D. L’affaire Dreyfus revisitée

DRobert HARRIS

D. L’affaire Dreyfus revisitée

Plon, 2014

 

En six mois, voici le deuxième roman que je lis sur l’affaire Dreyfus. Le premier, Lucie Dreyfus – La femme du capitaine (paru aux Editions Textuel, 2015), est un essai écrit par Elisabeth Weissman, dont le personnage central est Lucie, la femme d’Alfred Dreyfus.

D. est un roman basé sur l’affaire qui a secoué la France au tournant du XX° siècle. Pas de sources documentaires, donc. Ayant un souvenir encore très précis de la biographie d’E.Weissman, je retrouve dans le roman de Harris les faits significatifs de l’affaire, à la nuance près qu’il a choisi George Picquart comme narrateur. Le commandant Picquart a joué un rôle mineur dans l’arrestation du capitaine en 1894. Convaincu de sa culpabilité, ce n’est que deux ans plus tard, lorsqu’il découvre par hasard l’identité du véritable traître, qu’il comprend l’erreur formidable dont est victime Dreyfus et qu’il tente de rétablir la vérité.

Avant d’être un livre sur Dreyfus, D. est un livre sur un scandale d’Etat, sur l’antisémitisme et la succession des mensonges dont a été coupable l’état major de l’armée, au point de maintenir prisonnier à l’Ile du Diable un innocent, innocenter un coupable et accuser de mensonges et de félonie un commandant honnête, dont le seul crime a été de vouloir mettre en lumière les faits inouïs qui ont conduit Alfred Dreyfus en détention dans des conditions dignes du Moyen-Age.

Oubliez Dreyfus et placez l’histoire dans une république balbutiante où l’armée, toute puissante, peut commettre des exactions indignes, en toute impunité. Voilà les ingrédients d’un livre d’espionnage rassemblés. C’est le défi que s’est lancé Robert Harris. Le résultat est très bon. Roman en deux parties au rythme dynamique, dans lequel Picquart apparait comme un militaire avant tout, antidreyfusard incontestable, puis peu à peu guidé par sa conscience, indépendamment de son idéologie, au risque de se perdre lui-même. Sans connaître l’histoire de France, le lecteur pourrait dévorer les six-cents pages du roman en méditant sur notre chance extraordinaire : notre pays est une démocratie depuis si longtemps qu’une telle succession d’erreurs et de lâchetés ne peut pas s’y produire aujourd’hui. Robert Harris a-t-il voulu lancer un avertissement aux démocraties, pour rappeler leur fragilité ?

=> Quelques mots sur l’auteur Robert Harris

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