Un cheval entre dans un bar

un cheval entre dans un barDavid GROSSMAN

Un cheval entre dans un bar

Seuil – 2015

 

Dovalé G. est un acteur comique. Sa spécialité : les one man show. Il se produit dans des bars miteux d’Israël. Ce soir-là, c’est son anniversaire et il joue dans une petite salle de Netanya, ville touristique à une trentaine de kilomètres de Tel Aviv. Il convie pour l’occasion un ancien ami d’enfance, le juge Avishal Lazar. Bien que l’homme de loi ne soit pas amateur de ce genre de spectacle, il finit par se laisser convaincre. Le show est une succession de plaisanteries de bas niveau, très prisées par le public. Mais curieusement, Dovalé quitte peu à peu son registre habituel et donne un tour personnel à la représentation. Le juge comprend que ce soir-là, autre chose va se jouer dans cette salle qu’une simple comédie de mauvais goût, et que l’acteur attend de lui un autre rôle que celui d’auditeur muet.

Un cheval entre dans un bar est un monologue de 228 pages, ponctué de commentaires du juge qui se positionne en observateur extérieur au spectacle. La construction du récit est fascinante. Sans autres éléments descriptifs que ceux fournis par le magistrat, le lecteur est projeté dans le spectacle vivant. Pour un peu, il se croirait à Netanya, aux côtés des militaires en permission, des motards et du reste des auditeurs, à écouter une analyse provocante mais percutante de la vie en Israël.

David Grossman a réussi le tour de force de traiter en profondeur divers sujets sociétaux, sans qu’aucun dialogue, aucune prise de distance avec son récit ne lui vienne en aide. Tout n’est que tourbillon frénétique, invective du public et introspection cynique. Incroyable.

Figure importante de la littérature israélienne de nos jours, partisan du camp de la paix, David Grossman est un écrivain à découvrir absolument, aux côtés de Yashaï Sarid ou Amos Oz.

=> Quelques mots sur l’auteur David Grossman

=> Autre avis sur Un cheval entre dans un bar : Leeloo s’enlivre

Une proie trop facile

Mise en page 1Yishaï SARID

Une proie trop facile

Actes Sud / actes noirs, 2015

 

Un jeune avocat de Tel Aviv a quitté le grand cabinet véreux dans lequel il a débuté pour tenter sa chance tout seul. On ne peut pas dire que les clients se précipitent pour prendre rendez-vous avec lui. Il est même fauché, embourbé dans ses propres contradictions. Heureusement pour son moral, en tant que réserviste de la police militaire, il est parfois sollicité par celle-ci pour résoudre des cas en lien avec l’armée. C’est ainsi qu’il se voit confier la mission d’auditionner un jeune capitaine de parachutistes au courage exemplaire, accusé de viol par une soldate, afin de savoir si l’armée peut classer l’affaire ou si elle doit la transmettre au contraire au procureur.

Une proie trop facile est un témoignage d’une époque et d’une civilisation. C’est le premier livre que je lis d’un auteur israélien et ce ne sera pas le dernier. Yishaï Sarid présente dans ce roman la complexité de l’état juif. S’il peut être qualifié de moderne en référence à Tel Aviv et son développement cosmopolite à l’occidentale, il n’en est rien dès lors que l’on s’enfonce dans les colonies et le désert. Un fossé semble d’ailleurs exister entre ces deux mondes. Ainsi, d’après Yishaï Sarid, les jeunes en provenance des kibboutz supportent beaucoup mieux la dureté des conditions de vie de l’armée, Tsahal, que les citadins.

L’armée et le patriotisme sont un des pilliers de la civilisation israélienne qu’a développé l’auteur dans ce roman. Le pays est en guerre. Ses soldats risquent leur vie tous les jours lors des patrouilles, au Liban en particulier. Leurs conditions de vie sont extrêmes. Les parents des militaires ont peur. Sarid rend hommage au courage des soldats, à la force du collectif, au patriotisme au-delà des différences ethniques et des pratiques religieuses.

Pour ce qui est du polar lui-même, je crois que j’abandonne définitivement l’idée de lire un livre selon ce code, je n’y arrive tout simplement pas. Une proie trop facile m’a intéressée pour l’épanchement socio-culturel auquel s’est livré l’auteur. De ce point de vue, il est passionnant. Viol ? Pas viol ? Honnêtement, je n’ai trouvé aucun intérêt au livre par rapport à cette question. L’avocat enquête, piétine, l’auteur intègre dans son récit quelques revirements de situation comme dans tout polar qui se respecte. Je suis restée hermétique à cette construction ficelée. D’autant plus que le rythme du récit est lent, reflet de l’indécision qui caractérise l’avocat dans cette période de sa vie.

Lire Une proie trop facile m’a permis de rééquilibrer un peu ma connaissance sur Israël et de sa politique extérieure largement dénoncée par la communauté internationale. Il s’agit d’un pays en guerre, profondément marqué par les actes de terrorismes du passé et du présent.

=> Quelques mots sur l’auteur Yishaï Sarid