Le meilleur des mondes

Aldous Huxley

Le meilleur des mondes

Traducteur : Jules Castier

Editions Plon – 1932

 

 

Vous aimez Matrix ? Vous vous épouvantez du monde qu’Orwell nous destine pour 1984 ? Vous prophétisez une civilisation où les femmes ne seront plus que des servantes écarlates ? Si vous n’avez pas lu Le meilleur des mondes, vous ne pouvez pas comprendre la subtilité de ces fictions qui en découlent ; vous êtes comme le patient de médecins spécialistes d’un seul organe, alors que pour comprendre l’être humain, il faut le considérer dans sa globalité.

Le meilleur des mondes, c’est le socle. L’origine. Le livre que tout auteur de SF a dû, à un moment donné dans sa vie, rêver d’écrire. En un condensé de 300 pages, c’est à la fois la pilule bleue et la pilule rouge, Big Brother et sa novlangue, l’esclavage et l’étude des castes. Ajoutons-y, tant qu’on y est, un zest d’optimisme à la Pangloss arrosé du génie visionnaire de Shakespeare – mais on est bien d’accord, Voltaire et Shakespeare ont vécu avant la génétique. Oh, Ford !

Quoi de plus perfectionné, voire de plus parfait, que l’Etat mondial ? Le bonheur est à portée de la main de tous. Vous êtes aujourd’hui cadre dynamique, travaillez seize heures par jour et rentrez chez vous épuisé.e, avec la seule envie de vous affaler devant la télé ? Rassurez-vous, dans mille ans, après avoir avalé un demi-comprimé de soma, votre fatigue ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Vous êtes un magasinier de grande surface, ne pouvez vous offrir les vacances de vos rêves et la voiture qui va avec ? Dans mille ans, pas de souci : vous serez conditionné pour être heureux avec ce que vous aurez. Le gamma que vous serez n’enviera même pas les castes alpha ou bêta, car depuis l’état fœtal en éprouvette, on vous aura susurré à l’oreille le respect des classes sociales. Et si vraiment vous êtes, fait rare, d’humeur sombre, il restera toujours le soma pour vous envoler dans une douce béatitude. Vous êtes, ô malchance des malchances, un homme noir de peau, un de ces techniciens de surface qui ralentit la circulation quand vous videz nos poubelles aux heures de pointe (enfin en dehors de tout temps de confinement bien sûr) et vous vous payez quotidiennement les insultes de ces gens qui s’estiment plus importants que vous ? Epsilon des plus rabougris dans mille ans, puant aux yeux des autres, toujours noir de peau puisque Huxley n’a même pas oublié de mettre le racisme de son époque dans son livre, vous vivrez heureux de votre condition. Oui, je vous le promets ! Ce ne sera pas l’effet miracle du soma même s’il y jouera sa part, mais celui de votre conditionnement, encore lui, poussé au niveau du raffinement le plus élaboré. Ford ! Mais quel monde merveilleux !

C’est simple, Aldous Huxley a tout intégré dans sa dystopie. La naissance, l’éducation, la mort. Le travail, les loisirs, l’amour (les relations charnelles, pardon). La science, la religion, le système, le conditionnement humain, la répression. Les doutes, l’individualité. Le communisme et le capitalisme.

1931. Huxley a écrit Le meilleur des mondes avant l’explosion mondiale des conflits, mais pendant le tissage des conditions qui y ont conduit. La question de la race n’est pas taboue. Hitler est en marche vers la grande destruction. Staline a développé les kolkhozes. Hoover développe en réponse le capitalisme sur le continent américain. L’explosion de la crise planétaire était sans doute imaginable, mais était-il dans les consciences individuelles ? L’Etat mondial de Huxley est à la fois communiste et capitaliste. La mondialisation avant l’heure. C’est la Chine de Mao et de sa suite. Individualités proscrites. Consommation effrénée suggérée dès l’enfance, ciblée en fonction des besoins économiques mondiaux, même. Le must. Impossible de s’y dérober, mais qui le ferait, puisque le bonheur est entre nos mains ?

Le meilleur des mondes ou un traité sur le bonheur. Matrix. Le meilleur des mondes ou la victoire du collectif sur l’individu. 1984. Le meilleur des mondes ou la maîtrise de la fécondation et du système de castes. La servante écarlate. Et je ne cite que ces ouvrages, n’étant pas une spécialiste du roman d’anticipation. L’origine de la SF, je vous dis.

=> Quelques mots sur l’auteur Aldous Huxley

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