L’éducation d’un malfrat

Edward Bunker

L’éducation d’un malfrat

Traducteur : Freddy Michalsky

Editions Payot & Rivages, 2001

 

 

Edward Bunker, écrivain américain admiré par James Ellroy et William Styron, se met à nu dans son autobiographie. Chaotique ne serait pas un terme assez fort pour décrire les quarante premières années de sa vie, au cours desquelles il a passé dix-huit dans une des prisons les plus dures des Etats-Unis.

L’éducation d’un malfrat peut se lire comme un roman. Si l’auteur parle à la première personne du singulier, s’il ne fait aucun doute qu’il parle de lui, de ses échecs et de ses errances, il raconte aussi une époque et un milieu social. C’est sans doute la qualité de cette narration qui m’a attirée dès les premières pages et m’a intéressée jusqu’à la dernière. Le roman est pourtant dense (plus de 600 pages dans la version poche).

Incapable de s’intégrer dans la société, Edward Bunker a commencé à fuguer à sept ans, a connu les maisons de redressement et les internements pour mineurs dès la petite adolescence. Il a été incarcéré à San Quentin en Californie à l’âge de seize ans. Son dossier pesait déjà lourd : c’est au quartier des criminels les plus endurcis qu’il est affecté.

L’éducation d’un malfrat décrit minutieusement deux décennies de gestion de la délinquance, entre 1945 et 1965, aux Etats-Unis. L’univers carcéral est décortiqué à la loupe, comme dans un essai sociologique. Edward Bunker n’accuse pas ; il analyse les sources de la violence, l’absence d’espoir, la montée du racisme et son paroxysme dans les années 1960. Il explique les moyens d’éviter les coups de surin et autres actes de folie meurtrière. Il ne fait pas de procès au système carcéral, mais dénonce les coups et blessures infligés par les matons aux prisonniers récalcitrants. Y a-t-il un moyen de rédemption ? Il n’en voit qu’un seul : l’acquisition de connaissances.

Voici l’autre volet de cette passionnante autobiographie. Vers ses seize ans, l’auteur est embauché par Mrs Hal Wallis, une ancienne actrice du cinéma muet qui consacre sa vie à sauver des vies d’enfants. Il travaillera quelques mois pour elle ; si cette période ne lui permet pas de s’amender tout de suite, elle lui ouvre de nouveaux horizons qu’il ne saura exploiter que des années plus tard. Pour lui, la sortie de l’impasse est passée par l’écriture. Il en écrira cinq avant d’être publié et de se sauver.

Tranche d’histoire des Etats-Unis, aperçu d’une société aux codes terribles, implacable essai de criminologie, voilà en quoi consiste L’éducation d’un malfrat. Une œuvre bouleversante.

=> Quelques mots sur l’auteur Edward Bunker

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2 réflexions sur “L’éducation d’un malfrat

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