grande bourgeoisie, sont destinées à une vie de femmes d’intérieur, toutes à leurs tâches domestiques. Malgré son jeune âge, malgré son sexe, Lucie va œuvrer autant que ces messieurs à la réhabilitation de son mari. Elle n’utilisera pas les prétoires et autres salles d’audience, elle n’assistera même pas aux différents procès. Elle jouera pourtant un rôle essentiel, fournissant à son mari la force de résister aux sévices moraux et physiques qui lui sont infligés au quotidien. Sans Zola et son vibrant J’accuse, Dreyfus n’aurait pas été acquitté. Sans Lucie et l’énergie vitale qu’elle a instillé goutte à goutte à son mari, celui-ci n’aurait probablement pas survécu à ses conditions de détention sur l’Île du diable.

 

Les lettres de Lucie Dreyfus sont un passionnant témoignage de l’Histoire, tant leur contenu est riche sur le déroulement de l’Affaire. Elles éclairent aussi le lecteur du XXI° siècle sur les mœurs de la bourgeoisie française de l’époque, sur l’organisation domestique et le niveau d’implication des femmes dans la politique. N’oublions pas que les femmes n’ont acquis le droit de vote en France qu’en 1944. Lucie, soutenue tout au long du combat par des mouvements féministes, est loin d’en être une.

Ce livre est le premier que je lis sur l’Affaire Dreyfus et j’y ai trouvé un vif intérêt. J’ai regretté quelques longueurs, notamment sur la fin. C’était oublier que l’affaire juridique n’est que le point de départ de la vie extraordinaire de Lucie Dreyfus ; son sens civique et son goût du dévouement ne se sont pas arrêtés avec la réhabilitation de son mari. Elle fera des études d’infirmière. Elle rassemblera autour d’Alfred, jusqu’à son décès en 1935, les dreyfusards inconditionnels. Hélas, l’antisémitisme la rattrapera. Sa famille ne sortira pas indemne du fascisme.

Un documentaire dense mais assez facile à lire. Passionnant.

=> Quelques mots sur l’auteur Elisabeth WEISSMAN

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