Lyon

Emmanuelle Cart-Tanneur et Sophie Mary

Lyon

Jacques Flament Editions – 2017

 

 

Amis lyonnais, amis touristes qui avez l’intention de venir nous faire une petite visite, ce guide est absolument fait pour vous !

Emmanuelle Cart-Tanneur s’est associée à la photographe Sophie Mary (blog Lumières de l’ombre) pour créer ce petit bijou. Nous la connaissions déjà pour ses nouvelles couronnées de nombreux prix littéraires. Elle est de retour pour nous offrir sa vision d’un Lyon insolite, celui que les guides officiels ne mettent pas en valeur. Savez-vous, par exemple, qu’une gargouille de la Primatiale Saint-Jean de Lyon est à l’effigie d’Ahmed, le chef de chantier qui a supervisé les travaux de rénovation ? Qu’en plein quartier de la Duchère dans le 9° arrondissement, l’Aire de la Compas-raison construite par Serge Boyer évoque autant l’art mégalithique que précolombien qu’arabe, juif et j’en passe ?

Soixante œuvres récentes ou anciennes sont présentées et racontées avec beaucoup de finesse. Soixante photos d’Emmanuelle Cart-Tanneur ou de Sophie Mary, accompagnées d’un texte de l’écrivain toujours vivant, alerte, avec une pointe d’humour qui donne envie d’aller y voir de plus près. Emmanuelle Cart-Tanneur est tour à tour camion tordu, jardin secret, église abandonnée, ruelle… Les œuvres se racontent elles-mêmes. Le style, loin d’être académique comme dans la plupart des guides, est frais et léger. Chaque texte se lit comme une micro-nouvelle.

Le tout sur du papier glacé de bonne qualité.

C’est agréable à lire et ça donne envie de visiter Lyon.

Un beau cadeau à offrir à vos familles et amis de passage dans la capitale des Gaules.

 

Extrait de « Le sang de l’anarchie »

Au 22 rue de la République (en plein cœur du quartier piéton de Lyon), un pavé rouge rompt la monotonie des pavés gris du trottoir. D’où vient-il ?

Je pourrais te faire croire que j’ai tout vu, tout entendu : je suis placé à l’endroit même où l’assassinat a eu lieu. Mais je ne suis qu’un pavé symbolique, posé en 1994 en souvenir de l’évènement.

Je me garderai bien de prendre parti – après tout, mon cœur est de pierre. Mais je me souviens…

=> Quelques mots sur l’auteur Emmanuelle Cart-Tanneur

=> Quelques mots sur la photographe Sophie Mary ainsi que l’article qu’elle a consacré à cette aventure sur son blog  Lumières de l’ombre 

Les gens dans l’enveloppe

Les gens dans l'enveloppeIsabelle MONNIN avec Alex BEAUPAIN

Les gens dans l’enveloppe

JC Lattès, 2015

 

Les gens dans l’enveloppe, c’est à la fois un roman, une enquête et des chansons. L’un ne va pas sans l’autre.

Isabelle Monnin, romancière, acquiert auprès d’un brocanteur une enveloppe qui contient une centaine de photos de famille de mauvaise qualité. Il s’agit d’une famille provinciale, classe moyenne, anonyme. Les clichés inspirent l’auteure qui décèle dans les regards, les poses, les personnages présents et ceux qu’elle devine disparus, des vies intérieures riches, des joies et des souffrances.

Elle décide d’imaginer l’histoire de ces individus dans un roman, puis de partir à leur recherche pour découvrir la vraie vie de ses héros.

Alex Beaupain applaudit à ce projet, dans lequel il se trouve même une petite place : écrire des chansons à partir du roman.

C’est ainsi que commence l’aventure des Gens dans l’enveloppe.

Un livre en trois parties, donc. Dès les premiers paragraphes, je suis happée par le style. Le texte est délicieux, les mots caressent l’oreille.

« C’est pour l’impatience de son désir et sa douceur qu’elle a dit oui au curé, oui au maire, oui oh oui le prendre comme époux, oui oui oui plein de fois oui se donner comme femme, un clafoutis de oui et elle palpitait de joie aux premiers Madame Grandjean qu’on lui tendait. »

L’émotion me gagne. Je vis avec Laurence, petite fille abandonnée par sa mère. Avec Serge, l’époux inconsolable. Avec Michelle enfin, si seule, si perdue dans son insatisfaction. Comment Isabelle Monnin a-t-elle su recréer une atmosphère aussi véridique, à partir de polaroïds de mauvaise qualité ?

Je n’en ai pas terminé avec ma dose d’émotions. L’auteur retrouve les héros encore vivants de son roman, finalement pas si différents de ceux qu’elle avait imaginés. Son enquête est poignante, vivante. J’ai l’impression de visiter la maison de Clerval avec Michel ; je me sens comme un témoin invisible à la gare où Isabelle Monnin est accueillie par Laurence et son père. Des héros de tous les jours, plus vrais que vrais, sous la plume sensible de l’écrivain. Quelques longueurs dans cette deuxième partie des Gens dans l’enveloppe, j’ai tourné certaines pages un peu rapidement, mais toujours avec l’envie de renouer un peu plus loin avec les personnages et leurs avatars.

Que dire des chansons d’Alex Beaupain ? J’ai pleuré en écoutant certaines d’entre elles, Couper les virages en particulier. Je l’ai crue chantée par Michelle, le double inventé de Suzanne, tellement les vibrations de la voix restituent son besoin d’évasion. Mise en musique du roman, interprètes professionnels en grand majorité (Camelia Jordana, Clotilde Hesme, Françoise Fabian et Alex Beaupain), mais on entend aussi la voix des vrais gens dans l’enveloppe (Laurence, Zoé, Arthur, Suzanne et Michel). Le roman chanté par les personnes qui l’ont inspiré, la boucle est bouclée.

Un roman magnifique.

=> Quelques mots sur l’auteur Isabelle Monnin