2084 – La fin du monde

2084Boualem SANSAL

2084 – La fin du monde

Gallimard – 2015

 

Boualem SANSAL prévient le lecteur en guise d’introduction, toute ressemblance à des personnages ou des religions ayant existé serait purement fortuite.
Le lecteur est averti, il lira une fiction, une vraie.

Il est pourtant de ces périodes calendaires où le hasard des publications paraît ne pas exister. Aurais-je acheté 2084 sans les attentats meurtriers de Paris du 13 novembre 2015 ? Je ne le saurai jamais, mais une chose est sûre : la présence médiatique de Boualem Sansal sur les plateaux télévisés au cours de ces dernières semaines a attiré mon attention. Son roman m’a intriguée. Besoin de comprendre l’incompréhensible. J’ai acheté 2084 et je l’ai lu dans la foulée.

Ati est un homme de 35 ans environ. Il vit dans un pays imaginaire, entre montagnes et désert, au-delà de l’année 2084 qui marque l’avènement d’Abistan, immense empire qui tire son nom du prophète Abi, « délégué » du Dieu Yölah sur terre. Les Abistanais vivent dans un système répressif basé sur l’amnésie et la soumission totale au dieu unique. Ati guérit miraculeusement de la tuberculose, dans un sanatorium construit quelque part dans les montagnes, loin de la capitale de l’Abistan, Qodsabad. Au cours de sa longue convalescence, il prend conscience de certaines choses qui ne tournent pas rond dans le système dans lequel il vit. Les mots lui manquent pour mieux définir ses impressions, car le vocabulaire de l’abilang, seule langue autorisée en Abistan, est pauvre et religieux. Une des astuces du contrôle de la pensée est d’empêcher son développement.

Boualem Sansal imagine dans 2084 ce que pourrait donner un système totalitaire basé sur la soumission à un dieu unique. Il aborde de nombreux aspects de la question : appauvrissement du langage, endoctrinement dès l’enfance, police de la pensée, guerres saintes… Chaque maillon contribue à abrutir les individus et à renforcer le pouvoir des dirigeants. Les habitants n’ont plus de libre arbitre. Ceux qui seraient tentés à s’interroger sont rapidement démasqués et exécutés en public, au stade. Les voyages sont interdits, l’école développe des fanatiques prêts à « mourir pour être heureux ». Les prières rythment chaque instant de la vie des citoyens.

Rien n’est laissé au hasard. Il existe des ghettos entourés de hauts murs, derrière lesquels une population dénuée de tout survit dans un certain esprit de liberté. Tout en les diabolisant, le système se garde bien de les détruire. Dieu a besoin du Diable pour être fort.

Boualem Sansal réunit dans 2084 les conditions nécessaires à l’avènement et la puissance d’un tel régime. Il alerte sur les faiblesses de l’homme inféodé, prêt à croire aux prêches absurdes dès lors qu’il a perdu la capacité de penser par lui-même. Il décrit aussi les failles du système ; le pourrissement ne peut venir que de l’intérieur.

Vous l’aurez compris, 2084 est un vibrant refus de tout endoctrinement. S’il pose son roman dans un décor qui fait penser au Moyen-Orient et un système qui ressemble à ce que pourrait devenir l’Etat Islamique, Boualem Sansal le construit dans la suite de 1984 de Georges Orwell. Or le monde de Big Brother n’est pas basé sur des préceptes religieux. Le dieu de 2084 n’est qu’un outil de manipulation des âmes, vidé de toute sa substance mystique.

Lire 2084, c’est garder sa conscience en éveil et refuser l’impensable.

=> Quelques mots sur l’auteur Boualem SANSAL

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