La bâtarde d’Istambul

La bâtarde d'IstanbulElif Shafak

La bâtarde d’Istambul

Editions Phébus – 2007

 

Asya est une jeune Turque d’Istanbul. Elle vit avec sa mère et ses trois tantes, sans homme pour contrebalancer le pouvoir du gynécée. Armanoush est une jeune Américaine d’Arizona. De parents divorcés, elle partage son temps entre sa mère américaine et son beau-père turc d’un côté, son père et sa famille arménienne de l’autre. Ces deux jeunes filles n’ont rien en commun, elles auraient plutôt tout pour les séparer. Et pourtant.

Adepte d’un collectif arménien sur Internet, Armanoush décide de remonter aux racines stambouliotes de sa famille paternelle pour mieux comprendre le génocide turc qui oppresse les Arméniens depuis un siècle. Sans rien en dire à ses parents, elle se fait inviter dans la famille de son beau-père à Istanbul. Elle compte la surprendre avec son histoire personnelle et la sensibiliser au sort infligé aux siens en 1915. Elle ne s’attend pas à l’ouverture d’esprit de la famille Kazanci ni à son amitié naissante avec Asya, que la révolte et l’esprit indépendant ont affranchi au-delà des limites de nombreuses femmes occidentales.

La bâtarde d’Istanbul, roman d’une profonde humanité, met en opposition les idéologies turque et arménienne que bien des choses semblent pourtant rapprocher dans le quotidien, à commencer par l’art culinaire. Le roman est d’ailleurs centré sur les mets appréciés par les deux populations ; les titres des différents chapitres en témoignent, d’ailleurs : cannelle, pois chiche, sucre… tous les ingrédients qui composent l’aşure, ce dessert dont Elif Shafak va jusqu’à nous donner la recette exacte, sont fournis. Jusqu’au dernier. Entre deux passages sur l’occidentalisation de la Turquie, la souffrance des Arméniens ou l’ignorance des Turcs peu au fait des drames du siècle précédent, le lecteur salive. Et apprend que quelle que soit leur appartenance, Arméniens et Turcs mangent les mêmes feuilles de vignes farcies, le même riz façon pilaf ou le même turflu.

La bâtarde d’Istanbul remonte l’histoire turque jusqu’en 1915, point culminant de l’expulsion et du massacre des Arméniens par l’Empire ottoman. Elif Shafak a couru des risques en écrivant ce livre : pour quelques-uns de ses propos qualifiés d’insulte à l’identité nationale turque, elle a été inquiétée par la justice. Pourtant, elle présente la Turquie comme un pays musulman tellement progressiste que les héroïnes américaines semblent avoir beaucoup à apprendre de leurs homologues orientales, en matière de libération de la femme.

L’intrigue est un peu longue à se mettre en place. Les questions historiques et philosophiques l’écrasent. Au final, j’ai eu davantage le sentiment de lire un traité sur le génocide arménien que l’histoire d’une amitié entre Asya et Armanoush. C’est pourtant ces rapprochements interculturels qui seront le vecteur de la reconnaissance du génocide par les Turcs, indispensable aux Arméniens pour tourner cette page de leur histoire.

=> Quelques mots sur l’auteur Elif SHAFAK

=> Autre avis sur La bâtarde d’Istambul sur Mes belles lectures

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2 réflexions sur “La bâtarde d’Istambul

  1. Merci pour ce commentaire,je suis pour ma part plus intéressé par le traité sur le génocide arménien que par l’histoire d’une amitié entre Asya et Armanoush, C’est ce qui m’intéressera dans ce livre
    Chaque lecteur ne trouvera pas les mêmes centres d’intérêt dans le même livre…C’est ce qui fait le charme de la lecture
    Je vais essayer de trouver ce livre…Mais j’en ai tant d’autres à lire

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