Un mariage américain

Tayari Jones

Un mariage américain

Traductrice : Karine Larechère

Editions Plon, 2019

 

 

Celestial et Roy sont mariés depuis un an lorsque leur vie bascule. Roy est accusé d’un viol qu’il n’a pas commis, mais il a la malchance d’être jugé en Louisiane et d’être un Afro-américain. Son procès est conclu d’avance, il est condamné à douze ans de prison. Le couple va-t-il résister à cette épreuve ?

Ce roman n’est pas le premier qui dénonce la condition noire aux Etats-Unis, bien entendu. Mais il le fait de manière intéressante. Celestial et Roy font partie de la middle class américaine. Ils ont fait des études, ils ont grandi dans des familles aimantes, plutôt structurées. Rien, hormis la ségrégation raciale prégnante dans le sud des Etats-Unis, ne prédispose le couple à exploser en vol au bout d’un an de mariage. Tayari Jones, de manière fine, ne se focalise pas sur Celestial et Roy mais décrit les conséquences en cascade de la condamnation du jeune homme, inévitables, sur l’entourage du couple. Ce que l’autrice expose dans ce roman, ce n’est pas le simple fait divers – la condamnation d’un homme noir innocent accusé de viol. Elle insiste, au contraire : lorsqu’un homme est incarcéré, c’est tout l’équilibre familial au sens large qui se délite. Et dans l’Amérique raciste, ceci arrive plus fréquemment que l’on ne le pense, avec des conséquences irrémédiables. La question de l’innocence de l’accusé est secondaire.

Un mariage américain est en partie un roman épistolaire. Les lettres que Celestial et Roy s’écrivent lorsque l’homme est incarcéré ne manquent pas de justesse ni de force. Elles mettent brillamment en lumière le gouffre qui se crée au fil des ans entre les amoureux. Comment s’attendre, comment faire confiance, lorsque l’on n’ose pas écrire l’indicible, ou que les entrevues sont rares et artificielles ?

C’est également un roman chorale – trois personnages se partagent la narration. En cela, le roman est moins percutant. Beaucoup de redites, quelques longueurs. Le lecteur comprend facilement la raison de ces trois narrations, car l’intrigue est trop prévisible. Elle aurait mérité d’être incluse dans une trame plus dynamique.

Par ailleurs, plusieurs sujets de société auraient pu être traités et sont seulement effleurés – l’univers carcéral, par exemple. Le livre n’aurait pas manqué d’en être étoffé. D’une manière générale, Tayari Jones a manqué d’audace. Est-ce son empathie pour ses héros ou une volonté de prouver quelque chose à ses lecteurs – mais quoi ? – qui l’empêche d’écrire la seule fin qui me paraissait possible compte-tenu des événements ? Pourquoi certains auteurs n’osent pas aller au bout de leurs personnages ?

J’ai apprécié ma lecture, malgré tout. Il permet de mieux connaître la classe moyenne américaine – celle des Noirs ne diffère que peu de celle de leurs congénères blancs, à ceci près qu’ils sont plus exposés, et cela fait toute la différence. Merci aux Editions Plon et à Babelio pour ce roman, que j’ai découvert avec plaisir.

=> Quelques mots sur l’auteur Tayari Jones

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