Un ciel rouge, le matin

un-ciel-rouge-le-matinPaul Lynch

Traductrice : Marina Boraso

Un ciel rouge, le matin

Albin Michel – 2014

 

Irlande, 1832. Coll Coyle est expulsé de sa métairie. Il décide de négocier avec le fils de son propriétaire terrien, un Anglais, malgré les avertissements de sa femme. Hélas, la confrontation tourne au drame. Il doit fuir.

Un ciel rouge, le matin, est le récit de cette fuite.

J’avais beaucoup entendu parler de Paul Lynch, auteur irlandais prometteur. Une opportunité m’a fait découvrir son premier roman, cette satire sociale sur fond de guerre d’Irlande en devenir. J’ai été plutôt déçue, hélas, malgré une qualité narrative incontestable. On palpe l’Irlande et sa souffrance à travers les pages. Les descriptions des paysages sont aussi vivantes et crues que l’implacable constat des inégalités de classe. C’est beau, c’est triste.

Mais le style est confus et je ne suis pas certaine que ce soit lié à la traduction. Je me suis souvent perdue dans le sujet des phrases et j’ai dû régulièrement revenir en arrière pour comprendre qui parlait. La présentation moderne des dialogues que j’avais tant aimée dans La route de Cormac McCarthy, m’a ici agacée. Enfin, et encore une fois ce n’est pas une faiblesse de traduction, Paul Lynch écrit son roman sous forme d’une liste d’affirmations qui se succèdent. Si encore l’histoire était racontée à travers la narration d’un seul personnage, on pourrait penser que l’utilisation de cette figure de style sert un mode de pensée particulier. Mais ce n’est pas le cas.

J’ai pourtant envie de poursuivre la découverte des œuvres de Paul Lynch. Un premier roman est une promesse et celle-ci est réelle. Par ailleurs, l’Irlande et ses déchirures est une page de l’histoire européenne à ne pas oublier. Après avoir lu Retour à Killybegs de Sorj Chalandon puis Un ciel rouge, le matin, comment ne pas avoir envie de mieux comprendre le conflit irlandais ?

=> Quelques mots sur l’auteur Paul Lynch

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Oliver ou la fabrique d’un manipulateur

OliverLiz Nugent

Oliver ou la fabrique d’un manipulateur

Editions Denoël, 2015

 

C’est sur un homme froid, cynique et violent que s’ouvre ce polar irlandais. Oliver frappe sa femme Alice et l’abandonne à moitié morte dans la maison. Quelques mots sur leur vie conjugale et pour présenter le décor. Il s’agit d’un couple d’artistes étroitement liés dans leur création. Elle est douce et patiente, il est calculateur et insensible. Elle a un frère attardé mental qu’Oliver fait placer en institution malgré son épouse. Il la trompe régulièrement et ce sans aucun état d’âme. Ca commence bien.

Il s’agit d’un roman chorale. Ce sont les autres qui racontent Oliver, en alternance avec sa propre narration. Barney, l’homme à qui il a volé Alice. Mickaël, le frère de Laura, une liaison de jeunesse. Madame Véronique, une viticultrice du bordelais qui accueille chaque été des saisonniers étrangers pour les vendanges. D’autres personnages se succèdent, tous pour accabler Oliver.

L’intrigue tourne autour de deux périodes cruciales : l’abandon d’Olivier durant son enfance et le basculement de nombreuses vies durant l’été 1973. Que s’est-il donc passé ?

Les clichés sociaux se mêlent aux explications faciles, dans un semblant de thriller psychologique où l’intrigue elle-même n’est pas crédible. Oliver est présenté comme un homme meurtri dès l’enfance. Son père n’en a jamais voulu et subvient à peine à ses besoins vitaux. Une enfance malheureuse pour expliquer le monstre ? Voilà une thèse bien osée, novatrice et constructive ! Je ne suis pas experte, mais il me semble qu’au XXI° siècle, ce type d’explication est dépassé. Tout individu majeur est responsable de ses actes. D’ailleurs, Oliver abandonné par son père est entouré d’autres adultes bienveillants, comme le père Daniel, à l’internat, régulièrement évoqué dans le roman. Il n’a aucune excuse.

L’écriture de Liz Nugent est remplie de clichés. Sur la largesse d’esprit du résistant des premières heures pendant la Seconde guerre mondiale, la souffrance des homosexuels Irlandais des années 1970 (ne parlons pas des prêtres), la culpabilité du demi-frère qui ne sait pas comment entreprendre Oliver, quand il découvre leur lien de famille… Quant au dernier chapitre, il est cousu de fils blancs. L’intrigue est pitoyable jusqu’à la dernière ligne. Même la qualité de l’écriture pêche, mais peut-être s’agit-il uniquement d’une traduction qui laisserait à désirer.

Vous l’avez sans doute compris, je n’ai pas été convaincue par ce roman et ne le conseillerai pas.

=> Quelques mots sur l’auteur Liz NUGENT