Echapper

EchapperLionel DUROY

Échapper

Julliard, 2015

 

Lorsque j’ai fermé Échapper quelques heures après l’avoir commencé, sans l’avoir lâché un seul instant avant de l’avoir terminé, je me suis dit que j’avais sans doute lu un de mes plus beaux livres de l’année. Pourtant, je n’aurais probablement pas acheté le livre spontanément. Une histoire sans action, un genre contemplatif ? Vraiment pas une lecture de vacances ! Échapper est un roman d’une rare sensualité ; le lecteur est embarqué par le narrateur et ses émotions, merveilleusement retranscrites dans le récit.

Lionel Duroy croise plusieurs intrigues. Il y a Augustin qui part en pèlerinage à Husum, petite ville allemande à la frontière danoise en bordure de Mer du Nord ; il s’y rend deux fois, une première fois avec Esther en 2011 puis seul en 2013. En parallèle, l’auteur raconte l’histoire de Max Ludwig Nansen, peintre et héros du livre La leçon d’allemand de Siegfried Lenz. L’interdit de peindre qui le frappe durant la seconde guerre mondiale lui est communiqué par son ami, le policier de Rugbüll, ville imaginaire à proximité d’Husum. Enfin, le lecteur est invité à suivre le parcours de vie d’Emil Nolde, peintre allemand expressionniste mort en 1956, l’alter ego de Max Ludwig Nansen dans la vraie vie. C’est Nolde qui a inspiré Siegfried Lenz pour écrire son livre. L’œuvre d’Emil Nolde est également jugée non conforme aux goûts artistiques du Reich. Augustin va remonter sa trace jusqu’à Mølgentønder, au Danemark

Tous les personnages de Lionel Duroy cherchent à échapper à leur destin. Augustin tente de se libérer d’Esther auprès de qui il s’est presque laissé mourir d’amour. Max Ludwig Nansen, ou plutôt Emil Nolde, cherche à contourner l’interdit qui le frappe et va peindre malgré tout. Et à travers l’histoire d’Augustin, le lecteur découvre aussi celle des habitants de la côte et leur combat incessant pour échapper à la mer et aux raz-de-marée qui les menacent « Comme c’est extraordinaire, cet acharnement des gens d’Husum à ferrailler avec la mer. Ils parlent sans cesse d’elle, tous les dimanches ils vont la défier en famille depuis la digue, et il n’y a pas besoin de beaucoup les pousser pour ressentir combien ils sont en colère. »

Que ce soient Augustin, Emil Nolde, Max Ludwig Nansen ou encore les personnages secondaires tels que Susanne ou les habitants d’Husum, ils sont tous amenés, à un moment donné de leur existence, à affronter la vie, leur vie. D’après Lionel Duroy, ce combat ne pourra pas être mené à bien sans une sérieuse introspection. Dans un style narratif délicieusement poétique, l’auteur livre celle de ses héros et aboutit, pour la plupart d’entre eux, à la conclusion suivante : « Nous sommes là pour vivre, c’est la seule chose à laquelle nous ne devons pas échapper. » Finalement, Échapper, c’est aussi l’histoire d’une quête, celle de la connaissance de soi.

=> Quelques mots sur l’auteur Lionel DUROY

Noir septembre

Noir septembreInger WOLF

Noir septembre

Mirobole éditions, 2015

 

Le titre de Noir septembre est tout à fait évocateur. Dans son polar couronné par le Grand prix du thriller danois, Inger Wolf raconte le déroulement d’évènements survenus en un certain mois de septembre, tels que les ont vécus l’équipe de limiers de la police d’Ǻrhus et les différents protagonistes de l’affaire. Une jeune femme est retrouvée nue, égorgée dans un parc, avec un bouquet de fleurs sur la poitrine et des traces de sperme sur le ventre. Un viol ayant dégénéré est rapidement envisagé par les enquêteurs, malgré le côté macabre de la mise en scène. Puis, assez vite, un lien est effectué par les policiers entre le meurtre d’Anna Kiehl et la disparition quelques semaines plus tôt de Christoffer Holm, un brillant chercheur en psychiatrie.

Nous retrouvons dans ce roman la progression classique attendue dans un polar : immersion du lecteur dans l’enquête policière avec liste de suspects et interrogatoires, travail d’équipe et ses difficultés du « travailler ensemble », indices communiqués au compte-goutte… En revanche, l’auteur n’abuse pas d’autres ficelles trop souvent utilisées dans ce type de littérature : peu de découvertes surprises en fin de chapitre, pas de détails insignifiants pour le lecteur pour expliquer un fait ou mettre en évidence un mensonge. Le déroulement de l’histoire est linéaire, empli de rebondissements, mais jamais le lecteur ne se sent mené en bateau ou pris en otage par une enquête qui se déroulerait en dehors de sa progression dans l’intrigue. Au contraire. Les témoignages sont éclairants, les dialogues suffisamment ouverts pour que le lecteur soit en capacité de tirer les conclusions en même temps que les policiers. Peut-être est-ce cette simplicité qui permet à Inger Wolf d’aborder quelques questions plus existentielles dans son roman : l’inévitable solitude des enquêteurs dont le métier n’autorise pas de vie privée à l’extérieur de leur milieu, quelques allusions à la guerre de Yougoslavie des années 1990. Et comme flottant au-dessus de ces différents sujets, un questionnement plus grave sur l’équilibre psychique de chaque individu et sur la quête du bonheur. La chimie, qu’elle soit légale ou illégale, un investissement professionnel excessif ou les liens de l’amour sont-ils les seuls moyens d’y arriver ? Quelle est la place de la folie dans cette quête ? Et des sectes ? Quelles limites faut-il poser à la recherche médicale ?

Le style utilisé par Inger Wolf est sobre, sans fioritures. Les lieux sont décrits avec simplicité Les policiers, loin du concept des super-héros, connaissent leurs propres fragilités, ce qui les rend sympathiques au lecteur.

Noir septembre est le septième roman d’Inger Wolf mettant en scène le commissaire de police Daniel Trokic et son troisième roman paru chez Mirobole Éditions. A quand le quatrième ?

=> Quelques mots sur l’auteur Inger WOLF