Le poids de la neige

Christian Guay-Poliquin

Le poids de la neige

Les éditions de l’Observatoire – 2018

 

Ah, quel bonheur que ce roman ! Délicieusement glacé, venteux, lézardé, désespéré et colérique, enfoui sous une tonne de neige, de glace et de blizzard. Vous ne serez pas surpris de savoir que Christian Guay-Poliquin est né à Saint-Armand, commune de 1200 habitants dans le Sud du Québec. Petite ville, donc, avec juste ce qu’il faut de neige l’hiver pour paralyser l’activité, surtout lorsqu’une panne d’électricité bloque toute possibilité de contacts et de secours.

Je vous ai dévoilé là, outre le contexte possible de la vie de l’auteur dans son village natal, le cadre dans lequel se débattent nos deux héros, le vieux et l’estropié, condamnés à cohabiter jusqu’à la fonte des neiges alors que seul le hasard, ou presque, les a fait atterrir dans ce village en crise.

Amis de Nicolas Vanier, qui rêvez de cabane au Canada, ce livre est fait pour vous. Vous saurez tout ce que L’enfant des neiges (J’ai lu, 2000) ne vous raconte pas sur le revers de la médaille. Car dans Le poids de la neige, lorsque le soleil brille, c’est pour transformer la neige en verglas. Lorsqu’il faut se déplacer jusqu’au village, c’est à travers les bois, en raquettes, sans certitude d’être capable de remonter la pente. Lorsqu’il faut s’abriter, c’est sous une véranda dont le toit plie dangereusement sous une épaisse couche de neige. Et lorsqu’on est blessé, il n’y a que la vétérinaire pour apporter les soins indispensables.

Amis adeptes du survivalisme, vous aussi pouvez tirer bénéfice de ce splendide roman. Vous y trouverez la panoplie complète du kit de survie (oubliez le kit anti-zombie, quand même, faut pas exagérer) : de la boîte de conserve cabossée au lance-pierres en passant par la scie qui aidera à découper les lattes du plancher qu’il faut brûler. Mais gare aux traîtres qui cachent des réserves pour eux tout seuls !

Je n’en dirai pas plus sur l’intrigue. Enveloppez-vous dans une couverture bien chaude, placez-vous dans votre fauteuil au coin de la cheminée et laissez-vous emporter par ce roman où, contrairement à La route de Cormac McCarthy (Editions de l’olivier, 2008), ce n’est pas sur le long du chemin qu’il faut apprendre à survivre, mais dans le village, ou à sa périphérie.

Je n’ai qu’un seul regret, si je devais en trouver un… Celui du vocabulaire. Paul Laurandeau, dans son roman philosophique L’Assimilande (ELP Editeur, 2011), rappelle le débat sur la langue française, toujours d’actualité au Québec ; sur les différents langages plutôt, parmi lesquels le français québécois n’est qu’une variante. Christian Guay-Poliquin a choisi un vocabulaire francophone de France. Hélas, presque. Point de chars, d’achalandage ni de barouette (merci Wikipedia pour les exemples) pour nous faire rêver, pauvres européens qui ne verrons plus jamais la neige chaque hiver. Les voitures et les brouettes règnent donc en maîtresses dans ce roman.

Ce n’est pas grave. Le poids de la neige a gagné, malgré cela, le Prix France-Québec et le jury a eu bien raison de le lui décerner.

=> Quelques mots sur l’auteur Christian Guay-Poliquin

2 réflexions sur “Le poids de la neige

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