Dans la chaleur de l’été

dans la chaleur de l'étéVanessa LAFAYE

Dans la chaleur de l’été

Belfond – 2016

 

Floride, 1935. Trois communautés se partagent l’espace dans la petite ville de Heron Key : les blancs, les noirs et les vétérans de la Première Guerre mondiale. Ces derniers, à qui le gouvernement a refusé une prime pourtant promise, se sont installés là pour participer à un immense chantier de construction. Leurs conditions de vie sont déplorables et les autochtones les rejettent. C’est le 4 juillet, jour de la fête nationale, en pleine période de ségrégation et de lynchages. Heron Key ne sait pas encore que dans quelques heures, un des ouragans les plus violents de l’histoire va anéantir la ville.

La description des conditions météorologiques est une véritable prouesse. Le lecteur est littéralement soufflé par le vent, trempé par la pluie, balayé par les vagues. Il n’a qu’une envie, c’est d’hurler aux personnages imprudents de rejoindre au plus vite les abris qui ont fait leur preuve par le passé.

On peut regretter en revanche quelques faiblesses dans l’intrigue. Sur fond historique, c’est une romance qu’a écrit Vanessa Lafaye. Les héros positifs sont désignés dès les premières pages. La survie de certains n’est due qu’à des évènements difficilement crédibles. La psychologie des individus est peu fouillée et ce n’est pas la force du roman.

S’il faut lire Dans la chaleur de l’été, c’est pour les rappels des conditions sociales et technologiques des années 1930. On ferme le livre profondément troublé par une époque qui ne peut pas se glorifier d’humanisme, même pour lutter contre la mort qui ne choisit pas ses victimes.

Merci à l’édition Belfond et à l’opération Masse Critique de Babelio pour m’avoir permis de découvrir ce roman.

=> Quelques mots sur l’auteur Vanessa Lafaye

Noire – La vie méconnue de Claudette Colvin

NoireTania de MONTAIGNE

Noire – La vie méconnue de Claudette Colvin

Grasset, 2015

 

« Prenez une profonde inspiration, soufflez. » Dès les premières lignes de son roman, Tania de Montaigne prend le lecteur à témoin et l’invite à se plonger dans la vie des noirs des années 1950. Ceux des états sudistes des États-Unis, bien sûr. A Montgomery, la ville de légende où Martin Luther King et Rosa Parks ont combattu côte à côte pour dénoncer les lois ségrégationnistes d’Alabama.

Il n’est pas besoin de présenter Martin Luther King. Rosa Parks non plus, tout le monde en a entendu parler sur les bancs de l’école : un jour elle a refusé de céder sa place à un blanc dans le bus, ce qui a conduit les noirs à se mobiliser enfin. Et Claudette Colvin, la connaissez-vous ?

« Prenez une profonde inspiration, soufflez. » Tania de Montaigne nous prend par la main pour nous mener à la rencontre de cette adolescente qui a été la première à refuser de libérer sa place assise dans un bus au profit d’un blanc, quelques mois avant Rosa Parks. Elle a été inculpée pour cette forfaiture et a plaidé non coupable. Une grande première. Pourtant, l’émotion générée par son courage et sa condamnation est retombée comme un soufflet de forge au bout de quelques semaines. Car Claudette Colvin n’était pas la victime idéale. Condamnée injustement, elle s’est enfermée sur elle-même et a fauté avec un homme un peu trop blanc. En 1955 dans l’Amérique ségrégationniste, toute lutte des noirs contre les blancs doit présenter des garanties morales. Claudette Colvin, enceinte suite à cette liaison malheureuse, n’apportait pas ces garanties, contrairement à Rosa Parks.

Dans Noire, Tania de Montaigne retrace l’histoire de ce formidable combat que les enseignants continueront à transmettre aux enfants. Mais elle en écrit aussi la face cachée. Toute révolution a ses victimes. Et si Rosa Parks a eu droit à un deuil national à son décès, Claudette Colvin disparaîtra dans l’oubli, emportée par la puissance de Jim Crow, le cliché du noir grotesque, inventé au dix-neuvième siècle et repris par de nombreux comiques au vingtième siècle.

Tania de Montaigne écrit dans un style dynamique qui entraîne le lecteur, presque malgré lui, dans son tourbillon de révolte. Dès la première seconde où il a jeté ses yeux sur le roman, elle l’agrippe fermement à la manche et ne le lâche plus. « Prenez une profonde inspiration, soufflez. » Mais elle ne laisse pas souffler. Elle ne veut pas que les luttes vaines et injustes des minorités tombent dans l’oubli. Le rythme qu’elle donne à son essai est tellement soutenu que le récit en manque de profondeur, ce qui est dommage. On trouve dans Noire l’essentiel qu’il faut retenir de cette page de l’histoire des hommes, mais pas plus. Un travail de journaliste.

=> Quelques mots sur l’auteur Tania de MONTAIGNE