L’accusé du Ross-Shire

Graeme Macrae Burnet

Traduction de l’anglais : Julie Sibony

L’accusé du Ross-Shire

Sonatine Editions – 2017

 

Ecosse, dans un village isolé des Highlands. Nous sommes en 1869.

Graeme Macrae Burnet met en scène un jeune garçon de 17 ans, meurtrier du constable de son village et de deux de ses enfants. Le jeune homme déclare coupable et explique son meurtre par sa volonté de libérer son père du harcèlement dont il est victime depuis des mois. En prison, un avocat lui est nommé d’office. Il se prend de sympathie pour le jeune homme dont il perçoit l’intelligence hors norme. Pour l’aider à tenir le coup, il lui propose de rédiger sa vie par écrit. Le paysan rédige tout un manuscrit.

L’auteur présente ce fait divers et son procès comme une histoire vraie qu’il aurait découverte dans des archives et les journaux de l’époque. Je me suis demandé tout le long du récit quelle avait été la part de rédaction de l’auteur par rapport à celle de son héros. J’avoue avoir même cherché, à la fin de ma lecture, des traces du procès sur internet ! Je suis crédule je le sais, mais réellement le procédé d’écriture est intéressant et rend la lecture vivante.

L’histoire en revanche est assez banale. Un village pauvre. Des familles de métayers à la solde du laird propriétaire des terres et de son régisseur. Un villageois plus opportuniste que les autres qui endosse le rôle de constable et use de son pouvoir pour humilier. Eugène Le Roy avait déjà traité le sujet en 1899 (Jacquou le Croquant, Hachette jeunesse, 2006) et il n’est pas le seul. On sait comment se terminaient les drames humains à l’époque.

L’intérêt du récit réside ailleurs : dans sa construction, comme évoqué précédemment. Dans le détail des événements qui aboutissent à l’inéluctable, puis dans le descriptif minutieux du procès. Graeme Macrae Burnet avance pas à pas, avec finesse et psychologie, pour évoquer les faits, décrire les personnages, planter le décor du pauvre village écossais. Pas de surprise dans l’intrigue, donc, mais une belle écriture factuelle. Naïveté et manipulation sont bien restituées.

En fermant le roman, je me suis demandé si j’avais aimé ou pas. Le manque de prise de risque dans l’intrigue a-t-il plus ou moins de poids que la qualité de l’écriture ? Chacun jugera, en fonction de ses propres priorités. Pour ma part, j’ai été séduite mais espère une histoire plus envolée pour un prochain roman du même auteur.

=> Quelques mots sur l’auteur Graeme Macrae Burnet

La défense

la défenseSteve Cavanagh

La défense

Bragelonne – 2015

 

Même l’éditeur affirme sur la quatrième de couverture l’étonnante ressemblance entre ce premier roman de Steve Cavanagh et un bon thriller de John Grisham. S’il s’autorise à reproduire l’argumentation du journaliste du Irish Independant, c’est que ça doit être vrai. Et en effet, pour moi qui ai lu une grande majorité des livres de Grisham, La défense m’a projetée dans un univers semblable.

Pauvre Cavanagh, démarrer sa carrière d’écrivain par une telle comparaison. Heureux Cavanagh, car si cette comparaison est osée, dangereuse même, il tient le challenge haut la main !

La défense, c’est l’histoire d’un avocat en perdition, alcoolique et chassé de chez lui par son épouse. Un beau jour ou plutôt un jour funeste, il se retrouve coincé dans son café préféré par la mafia russe. Volchek, un parrain de l’organisation, voit son procès démarrer le jour-même. Un mafieux repenti doit témoigner, ce qui entraînera inexorablement sa perte. Le marché est simple. Eddie Flynn doit réussir la défense de Volchek ou mourir, ainsi que sa fille de dix ans qui vient d’être enlevée elle aussi. L’avocat a quarante-huit heures pour sauver leurs vies.

Ainsi débute ce thriller au rythme et aux coups de théâtre incroyables. Volchek est entouré par une équipe insensible à toute compassion. Le FBI, omniprésent, protège le procès du siècle. La procureure générale, brillante, s’est préparée pour gagner. Ce procès est perdu d’avance et tout le monde le sait. Mais ce que les différents acteurs ne savent pas, c’est qu’Eddie est un ancien escroc : il a plus d’un tour dans son sac.

L’histoire est racontée à la première personne par Eddie lui-même. Et le lecteur se sent bien dans la peau du narrateur. Le temps de lire les 377 pages du roman, il revêt l’habit d’un avocat brillant, rendu exceptionnel par les circonstances qui l’obligent à donner le meilleur de lui-même. Cavanagh l’embarque dans l’histoire à la vitesse de la lumière, comme s’il lui achetait une place pour un tour de montagne russe.

Bien sûr, sans les contacts que possède Eddie dans le tribunal ou à l’extérieur, l’histoire perdrait de sa saveur. Mais on pardonne à Cavanagh ces facilités de scénario, tant l’intrigue est bien ficelée, le rythme soutenu et les rebondissements nombreux et crédibles.

La défense est son premier roman. J’espère qu’il ne restera pas en si bon chemin.

=> Quelques mots sur l’auteur Steve CAVANAGH