La pension de la Via Saffi

Valerio Varesi

Traduction de l’italien : Florence Rigolet

La pension de la Via Saffi

Agullo Noir – 2017

 

 

Le commissaire Soneri, brisé par le décès de sa femme dans la fleur de l’âge bien des années plus tôt, travaille à Parme, ville où s’est déroulée sa jeunesse. Le meurtre d’une vieille logeuse qu’il a connue par le passé l’oblige à s’immerger, en parallèle à l’enquête, dans les tréfonds de son histoire personnelle. Ce qu’il y découvre le remplit d’amertume, lui qui n’a jamais pu faire le deuil de son épouse.

Il vaudrait mieux appeler le commissaire de son titre italien, il dottore Soneri, tant le roman est imprégné de culture parmesane. La place de la religion dans l’intrigue (qui n’a rien d’une apologie du christianisme, précisons-le), est saisissante. Saviez-vous qu’à Parme, encore aujourd’hui, on mange maigre les jours qui précèdent Noël ? Même le 24 décembre au soir ? Que dans les églises, le confessionnel est encore essentiel dans la vie des citoyens, même agnostiques ? Loin de l’effet carte postale, c’est dans une ville repliée sur elle-même et les montagnes qui l’entourent que l’écrivain a choisi de placer ses héros.

Une atmosphère très particulière se dégage donc de ce roman, le premier que je lis des enquêtes du commissaire Soneri et de l’auteur lui-même. Le policier, solitaire, travaille essentiellement de nuit. L’histoire se passe en décembre, dans une ville focalisée sur les derniers achats de Noël mais dont tout un quartier, celui où se déroule l’enquête, est plongé tout au long du récit dans la désolation et le brouillard nocturne. Immigrés, clochards et expropriés sont les seuls personnages que côtoie le commissaire, dans une ambiance lugubre à la description soignée par Valerio Varesi.

L’âme de l’enquêteur, en totale fusion avec la mélancolie qui flotte sur la ville, est mise à nue dans ce roman où descriptions et portraits semblent avoir été écrits sur ton de gris sur gris. Peu de personnages dénotent de la morosité qui les englue, d’ailleurs. Douleur, corruption et convoitise sont le lot de chacun.

Ce polar est indéniablement un roman policier, dans le plus pur style du genre. Pourtant, il a tout du roman sociétal, avec pour fond une dénonciation de la corruption à différents échelons de l’administration et de l’économie italienne. L’enquête n’est qu’un prétexte pour évoquer le monde des affaires ou la crédulité des pauvres gens. Sa profondeur le rend intéressant pour les lecteurs qui, comme moi, goûtent peu le style artificiel du roman policier classique.

Roman sociétal plus que roman policier, donc, que je conseille vivement.

=> Quelques mots sur l’auteur Valerio Varesi

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7 réflexions sur “La pension de la Via Saffi

    • D’être menée par le bout du nez. De suivre des inspecteurs / commissaires / policiers torturés (après 25 enquêtes, ils n’ont toujours pas réglé leur compte avec la société). De savoir que je lirai une construction en mode Page turner dans 90% des cas. Voilà mes griefs principaux, qui me font ressentir la construction du roman comme artificielle.
      Sinon, rien 🙂

      Aimé par 1 personne

  1. J’ai lu « Le fleuve des brumes » et « Les ombres de Montelupo », ils ont les mêmes atouts que ce roman que je n’ai pas (encore) lu : un personnage atypique, un examen de la société italienne, une relative lenteur qui me convient bien.

    Aimé par 1 personne

      • Des auteurs de policiers ? Je pense à Maurizio de Giovanni qui écrit deux séries de romans policiers se déroulant à Naples, l’une dans les années 30, l’autre contemporaine.
        Et je ne sais pas si tu connais les romans de Francesca Melandri (Plus haut que la mer, Eva dort) ou de Silvia Avallone (D’acier, Marina Bellezza) ils allient qualité littéraire et description acérée de la société et j’ai vraiment beaucoup aimé.

        J'aime

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