Gertrude Bell – Archéologue, aventurière, agent secret

Gertrude BellChristel Mouchard

Gertrude Bell – Archéologue, aventurière, agent secret

Tallandier, 2015

 

Tâche difficile que celle que s’est imposée Christel Mouchard, d’écrire la biographie de Gertrude Bell. Pour cela, il fallait se plonger dans la vie de l’aventurière et avoir une solide connaissance du Moyen-Orient d’hier de d’aujourd’hui.

Christel Mouchard semble toute désignée pour cette œuvre monumentale. Anciennement journaliste pour un magazine d’histoire, depuis une vingtaine d’années elle se consacre à l’exploration de la vie de grandes voyageuses. Synthétiser en 300 pages la vie et l’œuvre de Gertrude Bell n’est pas une chose aisée. Christel Mouchard y arrive, cependant, avec un certain talent.

Née en 1868, fille d’un richissime industriel britannique, rien ne destine Gertrude Bell à mener la vie hors du commun qu’elle a vécue. C’est son goût pour les études, son extrême intelligence et sa pugnacité qui va éloigner Gertrude du mariage et la faire fuir à l’étranger. En tant que touriste, pour commencer, à travers une vingtaine de pays. Mais elle ne reste jamais oisive. Apprenant au fur et à mesure les langues des pays qu’elle traverse, elle consacre ses journées à s’imprégner des cultures qu’elle fréquente et à épaissir son portefeuille de relations mondaines, politiques et scientifiques, sans se douter de l’impact qu’auront sur son destin ses capacités à organiser, accueillir, converser, fouiller et voyager en Moyen-Orient. Miss Bell se crée rapidement une telle réputation que dans chaque endroit qu’elle traverse, elle est surnommée la Reine du Désert, ou encore la Khatun. De Bagdad à Constantinople en passant par Bassorah et Jérusalem.

Christel Mouchard puise dans l’innombrable correspondance de Gertrude Bell pour raconter son histoire et celle du Moyen-Orient à l’époque de la fin de l’Empire Ottoman. Sa correspondance familiale, librement consultable sur internet, contient des analyses détaillées de ses aventures, ses découvertes archéologiques et des intrigues politiques dont elle a été un des rouages essentiels. Ils évoquent en revanche peu ses états d’âme, tant elle s’est protégée vis-à-vis de sa famille. Deux autres correspondances d’importance fondamentale sont consultables, dans les universités de Newcastle et Durham en Grande Bretagne. Celles-ci dévoilent d’autres parties de la personnalité de Gertrude Bell, pour reconstituer le puzzle dans sa globalité.

La biographie traîne en longueur à certains moments. J’ai été gênée par la construction artificielle du récit : un chapitre sur Bell en tant qu’exploratrice, un chapitre sur ses missions secrètes… Il est pourtant évident que toutes ces époques se croisent. Comprendre les différents épisodes sur lesquels s’est construite la réputation de la Khatun semble cependant indispensable pour comprendre le personnage. Car enfin, quelle Anglaise du XIX° siècle aurait pu devenir une des plus grandes expertes de l’Orient, précédant Lawrence d’Arabie de quelques années, sans avoir voyagé, fouillé, négocié, bravé les interdits comme elle a su le faire ? La scène suivante caricaturée par son beau-frère pourrait-elle avoir lieu aujourd’hui ? « Le dessin […] représente une femme accroupie sur un tapis, de dos, coiffée d’un casque colonial, sa jupe ample arrangée en corolle autour de ses hanches. Elle agite les mains manifestement pour accompagner une explication éloquente qu’écoutent avec une attention soutenue des hommes assemblés en demi-cercle dont la nationalité est aisément reconnaissable à leur costume : un Turc, un Africain, un Chinois, un Arabe, un Grec, un Russe. »

Gertrude Bell avait deviné les déchirements du Moyen-Orient que nous observons impuissants aujourd’hui. Une manière pour nous d’en tenter une approche est de lire Gertrude Bell – Archéologue, aventurière, agent secret.

=> Quelques mots sur l’auteur Christel MOUCHARD

Les derniers jours de nos pères

Les derniers jours de nos pèresJoël Dicker

Les derniers jours de nos pères

Editions De Fallois, 2012

 

Connaissez-vous le SOE, les services secrets britanniques pendant la Deuxième guerre mondiale ? Je ne connaissais pas, jusqu’à la lecture des Derniers jours de nos pères. Le SOE recrutait et formait des agents secrets pour les envoyer dans les pays en guerre. Souvent natifs de ces pays, ils parlaient parfaitement la langue, se coulaient aisément dans la population par totale maîtrise des coutumes et de la culture locale. Une partie de la résistance française est passée par les centres de formation du SOE, parallèles aux organisations de la Résistance conduites par le Général de Gaulle.

Dans son premier roman, Joël Dicker, aujourd’hui écrivain de grand renom grâce à La vérité sur l’affaire Harry Québert couronné de nombreux prix, raconte sous une forme presque documentaire l’aventure du SOE, à travers l’histoire d’une quinzaine de recrues de la section F consacrée aux missions françaises. En Grande Bretagne, Pal, Claude, Gros, Laura et les autres subissent quatre mois de formation impitoyable dans des centres spécialisés avant d’être envoyés en mission. Sabotage, contre-espionnage, propagande noire, ils sont affectés selon leur spécialité aux différents métiers des services secrets, aux quatre coins de la France.

Fiction ou documentaire ? Les deux et aucun. J’ai été très intéressée par ce roman qui m’a beaucoup appris sur l’organisation et la structuration des services secrets et de la résistance. Je suis pourtant restée sur ma faim : le sujet est abordé de manière assez générale, avec peu de détails sur les difficultés concrètes du terrain, probablement pour laisser de la place à la romance. Quant aux héros, Joël Dicker s’est attaché à décrire leurs états d’âme avec beaucoup de finesse. C’est le moral qui permet aux agents secrets de tenir le coup dans la clandestinité. Constamment recherchés par la Gestapo, ils ne peuvent déjouer les pièges qu’en maîtrisant leur peur. Pourtant, les caractères sont brossés de manière trop grossière. Certains évènements sont tirés par les cheveux, comme si l’auteur avait voulu introduire du piment dans son histoire, sans réussir vraiment à rendre ces épisodes crédibles.

Les derniers jours de nos pères pose une question essentielle et c’est en cela que le livre est fort. De quelle étoffe est fait un héros ? Au nom de la patrie, est-il héroïque de laisser son propre père mourir de désespoir ? La guerre est destructrice, sans aucun doute. Au retour de la paix, les jeunes patriotes seront canonisés par l’Europe entière. Mais leurs fantômes, ces vies qu’ils auront brisées pour sauver le monde de la servitude, ne les lâcheront jamais. Quelle facette de ces résistants est la plus héroïque ? Celle de l’homme ou celle du soldat ?

=> Quelques mots sur l’auteur Joël DICKER