Automne à Budapest

Ferenc Karinthy

Automne à Budapest

Traductrice : Judith Karinthy

In Fine – 1992

 

Voici le premier livre de mes aïeux que je chronique. Ecrit par mon grand-père et traduit par ma mère. Une affaire familiale donc, mais vous verrez, elle vaut vraiment le coup.

Une seule période de l’histoire hongroise peut être évoquée avec un titre comme Automne à Budapest : la révolution de 1956 (23 octobre – 10 novembre), achevée par la capitulation de la résistance hongroise devant les forces soviétiques et ses milliers de victimes. Ferenc Karinthy décrit l’insurrection de l’intérieur. C’est Gyula qui raconte, un trentenaire que seule l’attirance pour une actrice en vogue mêle aux événements. Ses descriptions de la situation sont dénuées de parti pris et éclairées par des extraits de discours radiographiques : le roman pullule de citations politiques de l’époque. La justesse des mots est telle que le lecteur vit la tragédie en direct, suit les mouvements de la foule et les élans d’espoir et de désespoir, aussi perdu que les protagonistes lorsque les chars soviétiques finissent par tirer sur le peuple. Ecrit en 1982 soit une décennie avant la perestroïka, il est bon de rappeler aujourd’hui que ce roman ne manque pas d’audace ni son auteur de courage à l’époque.

La bataille faisait rage. A l’angle de la rue Kenyermezö, débouchant sur la place, se trouvait un internat pour étudiants slovaques, déjà occupé par les assiégeants ; de là un cocktail Molotov partit vers la maison du parti en face. Le jeune rouquin, le visage couvert de taches de rousseur, en pull mauve, qui l’avait lancé, fut touché aussitôt par une balle tirée de l’autre côté, il s’écroula dans un cri. Mais son geste se révéla efficace ; bientôt des flammes sortirent des fenêtres de l’étage. D’après les bruits d’impacts, des projectiles venaient aussi du côté opposé, depuis l’avenue Rakoczi, des toits des immeubles ; ainsi l’édifice semblait complètement encerclé. Alors le char se mit à avancer, à envoyer quelques tirs en biais vers le haut, puis se retira ; ses projectiles firent tomber la façade, déjà enlaidie par les impacts de balles, sur un tronçon considérable.

L’intérêt du roman ne s’arrête pas là. Ferenc Karinthy profite de l’hésitation du personnage principal entre sa femme et sa maîtresse pour dresser un passionnant portrait de la société hongroise de l’époque. La femme de Gyula, issue du monde paysan, a brillamment réussi ses études de médecine ; devenue chirurgien, elle consacre les jours noirs de l’automne 1956 à sauver les blessés. La maîtresse du même Gyula est également originaire du milieu rural. Devenue actrice, à travers son portrait, l’écrivain hongrois décrit le milieu du showbiz dont il connait bien les ficelles. Les femmes et les classes pauvres sont les vraies gagnantes du régime communiste. Abolition des privilèges, réelle égalité des chances quel que soit le sexe, c’est à travers les héroïnes de l’histoire que l’auteur démontre quelques bienfaits du communisme. Soixante ans plus tard, que reste-il de cet équilibre qui semblait si naturel ? Dans notre monde moderne, les gouvernements sont obligés de légiférer pour tenter des semblants d’égalité dont les résultats positifs ne sont visibles que dans les pourcentages d’hommes et de femmes sur les listes électorales. Et encore.

Vous l’aurez compris, ce roman est vibrant de réalisme. Pour tout français qui souhaiterait un peu mieux connaître les événements de Budapest en 1956, il est une pièce de choix.

=> Quelques mots sur l’auteur Ferenc Karinthy

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2 réflexions sur “Automne à Budapest

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