Electre à la Havane

Electre-a-la-havane-S-HD-300x460 (1)Leonardo PADURA

Electre à la Havane

Editions Métailié – 1998

 

Quatrième livre de Leonardo Padura à mon crédit, après Hérétiques, L’homme qui aimait les chiens et Passé parfait. Je n’ai pas respecté l’ordre chronologique de la création artistique de cet immense auteur, mais c’était peut-être pour rendre hommage à celui qui, dans ses écrits, aime jongler avec les époques, qui sait ?

Dans ce troisième polar du cycle des quatre saisons après Passé Parfait et Vents de Carême, le lecteur retrouve avec bonheur l’inspecteur Mario Conde. La même nostalgie imprègne les 256 pages de ce roman ; les amitiés indéfectibles sont plus vivaces que jamais. Voici une satire sociale d’une grande intensité pour traiter d’un sujet de fond, la répression de l’homosexualité dans Cuba des années 1970 à 1990.

Leonardo Padura dénonce sans compromis le régime totalitaire et assiste aux désillusions de la population à coup de rhum et de musique. Ses romans sont des marqueurs de la civilisation cubaine des années Castro, espérons-le, révolues à jamais. A lire et à relire.

Essayant en vain de dégager son esprit des préjugés – j’adore les préjugés, et je ne supporte pas les pédés – le Conde traversa le jardin et gravit les quatre marches du perron, pour appuyer sur la sonnette qui dépassait comme un mamelon au-dessous du numéro 7. Il la caresse deux fois, puis recommença l’opération, car il n’entendit pas la sonnerie. Alors qu’il s’apprêtait à appuyer de nouveau, hésitant entre le timbre et le heurtoir, il se sentit comme assailli par l’obscurité derrière la porte qui s’ouvrait lentement, laissant apparaître le visage pâle du dramaturge et metteur en scène Alberto Marquès.

– De quoi m’accuse-t-on aujourd’hui ?

=> Quelques mots sur l’auteur Leonardo Padura

Fairyland

fairyland photoAlysia ABBOTT

Fairyland

Globe, 2015

 

Fairyland est l’autobiographie d’Alysia Abbott, née en 1971. C’est aussi un formidable témoignage sur le San Francicso gay et intellectuel des années 1970 à 1990. Le tout évoqué avec beaucoup de douceur au travers d’une double écriture : celle du père dont Alysia retrouvera le journal après sa mort du SIDA en 1992 et celle de la fille qui rend à travers ce livre un magnifique hommage à son père, vingt ans après sa disparition.

Alysia perd sa mère à l’âge de deux ans dans un accident de voiture. Steve Abbott, son père activement gay, hippie et poète, s’installe alors à San Francisco et y élève sa fille seul. Leur vie n’est évidemment pas simple. Que ce soit à l’école ou l’été lorsqu’elle rend visite à ses grands-parents à Kewanee, chaque immersion dans le conformisme américain est pour Alysia une prise de conscience de sa différence. « Jamais on ne parlait de lui en ma présence, pas plus qu’on ne me demandait de ses nouvelles. J’ignore s’il n’était pas le bienvenu à Kewanee, s’il n’avait jamais voulu y venir, ou si c’était un mélange des deux. Mais je me souviens que je franchissais une barrière invisible à la porte d’embarquement de l’aéroport. San Francisco était notre monde, notre royaume enchanté, notre Fairyland, et au-delà, papa disparaissait. »

Dans Fairyland, Alysia Abbott rapporte l’amour indéfectible de son père pour elle « je me rends compte, à présent, que mon seul engagement véritable, profond et satisfaisant, est celui que j’ai avec Alysia » ou d’elle pour son père « quand je repense à papa aujourd’hui, c’est avant tout son innocence qui me revient à l’esprit. Sa gentillesse. La douceur de ses manières. ». Bien sûr, cet amour est pavé de difficultés. Alysia le constate a posteriori « Il n’était pas facile d’être un père célibataire homosexuel dans les années 1970. […] Pour le meilleur comme pour le pire, mon père inventait les règles au fur et à mesure. ». Steve, quant à lui, en réponse au battage politique de certains conservateurs comme Anita Bryant ou John Briggs contre les homosexuels, écrit dans son journal en 1975 « Je ne m’efforce pas de faire d’elle une homo. Je ne dissimule pas mon homosexualité pour qu’elle devienne une adulte hétéro. Mais elle peut voir qu’il y a de nombreuses orientations et maintes façons d’être. Espérons que lorsqu’elle sera adulte […] les gens pourront simplement être ce qui leur paraît le plus naturel, là où ils sont le plus à leur aise. »

Le lecteur imagine aisément l’émotion d’Alysia, lorsqu’elle découvre à 22 ans, alors qu’elle est désormais seule au monde, le journal de son père dont elle connaissait l’existence mais pas le contenu. Elle en est à un tournant de son existence. Elle doit se reconstruire, terminer ses études et se lancer dans sa propre conquête du monde. Il aura fallu vingt ans à Alysia Abbott pour écrire ce livre, dans lequel elle délivre ce message final à ses lecteurs : « cette histoire des gays est mon histoire des gays. Cette histoire gay est notre histoire gay à tous. »

=> Quelques mots sur l’auteur Alysia ABBOTT